RETOUR AUX PHILIPPINES / LA MONNAIE AUX PHILIPPINES
Mabuhay sa Carmen Rosales
Bienvenue à Carmen Rosales, Pangasinan, Philippines
Auteur : Thierry André
Nicolas Cumps
Petite remarque :
Mon premier séjour aux Philippines n'a pas été très heureux, aussi j'espère pouvoir y revenir dans de meilleures conditions et visiter tous les endroits qui me font rêver : les plages de sable blanc, les restaurants, cabarets et boites de nuit philippins, les petites rues et les grandes avenues de Manille.
Depuis ce séjour je n'arrête pas de rencontrer des français avec qui on échange nos impressions et au final je sais que je suis passé à côté des Philippines. La prochaine fois que j'irais dans ce pays, ce sera sans ma belle-famille philippine et peut-être sans ma femme qui me surprotège trop et m'a empêché de me déplacer librement dans son pays.
Maria B. (de Manille) m'a signalé que Jollibee est philippin (et non américain). Encore une fois, désolé pour les petites erreurs que j'ai commises dans ce livre.
Préface :
Je suis venu aux Philippines avec ma femme Helen (une philippine) et ma fille Siam pour me marier religieusement (Helen y tient beaucoup). Cela fait maintenant 9 ans qu'elle vit à Paris où je l'ai rencontré. J'ai été bien accueilli par ma belle famille, mais la première journée, j'ai souhaité pouvoir partir, revenir en France, divorcer et épouser une française. Ensuite, je me suis habitué à la vie ici, j'ai oublié le confort, je me suis fait à la chaleur, aux douches froides, aux regards des philippins sur moi. Aux Philippines, je n'ai pas rencontré de sous hommes, pas plus de ravisseurs que d'otages et contrairement à Jolo, ici les chats de Luzon ont des queues.
Cette préface a été écrite quelques jours après mon arrivé chez mes beaux parents, je n'ai pas souhaité la réécrire bien que mon attitude envers les Philippines et les philippins ait changé depuis les premiers jours. En dehors des nombreuses aventures que j'ai vécu aux Philippines pendant à peu près un mois, ce qui a caractérisé le plus mon séjour, c'est l'ennui, la privation de liberté, la chaleur, les moustiques, les mouches qui pondent dans vos plaies, la pollution et le manque de sommeil. Je ne souhaite pas retourner aux Philippines, du moins pas dans les mêmes conditions. Je n'en dirai pas plus, à vous de découvrir maintenant ce que j'y ai vécu et ce que j'y ai ressenti.
Personnages principaux :
Ma femme Helen qui parle l'ilocano, le tagalog, l'anglais et un peu de français.
Ma fille Siam Lea Buffy que l'on appelle aussi Siam Siam ou anák (bébé en tagalog).
Ma belle-mère Florentina que l'on appelle Flor ou nanay (maman) ou plus familiarement nay (diminutif de maman) ou lola (grand-mère). Elle parle un peu français, elle a vécu sept ans à Paris.
Mon beau-père Maximino (lolo = grand-père en tagalog). Je n'ai pas eu de conversation avec lui.
Ma belle-soeur Nerrissa, sympathique mais très effacée. Elle rêve de quitter les Philippines.
Mon beau-frère Honey, sympa mais très macho.
Les filles de ma belle-soeur : Stéphanie, Neeke et Jasmine (Jasmine vivait avec nous). Elles ne parlent pas anglais mais sont très ouvertes vers les étrangers comme moi.
Une cousine qui vivait avec nous Elizabeth (Elisabeth en français) que l'on surnommait Babeth. Elle rêve de quitter les Philippines.
Le singe de la maison Sita qu'on appelle plus facilement Monkey pour lequel j'ai eu une profonde amitié. Il a une bonne technique pour chercher les poux.
Petites informations :
Les Philippines sont une république gouvernée depuis 2001, par sa présidente Gloria Macapagal-Arroyo à partir de sa résidence de Malacañang. L'archipel des Philippines est formé de plus de 7000 îles dont les 2 plus grandes sont : Luzon (qui a été traduit par les français en Luçon) et Mindanao. Par ordre d'importance, les autres îles principales sont : Samar, Negros, Panay, Palawan, Mindanao, Leyte, Cebu, Bohol et Masbate. La capitale des Philippines et Metro Manila (que les français ont appelé Manille). Population : 10.491.000 habitants, une des plus grandes mégapole au monde, une pollution telle qu'à côté Paris respire de l'air pur. Metro Manila est constitué de 17 cités (5 ne méritent pas d'être appelées cités) dont les plus importantes sont : Quezon City (2.160.000 habitants), Manila (1.673.000 habitants) et Kalookan City (1.233.000 habitants). Pour info, la cité des affaires (là où on trouve des buildings) s'appelle Makati City (524.000 habitants). L'archipel a été divisé en 12 régions (mes beaux parents habitent dans la région 1 dans l'île de Luzon). Il existe en plus de ces 12 régions, des régions qui portent les noms suivants (au lieu de numéro) : ARMM, CARAGA, CAR et NCR. CAR signifie Cordillera Administrative Region et NCR signifie National Capital Region (il s'agit en fait de Metro Manila qui est considéré comme une petite région vue l'importance de sa population : 10 millions d'habitants sur les 75 millions que comporte l'archipel). Chaque région est divisée en province qui ont chacune une capitale. La région 1 (appelée aussi Ilocos Region) est divisée en 4 provinces donc 4 capitales : Laoag City, Vigan City, San Fernando City et Lingayen. La région de mes beaux parents a 3 cités (cities), 122 villes (towns), 3.245 barangays et 4 gouverneurs (1 par province), moyenne d'âge : 20 ans. Mes beaux parents habitent dans la province de Pangasinan dont le mot « asin » signifie sel, pangasinan signifie « d'où vient le sel ». C'est marrant parce que mon beau père produit du sel fin avec de la matière première qu'il importe d'Australie. Le sel est ensuite vendu aux Philippines ou vers des pays comme le Japon. Cela n'empêche pas mes beaux parents de n'avoir pas grand chose à manger, mais au moins ils ont un toit ce qui est déjà beaucoup dans ce pays. La capitale de Pangasinan est Lingayen, moyenne d'âge : 18 ans (si ça intéresse quelqu'un j'ai encore plein d'informations plus ou moins inutiles). D'après le gouvernement, il y aurait 112 dialectes aux Philippines, en fait il y en a 122. Dans la ville de Carmen, près de Rosales (que j'appellerai Carmen – Rosales parce que Carmen ne figure sur aucune carte), on parle l'ilocano (on peut aussi l'écrire l'ilokano). Mon beau père parle aussi le tagalog (mais pas l'américain, ni la plupart des jeunes enfants d'ailleurs). Le tagalog est devenu la langue nationale d'abord sous le nom de pilipino, puis de filipino, mais tout le monde continue à l'appelé le tagalog (moi aussi). L'américain est la deuxième langue nationale, mais depuis le départ des américains en 1991, seuls les plus instruits le parlent (et encore sans conjuguer les verbes). Le gouvernement de Metro Manila a imposé leur dialecte (le tagalog) à toute les Philippines grâce aux écoles et à la télévision, mais beaucoup de provinces font de la résistance. L'ilocano que mes beaux parents parlent, n'est pas recensé parmi les 112 dialectes qu'à comptabilisé le gouvernement philippin. Mais comme presque tous les dialectes philippins, celui-ci ne se transmet que par voie orale, il n'y a aucun écrit, ce qui fait que la plupart des philippins ignorent l'orthographe des mots qu'ils utilisent. Seul le tagalog (filipino) possède des livres et des dictionnaires, ce qui me permet entre autre de l'utiliser. Pour information, à Jolo Island (l'île de Jolo, province Sulu, capitale Jolo, 1.600 habitants dans la région ARMM) dont on a beaucoup parlé depuis l'affaire des 21 otages étrangers et surtout des 2 français, on parle le Tausug, le Bagobo et le Samal. Il est donc difficile de leur demander d'apprendre en plus le tagalog et encore moins l'américain. Pour vous faciliter la compréhension de mon récit, je vous donnerai les orthographes en Tagalog, en Anglais et parfois en Français. Un dernier conseil, la lettre « u » (quand elle est seule) se prononce « ou », ce qui fait que Abu Sayyaf se prononce Abou Sayyaf, Sulu se prononce Soulou, Tausug se prononce Tausoug. Pour plus d'infos sur le Tagalog, se reporter aux livres : « Le Tagalog de poche » aux éditions Assimil et « Parlons Tagalog » de Marina Pottier aux éditions L'Harmattan. Et maintenant, bonne lecture !
À mes enfants : Siam
Lea Buffy et Gabriel Philippe Regis
Lundi 16 Juillet 2001
« Je suis
impatient de partir »
16 jours avant le départ pour Manila (on utilise souvent Manila au lieu de Metro Manila, c'est plus court à prononcer), je pense être préparé pour ce long voyage, physiquement et intellectuellement. Je sais qu'aux Philippines, pendant 1 mois, je ne pourrais pas parler français, seulement anglais ou tagalog. Je sais qu'il y a des risques d'enlèvement, notamment de la part des Abu Sayyaf (prononcez Abou Sayyaf) ou des NPA (prononcez N PI AI).
Jeudi 2 et Vendredi 3 Août 2001
« Mon 1er
jour aux Philippines » Avec le décalage horaire, on a dû avancer nos
montres de 6 heures
De 19h00 à 23h30, attente à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle (Paris). C'est long, très long, Air France a beaucoup de retard à l'embarquement, j'ai peur que ce soit un mauvais présage. Durant le vol (14h00) nous disposons de tout le confort d'un Airbus A300, avec une télévision par fauteuil et la possibilité à tout instant de suivre le parcours de l'avion. Nous survolons le Luxembourg, puis nous nous dirigeons vers la Russie et nous passons juste en dessous de Moscou, ensuite c'est au tour de la Chine, puis Hong Kong. Plus qu'une mer à traverser et nous atterrissons sur Metro Manila (Manille), il est 18h00, heure locale, et la nuit commence déjà à tomber. Nous sommes parti de Paris avec la nuit et nous arrivons sur Manila avec la nuit. Sauf qu'il n'est que 18h00 et que pour moi, c'est pas normal. Quelques petites tracasseries administratives et nous pouvons enfin récupérer nos bagages de soute et chercher nos accompagnateurs, en fait les parents de ma femme qui doivent nous attendre quelque part. C'est un peu le bordel pour sortir de l'aéroport et trouver nos accompagnateurs, mais les Philippines me réservent bien d'autres surprises. Tous les passagers d'un avion font ici l'objet des attentes des marchands de tout poil. Ils veulent notre argent, c'est clair. Cela dit, c'est pas pire qu'en Afrique, ici au moins il n'y a pas de mendiant. Par contre, c'est sûr qu'il y a des voleurs et qu'il est impératif de cacher mon sac banane sous mon tee-shirt et de surveiller constamment nos affaires. Un jeune pirate philippin se révèle être le cousin de ma femme, il propose de prendre nos affaires pour les monter dans son minibus Toyota. Je ne suis pas rassuré. Mon beau frère n'a pas un physique rassurant non plus. J'apprendrai plus tard que son aspect est dû à sa consommation d'héroïne (personnellement je ne l'ai jamais vue fumer que des américaines). Sur la route, je constate deux choses, il y a moins de jeepneys qu'il y a quelques années (d'après ce que j'ai pût voir), le Japon et la Corée sont apparemment des gros fournisseurs de voitures aux Philippines. Peut être que les jeunes préfèrent ces voitures asiatiques beaucoup plus sûres et moins chères que les jeepneys constitués de reste de véhicules militaires américains. La deuxième chose la plus troublante est qu'il fait nuit noire. Il est un peu plus de 18h30, il n'y a pas d'étoiles dans le ciel, tout est sombre mais les gens continuent à vaquer à leurs occupations comme si de rien n'était. Manila est une ville tentaculaire, elle s'étale comme de la confiture, pas en hauteur, ce ne sont pour la plupart que de misérables maisons, mais en largeur. Metro Manila ne finit pas de s'étaler et il est très difficile d'en sortir. Pour l'heure, on se dirige vers un centre d'achats duty free. Ça commence bien, j'aurai préféré rentrer à la maison directement. Ici le centre d'achat est gardé par des vigiles à l'aspect de policiers armés. A l'entrée du magasin, on est fouillé au corps pour voir si on ne dissimule pas d'arme à feu. Puis il faut montrer nos passeports, surtout ma femme, bien qu'il soit évident que c'est une philippine (je n'avais pas compris à l'époque que cet endroit était réservé aux étrangers). Elle n'a droit qu'à 200$ d'achat, moi on s'en fiche, je ne comprend pas. Ici, il n'y a pas foule, beaucoup de cigarettes, d'alcool (prononcez alcohol), le pack de 12 bouteilles d'Evian est à 18$, c'est très cher (1 US $ = 51 pisos = un peu plus de 7 francs français). Il n'y a pas d'affaire à faire ici, je regrette déjà mon Auchan de la Défense. Seulement deux caisses d'ouvertes, mais les caissiers sont des sortes de policiers qui mettent 15 minutes à comptabiliser nos achats et à vérifier que nous avons bien le droit d'acheter ici. Ces gens là ne feront jamais concurrence à nos supermarchés. Pour sortir de cette enceinte gardée, il faut encore montrer patte blanche. Au moment où j'écris ces lignes sur mon cahier d'écolier, nous recevons la visite de cousins et oncles, dont au moins un trio d'homosexuels philippins, j'ai peur de leur plaire. Enfin, nous allons pouvoir rentrer et dormir, je n'ai pas dormi dans l'avion, nous n'avions que 2 sièges pour 3, ma fille de 1 an (Siam Lea Buffy) dormait sur nos genoux ou sur les portes-plateaux. Hélas, il nous faut 3 heures pour se faufiler en dehors de Manila (Manille). La circulation à Paris est un jeu d'enfants par rapport à Manille. Ici, on peut vraiment dire qu'il y a du trafic, les voitures se touchent presque. En tout cas, c'est visiblement ce que souhaitent leurs conducteurs. Aucun respect du code de la route ici, j'ignore même si les philippins ont un code de la route. Pas de policiers en vue sur la route, cette nuit, on n'en croisera qu'une fois, de toute façon ils sont inefficaces (j'ai révisé mon jugement par la suite sur la « Philippine National Police », ils sont très mal payés et font de leur mieux). Mon cousin le chauffeur est un killer (tueur), c'est sûr, quand il voit des piétons sur la route, il accélère en klaxonnant et en les engueulant en tagalog. Quand il peut, il double de toutes les façons possibles, à droite, à gauche, en utilisant le bas côté, les trottoirs. Ici, il fait nuit noire, mais les gens continuent à travailler dans le noir sur la route, et partout la vie continue à bouger comme une fourmilière. Ces gens là ignorent que la nuit, il faut dormir. J'apprend qu'ici, les gens dorment très peu, parfois ils vont se coucher à 1h00 ou 3h00 du matin pour aller travailler à 8h00. Ceux qui ne travaillent pas le jour ne se couchent pas la nuit. La population philippine est très jeune et elle vit dehors dans la rue, en voiture, jeepneys, minibus, motos, tricycles ou à pied. Il y a beaucoup de jeunes prostitués, ici tout le monde veut de l'argent et de préférence des dollars. Il n'y a pas beaucoup de travail aux Philippines, dans la famille de ma femme, il n'y a que le père qui travaille. Ceux qui ont un travail et qui sont payés une misère sont prêt à travailler de 8h00 du matin à 19h00 du soir, voire plus. Les homosexuels sont en train de discuter avec ma femme de sa robe de marié. Ici, comme ailleurs, le monde de la couture est dominé par les homosexuels. Enfin, nous quittons Metro Manila et nous prenons l'autoroute payante pour nous rendre dans le Nord de Luzon (Luçon). Ça a été très long pour quitter Manila, ce sera plus long pour rejoindre le village de Carmen près de Rosales dans la province de Pangasinan. En dehors de la cuisine chinoise, les influences ici sont surtout américaines, les philippins sont pour la plupart bilingues : anglais et tagalog plus un autre dialecte. Les écoles philippines sont calquées sur le modèle américain, ½ siècle d'occupation américaine a suffit pour effacer 400 ans de domination espagnole. Partout de grands panneaux publicitaires en anglais ou en tagalog. Beaucoup de fast-food de marque américaine : KFC, Mc Donald's, Burger King, Jollibee, mais également des fast-food chinois, japonais et coréen. Les philippins sont placés au centre de l'Asie, en face de Hong Kong et de la Chine, près du Japon et de la Corée et à côté de la Malaisie. Si ce pays se développait enfin, ce serait comme en Corée, un NPI sur lequel il faudrait compter. Mais ici, ce qui frappe le plus, c'est le bordel et l'indiscipline. Les philippins se targuent d'être la population la moins disciplinée du monde. Tout le contraire des japonais. Les philippins ne respectent aucune règle de conduite, pour leur travail également, il leur faut impérativement un encadrement étranger s'ils veulent se moderniser sinon tout peut être fait en dépit du bon sens. Dans la maison des parents de ma femme, il n'y a pas grand chose qui fonctionne, les toilettes en panne, l'eau chaude aussi (j'ignorai alors qu'il n'y avait pas d'eau chaude). Rien, pas même la grosseur des cafards n'incitent à rester plus longtemps ici. Malheureusement, j'ai promis d'y rester 1 mois. Cette nuit, je ne suis pas mort sur les routes philippines, j'ai eu beaucoup de chance, mon chauffeur n'est pas le seul à être malade, on a été doublé plusieurs fois par des bus alors que notre minibus a constamment doublé tous les autres véhicules de tous les côtés possibles. Heureusement, on n'a tué personne ce soir, mais les 5 fétiches qui pendent près du chauffeur doivent indiquer, je pense, le nombre de personnes qu'il a déjà tué avec ce véhicule. Cette nuit avant de me coucher à 3 heures du matin, j'ai été malade, j'ai eu le malheur de boire 2 verres d'eau (personne ne m'avait dit qu'elle était non potable). Heureusement, j'ai tout vomis, désormais je ne boirai que l'eau minérale importée de France à 18$ les 12 bouteilles.
Samedi 4 Août 2001, 2ème jour
«Les agents de
sécurité du Mc Donald's ont des fusils à pompes et des gros flingues »
Ma femme se fait prendre les mesures par un des homosexuels (gays), je n'ai pas envie qu'il prenne les miennes, de toute façon, j'ai déjà le costume pour notre mariage. Ici il est 8h00 du matin, je suis levé depuis 6h00, je n'ai dû dormir que 3 heures. Ici, on se couche tard et on se lève tôt. Lavé dans la cuisine, rasé sans eau chaude et sans miroir, j'avais plus de confort à l'Armée. La chaleur est toujours étouffante aux Philippines. Les homosexuels ont pris mes mesures pour le costume traditionnel philippin lors de la cérémonie religieuse du mariage : un barang blanc. Ma femme, Helen, en a profité pour me photographier avec eux. Ils m'ont demandé de leur trouver un jeune homme à Paris aussi mignon que moi. Il paraît que j'ai un corps parfait. Ces gens là sont plutôt sympathiques. Ici la chaleur est presque constante, de jour comme de nuit. Je dois dire qu'elle ne me gène pas trop, on vit tous en tee-shirt et la nuit je dort nu. Mais la saison des pluies a commencé depuis le mois de Juin et il peut pleuvoir à tout moment, du petit crachat à la bonne pluie qui vous trempe. Heureusement, l'eau n'est pas froide. Le ciel est gris, moi qui croyais trouver un ciel bleu comme celui des Charente. Mon petit bébé (Siam) a eu une nuit difficile, mais ce matin, elle semble heureuse. Je pense que j'arriverai à tenir un mois ici, les gens sont plutôt sympathiques. Je vais pouvoir faire de bonnes photos, mais j'ai peur qu'elles ne font que montrer la misère qu'y règne aux Philippines. En tout cas, ce n'est pas un endroit pour touriste. On est loin des plages de sable fin. Ici, je n'ai vue que la route, le trafic, les camions, la folie des hommes au volant avec peut être l'excuse de l'ignorance : est-il important de conduire feux allumés la nuit, de ne pas rouler en plein milieu des routes ou de pousser son tricycle (prononcez tray ci keul) en plein trafic. Ici, les gens ne connaissent pas les règles (the rules), d'ailleurs faut-il un permis de conduire pour bâtir sa maison ou conduire un véhicule, j'ai bien peur que non. Hier soir, nous avons tué 3 cafards, ce matin je marche pieds nus dans la même pièce où ils ont trouvé la mort. Je pense que je pourrai m'habituer à leur vie, mais je n'ai pas envie de vivre ici, j'aime trop le confort, peut être quand les philippins auront rejoint le monde de la civilisation. En attendant, je vais faire des photos de ce qui me paraît le plus caractéristique de cette civilisation si éloignée et pourtant si proche de la notre. Je vais commencer par le petit singe qui se débat attaché à la maison. Je viens de prendre une douche sans eau chaude. Avec la température qui fait aux Philippines, c'est pas si difficile que ça puisque je l'ai fait. Je pense que je vais pouvoir survivre ici durant 1 mois. Les promenades en ville sont à déconseillées aux touristes, du moins dans les petites billes reculées où les philippins ne sont pas habitués à voir des étrangers (des blancs). A chaque fois, on me regarde, on me dévisage, on me propose de monter dans un tricycle, voire en bus et pourtant je ne sort qu'accompagné de mon épouse ou d'un membre de sa famille. Leur insistance est pénible à la longue, même pour ma femme qui doit m'accompagner. Les tricycles et autres jeepneys vont jusqu'à démarrer, foncer vers moi, pour me proposer de monter. Ils veulent des dollars, pour eux, je suis un américain, l'Europe ici, c'est trop loin, ils ne connaissent pas. Cela dit, ce ne sont pas des voleurs comme à Jolo, ils ne m'attaqueront pas, du moins, pas tant que je suis accompagné.
On ne peut pas dire qu'on s'amuse ferme ici, il n'y a pas beaucoup d'activités : une seule chaîne de télé fonctionne correctement et ce sont des séries en tagalog avec quelques publicités en anglais. Ce que je supporte toujours difficilement, c'est l'absence de vrai toilettes, seulement un début d'installation, on ne peut pas poser ses fesses et on doit remplir une bassine d'eau pour nettoyer à chaque fois. Mon truc, c'est d'éviter de manger trop, aujourd'hui j'ai mangé un fish-burger au Mac Do du coin. Je vais sûrement avoir la ligne philippine à la fin du mois. Les jeunes philippins sont très minces. Pour le reste, je commence à m'habituer, j'ai ce journal à tenir et chaque fois que je peux, je fais des photos. Ce soir au Mc Donald's, j'ai photographié un agent de sécurité avec son gros fusil à pompe. La sécurité du Mac Do est mieux assuré que cette ville. J'ai donné mon unique plaquette antimoustique, je pensais pouvoir en trouver ici, mais ils n'ont pas la même notion de supermarché qu'en France. Par contre, beaucoup de maisons possèdent un petit commerce de 1,50 m sur 1m. Pas suffisant pour trouver ce que l'on cherche malheureusement. Réveillé à 3h00 du matin par le videoke (karaoke) local, il nous est impossible de nous rendormir, les coqs philippins en mal de poules, n'arrêtent pas de chanter. C'est pourquoi à 4h30 du matin, ma femme et moi décidons de faire un tour en ville pour voir le lever du soleil. Il est dit que nous ne dormirons pas beaucoup aux Philippines. Il est possible que nous croisons les rats, ils sortent la nuit. Finalement, nous n'avons pas croisé de rats cette nuit contrairement à ma première nuit où j'en ai aperçu tout un troupeau. La réputation des moustiques philippins est très surfaite, en tout cas au nord de Luzon, on est sorti bras nus et en short sans être inquiété, par contre nous n'avons pas assisté au lever du jour, il était trop tôt, les coqs philippins se sont trompés. Je n'ai pas put utiliser la caméra vidéo, pas assez de lumière. Je compte bien rapporter des vidéos de mon voyage dés que les philippins se seront habitués à ma présence. Quand les enfants ne me suivront plus, quand les tricycles ne viendront plus se ranger près de moi et quand les vieilles femmes ne diront plus que je suis malade car trop blanc, je serais peut être intégré à cette communauté.
Dimanche 5 Août 2001, 3ème jour
« Un conseil
: évitez l'eau »
C'est mon 3ème jour et on est dimanche, mais ici les jours n'ont pas d'importance, ce sont toujours les mêmes occupations à l'exception du facteur qui ne passera pas aujourd'hui. D'ailleurs, il n'y a pas de boites à lettre, il y a toujours quelqu'un à la maison pour recevoir le facteur. Si je ne souffre pas trop des piqûres de moustique (de toute façon je prend de la Savarine), on ne peut pas en dire autant d'un des bébés ici (Jasmine) qui est couvert de piqûres de la tête aux pieds. J'espère bien pouvoir acheter un journal philippin aujourd'hui, je sais qu'il n'y a pas de presse aux Philippines, pourtant ça m'occuperai de déchiffrer un journal écrit en tagalog. Un conseil, ici il faut éviter l'eau si vous êtes un touriste, ma belle mère, femme de ménage clandestine à Paris a eu la diarrhée pendant 1 mois lors de son retour aux Philippines. C'est un luxe que je peux me permettre car je ne reste qu'un mois, aussi je mange peu (les aliments sont cuit à l'eau) et je bois du coca (l'eau française est trop chère alors que le coca est fabriqué aux Philippines). Ce matin nous avons visité la fabrique de sel de mon beau-père. Le gros sel gris est importé d'Australie, puis il est mélangé à l'eau pour enfin être cuit et transformé en sel blanc. Ce sel sera vendu aux Philippines et au Japon. En revenant de la messe ce matin, ma femme s'est fait agrippé les cheveux par le singe de la maison, c'est une femelle, elle m'aime bien. A l'église, après le premier chant en tagalog, j'ai put écouter une merveilleuse chanson en anglais, une mélodie un peu triste, chantée par une jeune fille en solo à la voix très pure et un cœur de jeunes filles de 10 à 14 ans, toutes les yeux bridées à la peau marron. C'était sublime, j'en ai eu la chair de poule. J'ai pensé à leur fabriquer un clip vidéo et à les faire connaître au monde entier, mais je ne suis pas producteur, c'est dommage, il y avait beaucoup plus d'émotions que dans le Titanic chanté par Céline Dion. Si un producteur de musique me lit, qu'il aille à Carmen près de Rosales dans la province de Pangasinan à 300 km au Nord de Metro Manila dans l'île de Luzon. J'aimerai pouvoir écouter cette chanson tous les jours et la faire connaître.
Aujourd'hui encore au dessert, il y avait des tupics (prononcez toupics), ils sont meilleurs qu'à Paris. Un tupic est une espèce de pâte faite avec de la noix de coco et cuit dans une feuille de bananier, c'est très bon. En dehors des moustiques, il y a des petites bêtes qui rampent, se promènent sur votre peau et vous piquent, c'est désagréable, on est sans cesse en train de se gratter. La chaleur est toujours étouffante, un peu moins quand il pleut . Tous les véhicules japonais et coréens sont équipés de la climatisation (aircon en anglais), beaucoup de bâtiments le sont aussi comme le Mac Do du coin, mais l'église de Rosales n'a pas les moyens d'en avoir, cette chaleur m'a donné envie de dormir. Comme je dors très peu la nuit, j'essaie de faire la sieste le jour. De toute façon, il n'y a pas grand chose à faire. Moi qui suis accro à la télé, mes beaux parents n'ont qu'une chaîne qui fonctionne correctement et c'est en talagog, moi qui ne connaît que quelques mots. Je ne peux pas non plus avoir de discussions avec mon beau père, il ne parle pas anglais. Un garçon ici ne parle que l'ilocano, j'ai essayé de lui parler tagalog avant de comprendre qu'il ne le parlait pas. Le seul mot que je connais en ilocano, c'est apaya qui signifie pourquoi (pour l'orthographe j'ai demandé à plusieurs philippins qui parlent l'ilocano, mais personne ne connaît l'orthographe de cette langue, elle ne se transmet qu'oralement). Le jeune garçon qui ne parle pas tagalog a craché sur le chien, ça m'a surpris. J'avais oublié que certains philippins mangent du chien (ma femme par exemple), paraît il que la viande est bonne (ils sont moins nombreux à manger du chat à cause des poils et parce qu'il y a moins à manger). L'aventurier Mike Horn a bien mangé du caïman et du singe quand il a fait son tour du monde de l'équateur. Moi ça me fait de la peine de voir ce singe attaché toute la journée, avec seulement 1,50 m de chaîne. Il n'est pas sauvage, il me laisse le caresser, mais on sent bien que depuis toutes ses années d'enfermement, il ne songe qu'à la liberté. Le confort de mon petit appartement parisien me manque. J'aime partager l'aventure à travers les récits des aventuriers, mais mes aventures se limitent aux joies du camping, j'aime trop le confort pour me satisfaire de cette vie à Carmen. De toute façon, il n'y a pas d'aventure ici, il n'y a même pas d'horizon, beaucoup de philippins émigrent comme femmes de ménage à Paris, au Canada, Hong Kong et Singapour ou comme gogogirls et prostituées au Japon. J'ai un ami philippin à Paris, informaticien comme moi, expert en montage vidéo qui est femme (homme) de ménage à Paris. Quand on n'a pas de papiers, on n'a pas non plus de choix. A moins d'avoir un contrat avec un employeur, l'immigration est toujours clandestine et le billet aller simple pour Paris coûte entre 40 et 60.000 francs, en liquide, avec toujours la peur de se faire expulser de France part la police. Ici Paris fait rêver, beaucoup de philippins y ont fait fortune en y travaillant comme femme de ménage ou garde d'enfants. Les Etats Unis les font rêver aussi, mais l'immigration est trop sévèrement contrôlé là bas, c'est plus facile de partir pour Paris (quoique mon beau frère et ma belle sœur ont essayé sans succès bien qu'ils avaient payé l'agence) ou Montréal et avec de la chance, d'épouser pourquoi pas un français ou un canadien.
Quand je rencontre un philippin qui a travaillé à Paris, on échange quelques phrases en français, mais on en revient vite à l'anglais, ils n'ont eu ni le temps, ni la volonté d'apprendre le français. A Paris, sans papiers, cela ne sert à rien de s'investir dans l'apprentissage d'une langue réputée difficile pour un asiatique. Ici les marques font rêver, Coca Cola comme Vuitton, Lee ou Calvin Klein, c'est de la richesse à petit prix et il est très facile pour eux de s'acheter des objets de marque quand on a un peu d'argent, c'est montrer aux autres qu'on est riche, même si on doit dépenser tout ce que l'on a pour ça. Ma femme râle à chaque fois que je n'achète pas une marque, elle a cherché en vain une marque sur mes lunettes de soleil, puis elle a refusé de me parler pendant plusieurs heures, pareil pour les vêtements. Un touriste français que je croiserai à l'aéroport m'a raconté qu'il a vu des philippins dépenser tout leur argent pour acheter des chaussures de marque et n'avoir plus rien à manger après pendant plusieurs jours. Mais comme je ne m'appelle pas CK, Levis ou Christian Dior (j'ai déjà un nom), je ne vois pas pourquoi j'afficherai leur nom plutôt que le mien (d'ailleurs à une lettre près, j'ai presque ma marque). Pour moi l'utilité de la chose compte beaucoup plus que le faire paraître. Difficile de comprendre ça pour une philippine qui rêve devant un panneau publicitaire ou un spot TV. A bien des égards, ce sont encore des enfants, ils croient tout ce qu'ils voient, d'ailleurs un spot publicitaire en anglais leur propose d'acheter des pilules pour grandir, c'est tellement bien fait que moi aussi j'aimerai y croire, avec mes 1,76m, j'ai toujours l'impression de ne pas être assez grand, et si grâce à ces pilules je pouvais atteindre 1,85m... Se peut-il que l'hormone de croissance soit en vente libre aux Philippines. Dans ce pays où on est très croyant, on est prêt à croire n'importe quoi. J'ai remarqué à l'église que si la statue de la vierge Marie avait la peau blanche, Jésus Christ, lui, avait la peau marron, et si Jésus Christ était un philippin ?
Cet après-midi avec la jeepney du beau père, on est allé rendre visite à des amis dans des coins reculés. En me voyant, un philippin a crié « Hi Jo », c'est une insulte, un Jo est un américain stupide et riche, c'est peut-être vrai pour les américains, mais moi je suis français et pauvre. Mon anneau de mariage et ma montre ne valent pas plus de 200 F, j'ai les mêmes vêtements qu'eux et à Paris il m'arrive de passer (presque) pour un clochard. Ici, c'est pas possible, il n'y a pas de clochard, pas de mendiant comme en France, en Afrique ou en Inde, ici il n'y que la misère et moi je me défini comme un philippin blanc (a white pilipino). Mais je ne trompe personne, mon physique parle pour moi. En me voyant, une petite fille s'est mise à pleurer et s'est enfui dans sa maison. Avec ma peau blanche, mon long nez et mes yeux bleues, je dois être un monstre. On a fait un nouvel essai avec la petite pour le même résultat. J'ose espérer que la prochaine fois qu'elle verra un blanc, elle n'aura plus peur. On a beaucoup à apprendre les uns des autres, si je suis là, c'est aussi pour ça. L'image que je veux leur donner, c'est que je suis comme eux, ni meilleur, ni pire, je mange les mêmes choses qu'eux, je partage leur maison, leur vie, ma fille joue avec leurs filles. Mes seules richesses ici, ce sont mes deux appareils photos compacts, 1 APS et un 24 x 36, plus une petite caméra mini DV que je n'ose pas trop montrer. La richesse est parfois une insulte que l'on jette au visage des pauvres. Les philippins sont pauvres et croyants, j'ai d'ailleurs une devise : plus on est croyant, plus on est pauvre (j'aimerai bien devenir athée pour enfin être riche).
Lundi 6Août 2001, 4me jour
« Ici, une
matinée, c'est toute une journée »
Dommage que les lézards ne circulent pas au même niveau que les cafards, sinon ils pourraient se battre entre eux. Ce matin, j'écoute la radio américaine en prenant mon cappucino que j'ai ramené de France. Ça fait plaisir un peu de civilisation. Je vais même avoir droit à un journal en anglais, depuis le temps que j'en demandai un. Ici, même les choses les plus simples sont difficiles à trouver : le sucre, les mouchoirs en papier, les serviettes de table. Quand on trouve un produit, c'est pas sous la forme habituelle, mais il faut s'en contenter, alors je me mouche dans de toutes petites serviettes à jeter, le sucre se trouve en bocal mais ça n'a pas arrêté les petites bêtes pour autant, dommage. Avant hier, j'ai donné ma plaquette antimoustique acheté à Auchan pour la pièce où dort le petit bébé couvert de piqûres de moustiques. Résultat, mes bras et ceux de ma fille commencent à être couvert de piqûres. A Metro Manila, on devrait trouver des produits antimoustiques, ou peut être au marché de Rosales mais ici à Carmen, c'est une autre histoire. Moi qui pensais qu'ils étaient équipés pour la lutte contre les moustiques, ils n'ont rien, pas de moustiquaire (je m'apercevrai par la suite qu'ils en ont 2), pas de crème, rien de rien. Si un jour je reviens, j'arriverai avec des stocks.
Aujourd'hui, on devrait pouvoir quitter Carmen pour faire du shopping, enfin. Ici il fait jour à 6h00, cela explique sans doute pourquoi on commence à se réveiller vers 5h00 du matin et que la nuit tombe à 6h00 du soir. On n'a pas de serviette, alors on s'essuie sur les vêtements ou on attend que ça sèche tout seul. Avec la chaleur qu'il fait, ça va vite. Le singe de la maison m'aime bien, quand je le caresse il ne bouge plus. Je m'attend presque à ce qu'il ronronne comme un chat, mais lorsque ma femme s'en approche, il devient comme fou furieux et ma femme en a très peur. Un pilipino (philippin) m'a apporté le Philippine Daily Inquirer, j'ai un mini dictionnaire français – Anglais pour les mots que je ne connais pas, ça va m'occuper. 13 otages dont 8 enfants ont été libéré par les Abu Sayyaf (prononcez Abou Sayyaf) à Barangay Bolobo à Larritan Town, mais un autre otage a été décapité. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis longtemps des 2 otages américains restant (le 3ème avait été décapité), peut-être ont il été exécutés eux aussi (la presse et la télé française n'en avait pas parlé). Ici personne ne se souci des Abu Sayyaf et autres Moros (nom donné au musulmans philippins), quand au NPA (New People Army), ils ont la sympathie de la plupart des philippins (y compris de ma femme). Avant que je parte aux Philippines le gouvernement de Manila avait passé un accord avec les guerilleros des NPA. Beaucoup de philippins portent des tenues de camouflage alors que paraît il c'est interdit. J'espère pouvoir en acheter lors de notre shopping. Au Mac Do, mon beau frère m'a proposé d'acheter un pistolet, moi je lui ai offert un couteau de poche français : un opinel (ainsi qu'à mon beau-père). Depuis il le porte toujours sur lui. Le fait que je sois un ancien sous-officier de l'armée française m'a ouvert sa sympathie.
Après m'être rasé sans miroir, j'ai pris ma douche à l'eau froide en observant les jeunes filles à la petite boutique d'en face, la vendeuse pouvait me voir aussi (heureusement que j'ai été naturiste, seuls les WC collectifs pourraient me gêner). Je pense que très vite, on s'habitue à l'absence de confort et d'intimité. Par contre toutes les jeunes philippines pubères sont très prudes, elles se douchent et se baignent tout habillé. Ici, on est une grande famille, un peu comme à l'armée, on est tous solidaire (aux Philippines, la famille est le 1er élément fédérateur, les lois et les gouvernements passent, seule la famille reste). Un philippin sans ressource trouve naturellement hébergement et nourriture dans sa famille proche ou éloignée. Chez nous, la maison n'est pas grande, mais le jour, on doit être plus d'une douzaine (souvent plus de 20 personnes) et la nuit, il peut y avoir entre 6 et 10 personnes, sans compter les bébés. Ma belle-mère dort par terre dans la grande pièce avec les bébés et quelque fois une jeune cousine (il est arrivé que 5 ou 6 personnes dorment par terre dans la grande pièce, 1 dans le hamac et j'ignore combien de personne dorment dans le kubo (prononcez koubo, sorte de hutte en roseau et en paille sur pilotis), mais la plupart du temps mon beau-père avec des ouvriers y passent la nuit.
Hier, 2 ouvriers ivres se sont battus à la fabrique de sel de mon beau-père, résultat : beaucoup de dégâts et la production est arrêtée. Je suis toujours fatigué, j'ai un peu de fièvre. Jasmine, moins d'1 an, est entièrement couverte de piqûres de moustiques, j'espère qu'elle n'a pas la malaria, elle bave beaucoup et je n'ai pas de traitement curatif ni pour bébé, ni pour moi, peut-être qu'en doublant les doses de Savarine, on doit pouvoir stopper la maladie. Il est bientôt 9h30 du matin (3h30 du matin à Paris), ça ressemble plutôt à l'après-midi en France, on a eu un peu de soleil, toujours beaucoup de chaleur et la matinée qui n'en finit pas, on a le temps de manger, de faire la sieste, de parler, de travailler, bref une matinée, ici, c'est toute une journée, on n'a pas la même notion du temps par rapport à la France. Quand à 18h00 arrive le soir, on est bien comptant car la journée a été très longue. Il y a une jeune pilipina que je ne laisse pas indifférent, sans doute est-ce la réputation de la supériorité des organes occidentaux (totoy ou titi pour les garçons, kiki pour les filles, je ne suis pas sûr de l'orthographe, ça ne figure pas dans mes dictionnaires de tagalog) sur les organes asiatiques. Il y a une chose qui est étrange, mais sûrement dû à la chaleur, je mange très peu, alors qu'en France j'ai toujours faim. De toute façon, à part les fruits tropicaux, le riz et le cochon (baboy) ou le poulet (manoc), il n'y a pas grand chose à manger, ça tombe bien, j'ai jamais faim ici et je dois me forcer pour avaler de temps en temps un peu de riz ou de viande. C'est peut-être pour ça que les philippins sont souvent très mince. Je ne les ait jamais vue se raser, certains ont la moustache, jamais de barbe ni de poils sur le torse, ils doivent être partiellement imberbe (par contre, Élisabeth, une cousine philippine, a de longs poils noirs sur les jambes).
On a mangé à 11h00 du matin mais la plupart des philippins se lève avant 6h00 et la matinée est particulièrement longue ici. On a fait le tour du quartier pour aller rendre visite à des amis presque tous parents ou meilleurs amis, j'ai arrêté d'essayer de comprendre, ici, ils sont tous parents ou meilleurs amis. Presque à chaque visite, on a droit à un verre ou une bouteille de Coca-Cola, il est certain que c'est plus sûr que l'eau, d'autre part les usines de Coca-Cola (comme celles de Pepsi et Pop-Cola) sont implantées partout aux Philippines. De retour à Paris, je vais enfin pouvoir boire de l'eau. En rentrant à la maison, je suis monté à califourchon sur la moto du tricycle et dans les embouteillages j'ai eu droit à la fumée de tous les véhicules.
Ma femme a emporté de la cuisine française pour que je mange correctement. Moi, le riz me suffisait, mais elle a eu peur que me laisse mourir de faim. Quand je prend des photos comme ce matin, j'ai un peu honte, je demande toujours la permission, mais les gens que j'ai rencontré ce matin sont très pauvres et en France, tout ce que vous risquez de voir, c'est la misère de ces gens, or ces gens ont l'air heureux, ils ne veulent pas d'argent et vous invitent toujours chez eux. Ils ignorent comment ça peut être ailleurs, alors ils se contentent de ce qu'ils ont. C'est une grande leçon pour nous occidentaux qui ne sommes jamais content de ce que nous avons.
Cet après-midi, nous sommes allé au supermarché de Urdaneta (au nord de Carmen Rosales après Villasis), l'agent de sécurité armé d'un pistolet m'a gratifié d'un Welcome Sir, je n'ai pas sût quoi dire, je ne m'attendais pas à cette marque de respect. Rien pour les philippins, mais moi j'ai droit à un Welcome Sir. Ce n'est pas aux supermarchés français que les philippins auront droit à un Bienvenue Monsieur, Bienvenue Madame. En France, on les considère moins que les français même s'ils dépensent beaucoup et notamment pour des produits de luxe. D'autre part, les policiers ou les agents de sécurité philippins m'ont toujours autorisé à les photographier. Sans doute m'ont ils pris pour un américain. Ce sont quand même les américains qui les ont libéré des japonais lors de la seconde guerre mondiale. Pour le reste, pas beaucoup de choix au supermarché, je n'ai même pas trouvé la boisson N°1 aux Philippines : le Coca-Cola. J'ai acheté une bouteille de ce que je croyais être de la bière, ça s'appelle Root Beer, et sur la bouteille est représentée une chope de bière avec beaucoup de mousse. Mais dans mon verre, il n'y a pas de mousse, ça a la couleur marron et le goût du Coca-Cola. Je crois que les philippins ne savent produire que du Coca-Cola. Pour info, la deuxième boisson est Pepsi Cola suivie de Pop Cola. Pour les fast-food, Mc Donald's est en tête devant devant Jollibee, KFC, Chow King et Burger King. Mais les mots que l'on rencontre le plus souvent aux Philippines sont : Jésus Christ, God et Lord, avec sur les tricycles « In God we trust » et sur les maisons « Lord bless our house » ainsi que des images de la vierge Marie partout, sur les jeepneys, les tricycles, etc. En rentrant à la maison, je ne pouvais pas m'empêcher de penser que la pollution par les véhicules est pire ici qu'à Paris, aucun moteur n'est réglé et le nombre de tricycle qui pétaradent est assez impressionnant. Je pense qu'un philippin sur 3 a une moto sur laquelle il a greffé un habitacle. J'avoue que c'est pratique pour porter quelqu'un ou pour mettre ses courses. On peut y loger 2 personnes adultes ou un cochon. Quand au bébé, il circule presque tout au devant de la moto, j'ai toujours l'impression que c'est le bébé qui conduit la moto. Si un jour je devais vivre aux Philippines, je prendrais moi aussi une moto, le trafic est tellement intense sur toutes les routes que c'est le seul moyen pour être sûr d'avancer. Ici la priorité est donnée aux véhicules les plus rapides ou les plus gros, les piétons ou les vélos ont plutôt intérêt à se pousser, sinon mon chauffeur (comme les autres) les pousseront gentiment après les avoir dûment klaxonné et enguelé. D'ailleurs, tous les chauffeurs que j'ai eu ont la manie du klaxon, toutes les minutes, ils appuient dessus, c'est sans doute pour dire bonjour. Une deuxième chose qui serait indispensable pour vivre ici, c'est une piscine, la chaleur est toujours étouffante, 24h00 sur 24 et 12 mois sur 12. Ils ne connaissent ni l'hiver, ni les nuits fraîches (les ventilateurs continuent à tourner la nuit pour essayer de rafraîchir les maisons), on n'aurait même pas besoin de chauffer l'eau de la piscine.
Comme je n'ai rien à faire ce soir, je vais vous faire un compte-rendu de ce qu'il y a et de ce qu'il n'y a pas aux Philippines. Il n'y a pas de boulangerie, ni de pâtisserie (j'en découvrirai plus tard à Metro Manila), donc pas de pain, ni de gâteaux, il n'y a pas de yaourt non plus, ni de fromage (pas de produits laitiers). Il existe pourtant un fromage philippin sous forme de plaquette, de couleur orange et vendu en boite de conserve, ça ressemble à du beurre et ça a un peu le goût du roquefort (avec 0% de matière grasse), à éviter. On peut aussi trouver du fromage liquide (toujours à 0% de matière grasse) de couleur orange, j'ai même pas souhaité en acheter, je suis certain qu'il est fabriqué sans le moindre gramme de lait. Il y a des cinémas dans les grandes villes (celles qui se terminent pas City). Il existe des piscines, j'en verrai peut être une demain, il y a la mer, j'espère pouvoir y aller. Il y a très peu de chaînes TV, chez nous, on en capte une en tagalog, mais avec une bonne antenne, on pourrait peut-être en capter 6 ou 7 (c'est ce qu'on m'a dit) dont certaines en anglais. Avec un abonnement au câble, plus de problème d'antenne et je pense qu'ont peut avoir 30 chaînes (l'information vient d'une vendeuse de télé). Les principales distractions, c'est faire de la moto, discuter entre amis ou regarder la télé. Il n'y a pas de boutique de presse, peut-être à Manila. Les filles philippines (pilipina) doivent rester vierge jusqu'au mariage (à l'exception des prostitués bien sûr). Le maximum que vous pouvez espérer, c'est un bisous sur la bouche mais normalement un petit ami n'a droit qu'à tenir la main de sa pilipina, c'est tout et c'est peu. Il existe des prostituées dans les grandes villes mais paraît-il que c'est répréhensible. Bref, si le gouvernement philippin veut intéresser les touristes étrangers, il a encore du chemin à faire. Autrement les philippins sont plutôt sympa quand ils ne se moquent pas de vous, ou ne vous dévisagent pas avec insistance. Pour eux vous êtes un Jo, c'est-à-dire un américain qui a des dollars. Pour les pilipina (philippines), vous pouvez être un billet de sortie pour quitter les Philippines vers un monde supposé meilleur. A ce moment là, vous aurez droit à des sourires appuyés pour vous faire comprendre qu'elle est intéressée. Il existe l'alcool pour s'éclater (les discothèques n'existent que dans les grandes villes). Ici, les gens sortent le soir dans la rue pour parler, ils vont aussi au Mac Do du coin. Il existe également d'autres fast-food dans les moyennes et grandes villes. A Paris, on court toujours après le temps, à Carmen Rosales, il faut attendre que le temps vous rattrape, vous pouvez donc faire la sieste tous les jours et chercher des moyens pour lutter contre la chaleur. Beaucoup de bâtiments sont climatisés, toutes les nouvelles voitures le sont, et la chambre dans laquelle je suis l'est aussi depuis peu. La nuit on coupe la clim parce que ça consomme beaucoup d'électricité et que ça fait beaucoup de bruit, mais quand la chaleur nous réveille on remet la clim pour 5 ou 10 minutes, on fait ça 2 à 3 fois par nuit. Ici les climatiseurs s'appellent AIRCON (air conditioner), beaucoup de boutiques en vende. Si vous n'avez pas l'aircon aux Philippines, vous aurez sûrement un ventilateur, sinon vous mourrez de chaleur. Je pense que l'absence de distraction fait que le philippin est très ouvert vers les gens. Ils seront ravis de parler avec vous en anglais et encore plus ravis si vous parlez tagalog. Les philippins sont toujours étonnés quand je répond en tagalog au lieu de l'anglais, mais mon vocabulaire limité ne me permet pas d'avoir de vrais conversations en tagalog.
Mardi 7Août 2001, 5ème jour
« Ils ont
mangé le chien »
Je viens de prendre une douche avec une souris après avoir un peu couru en ville. Le vrai jus d'orange acheté au supermarché hier, se révèle être de l'eau sucré à goût d'orange. Les antimoustiques achetés hier se révèlent inefficaces, ma fille Siam est couverte de piqûres de moustiques, quand à la root beer, si j'avais lu la composition (eau sucré et caramel), j'aurais compris qu'il était impossible que ce soit de la bière. Il n'y a aucun contrôle sur la qualité des produits. Je n'ose imaginer la valeur des médicaments au drugstore du coin. Aux Philippines, n'importe qui peut vendre des médicaments, du plus petit store comme celui de la maison d'en face au mercurial store (on trouve aussi les mots pharmacy et mercury). Beaucoup de philippins (ceux qui ont les moyens) se font soigner à coup de passe magnétique (il existe heureusement de vrais docteurs même si leurs cabinets ressemblent à des stores (boutiques). J'ai apporté de France, une bonne trousse de médicaments et j'ai lu avant de partir, des ouvrages de médecine et des manuels de premiers secours. Malheureusement, je n'ai pas pensé à prendre certains médicaments qu'il m'est impossible de me procurer maintenant. Il est surprenant de constater qu'avec des pays proches hautement civilisés comme Hong Kong et le Japon, on se retrouve presque au Moyen Age.
J'ai acheté un short philippin que je trouve très pratique et assez esthétique, avec pleins de poche partout, c'est ce que je vais mettre ce matin. Ma femme et moi, avons un rhume depuis déjà 2 jours, pourtant je n'ai jamais vu un philippin enrhumé (avant de partir, je verrai une pilipina se moucher à la mode indienne, c'est-à-dire sans mouchoir à l'aide d'un doigt, ce sera la seule fois que je vois un philippin se moucher). Je n'ai que des antibiotiques pour me soigner, si c'est d'origine virale, ça peut marcher, je vais en prendre aujourd'hui en même temps que ma Savarine et ma DHEA. J'ai arrêté de dormir cette nuit à 1h00 du matin. Il est actuellement 7h00 et je regarde une des 2 chaînes en tagalog que l'on réussit à capter grâce à la nouvelle télé achetée hier. Cet achat a entamé nos économies, on a encore échangé des dollars ce matin contre des pisos (prononcez pesso). Je n'ai pas le moindre dollar sur moi, j'ai donné tout ce que j'avais à ma femme mais j'ai peur qu'elle dépense trop vite. Ce soir je vais sans doute prendre de la mélatonine pour réguler mon sommeil, je ne pensais pas en avoir besoin, mais j'aimerai arriver à faire des nuits complètes jusqu'à 6h00 du matin, si possible. L'antibiotique a été super efficace, de même que l'aspirine hier pour la fièvre. Vive les médicaments français ! Ma femme qui parlait français à Paris, ne parle plus avec moi que le tagalog ou l'anglais, pourtant elle devrait travailler son français si elle veut un jour acquérir la nationalité française, ses examens sont dans 3 mois (par la suite elle renoncera à acquérir la nationalité française). Tous les matins, je fais ma petite visite dans la chambre avec la clim. Là il est 8h25 quand je décide de faire ma visite, en France, je viendrais à peine de me lever, alors qu'ici la matinée à déjà été longue et fatigante, on a eu le temps de se laver, de se promener, de nettoyer, de jouer, de regarder la télé, de lire, etc. Avant 18h00, heure à laquelle tombe la nuit, on a déjà plus de 12 heures dans les pattes, on peut pas en dire autant en France. La nuit, on peut dormir entre 2 et 6 heures, c'est pour ça que les siestes compensent un peu l'absence de sommeil. 10H00 passé, j'ai terminé mon deuxième petit déjeuner composé de fruits : lookban (gros comme une noix de coco, l'écorce est verte, la peau est blanche et ça a le goût du pamplemousse mais il faut enlever la peau de chaque quartier à la main.), des mandarines vertes, des bananes petites et bien mûres et ma belle-mère m'a ramené aussi des oranges et je sais que ça coûte très cher ici. Les noix de coco (búko) sont très grosses et vertes, il faut utiliser le bolo (coupe-coupe philippin) pour enlever l'écorce. Les philippins dédaignent les noix de coco mûres (celles qui sont vieilles) qu'on trouve en France. J'ai aussi goûté à d'autres fruits qui n'existent pas en France, mais dont j'ai oublié le nom.
Ils ont coupé la tête du chien ce matin, pour le manger. Je croyais que c'était une blague et je ne suis pas allé voir, mais force est de constater que la tête est bien là avec les pattes, sur la table. Le reste du corps est en train de cuire pour le repas de 11h00. J'ai photographié et filmé les morceaux, c'est assez dégueulasse. On m'a dit qu'on m'appellerait pour que je filme l'exécution du prochain. J'espère qu'on me coupera pas la tête comme un membre d'Abu Sayyaf vient de le faire pour le philippin Noël Ibañez. Ma femme et moi, on essaie de soigner les piqûres des bébés avec les médicaments qu'on a rapporté de France. Je me rappelle avoir caressé le chien hier soir, il ne s'attendait jamais à ce qu'on le caresse, j'ignorai qu'il était destiné à la consommation. Ce matin, un autre chien a pris sa place, j'ai décidé que je ne le caresserai pas, il ne faut pas s'attacher aux animaux que l'on mange. Le singe lui, ne risque rien, il fait partie de la famille. J'ai peur que les français ne comprennent pas, moi je sais qu'il existe d'autres pays où l'on mange les chiens : le Mexique, la chine et sans doute, d'autres pays d'Asie. D'ailleurs, ici, on mange aussi les chats, mais c'est moins bon. Finalement, je préfère les noix de coco de chez nous. Quand elles arrivent sèches en France, elles ont plus de goût et la chair est plus dure. J'espère pouvoir goûter du carabao (buffle d'eau) avant de partir, il paraît que c'est meilleur que la vache (báka en tagalog, en fait le carabao est trop précieux pour la culture du riz, ce qui fait que je n'en goûterai pas). Ça y est , j'ai presque la totale : un rhume, la gorge sèche, je ne peux plus parler et la diarrhée. J'ai repris un antibiotique, je vais essayer de manger le moins possible et de boire beaucoup de Coca-Cola. Ce matin, j'ai eu droit au coiffeur, les homosexuels sont revenus pour nous coiffer et prendre soin de nos cheveux. Dans mon cas, coupe de cheveux et huile chaude avec 30 minutes de casque chauffant, puis manucure des pieds et des mains, mais cette fois ci par une femme. Helen (ma femme) et moi, nous avons mangé tard et il n'y avait plus de chien pour nous (la viande est rare, ce qui fait que nos amis philippins se jettent dessus pour la dévorer, ce sera pareil plus tard avec le cochon et le poulet, ce qui fait que j'aurai à peine le temps d'y goûter). J'ai eu droit à du poisson, du riz et des légumes. Comme le citron n'existe pas aux Philippines, on utilise un petit fruit gros comme une bille, de couleur verte et que l'on presse comme du citron. Ça a à peu près le même goût. Encore une fois, j'essaie de me reposer, il n'y a pratiquement rien d'autre à faire. Je pense que l'infection que je subit a dû passer par l'eau des légumes, elle s'est propagée à ma gorge, mon nez, puis est descendue le long de mon intestin. Avec les 30 – 35° à l'ombre, les microbes se développent beaucoup plus qu'à Paris. Et dire que dans n'importe quelle pharmacie française, je pourrai trouver tous les médicaments nécessaires pour soigner toutes les infections possibles. Il est aussi possible que j'ai attrapé des microbes en me rinçant la bouche avec l'eau du robinet (j'ignorai alors que l'eau du robinet provenait d'un puits grâce à une pompe électrique). Je vais me préparer une bouteille d'eau décontaminée avec les pilules désinfectantes Micropur. Alors que je me balançai dans le hamac, un vieux philippin est venu me faire la conversation, il n'a dit : vous en France, vous êtes riche par rapport à nous autres philippins. Je lui ait répondu : aux Philippines comme en France, il y a des riches et des pauvres, des très riches et des très pauvres, nous avons des gens qui n'ont pas de maison, d'autres qui ont une maison mais qui n'ont ni électricité, ni eau courante, quant aux hommes politiques, les nôtres aussi s'en mettent plein les poches. Alors, il m'a parlé des Abu Sayyaf, je lui ait répondu que nous avons les Corses et les terroristes basques qui posent des bombes, envoie des colis piégés et tirent sur les gens. En fait, nous sommes très proches d'eux. Nul besoin d'aller loin pour rencontrer la misère, ou la violence. Philippins et Français, nous sommes pareils, la chaleur en moins bien sûr. Cependant, je ne peux m'empêcher de leur souhaiter d'avoir la même évolution que la Corée du Sud, pays voisin.
Mes piqûres ne proviennent pas des moustiques, mais des petites bêtes que l'on rencontre partout, dehors sur ma peau, dedans dans mon lit, et même parfois dans mon assiette. J'en tue plus de 30 par jour, j'ignore leur nom, je les situe entre la puce et la tique (de retour en France, on s'apercevra quand on a ramené des poux).
Mercredi 8 Août 2001, 6ème jour
«Les lézards
bougent beaucoup plus que nous »
Je ne peux toujours pas parler et je tousse sans arrêt. Toujours cette infection à la gorge, plus le rhume dont je n'arrive pas à me défaire. Les strepsils achetés hier au Mercurial Drug sont inefficaces, leur packaging les font ressembler à des bombons. A la radio tagalog, ils ont parlé des Abu Sayyaf à plusieurs reprises, impossible de comprendre ce qu'ils disent. En prenant mon café, j'écoute une chanson en espagnol à la gloire de la banane. Il existe peu de philippin qui parlent encore l'espagnol, mais cette langue a laissé des traces, notamment dans le tagalog : « comment ça va ? » se dit « commo esta ? » en espagnol et « kumústa ka ? » en tagalog, mais beaucoup de mots espagnols sont restés dans le tagalog sans aucun changement comme les jours de la semaine à l'exception de Dimanche qui se dit Linggó au lieu de Domingo. Il y a eu quand même quelques déformations avec le temps ainsi Miercoles (Mercredi) est devenu Miyérkolés.
J'ai essayé le pur jus de raisin acheté avant-hier au supermarché, ça a un lointain goût de raisin mais ça ne m'étonne plus, ils n'ont pas dût en voir souvent du raisin par ici (en fait les Philippines importe du raisin sans pépins des Etats-Unis avec la mention « bon pour la santé »). Hier une petite fille a dit à son petit frère tout intrigué de me voir « americano ». Même si les GI américains ont quitté les dernières bases militaires il y a 10 ans, ils sont restés dans l'esprit des philippins comme les seuls blancs à avoir partagé leurs existences. Pourtant, je ne me ballade pas avec mon M16 et je n'ai pas de tenue de camouflage. En dehors du premier jour, je n'ai toujours pas vu la pluie, bien que ce soit la saison des pluies depuis Juin. Mais en même temps que la chaleur, je sais que le taux d'humidité doit être très élevé. Je n'ai pas vue non plus, ni militaires philippins, ni membres du NPA (New People Army). C'est plutôt calme, je crains pourtant que le bouche à oreille fasse que bientôt tout le monde sache qu'il y a un blanc, un futur otage en puissance. Au cas où cela arriverait, je ne souhaite pas encourager cette mode. Donc pas de rançon pour moi, je tacherai de me débrouiller par mes propres moyens. Si ma vie doit se terminer ici, j'aurai déjà assez vécu. Alors que je bronze facilement en France, ici mon corps reste mystérieusement blanc, je pense que si je pouvais avoir la même couleur qu'eux, je serai plus facilement accepté. C'est vrai qu'en me voyant dans le miroir de ma chambre, j'ai vraiment l'air malade. Ce matin en me levant, je croyais que je n'avais plus de force physique, pourtant j'arrive toujours à faire des séries de 50 pompes. Pour se raser sans miroir, il suffit de toucher de temps en temps son visage pour voir où il reste des poils. Avec la douche, ce qui est pratique, c'est que l'eau s'échappe directement dans la rue. Pendant que j'écris ces lignes, l'eau sèche rapidement sur ma peau et je vais bientôt pouvoir enfiler des vêtements. Aujourd'hui, je vais essayer de prendre en photo le singe en train de manger du riz, il mange de la même façon qu'un philippin, d'ailleurs ils ont beaucoup de ressemblance. Ces singes sont tellement humains que la nuit, on l'entend pleurer. Pour se déplacer sur son bambou, il prend la chaîne entre ses mains et la fait courir le long de la barre. C'est fou ce qu'il est malin et agile. Je pense qu'il serait plus heureux avec moi.
Les Abu Sayyaf ne sont pas les seuls philippins à aimer couper des têtes, un peu plus au Nord de notre province, il existe toujours des tribus de coupeurs de tête, ces tribus sont connus sous le nom générique d'Igorot mais ils sont composés de groupes distincts : Kalinga, Ifugao, Ibalois, Kankanay, Bontoc et Apayao. Il y a une soixantaine d'année, l'anthropologue américain, Dean Worcester, qui vivait parmi ces tribus écrivait : « Quand on ramène une tête, c'est la joie ». On court prendre un linge blanc sur lequel on éponge le sang de la nuque décollée et qui sera exposée dans la maison. Puis on scalpe le crâne avant de le faire bouillir ; le frontal séparé, chacun prend une partie des os, mais auparavant on prélève la cervelle que l'on mélange avec du basi (alcool de canne à sucre cuit et recuit) et que l'on se partage entre « braves ». La mâchoire est polie, lustrée – elle servira à faire vibrer un instrument de musique, le tom-tom ou le gansa. Le corps dont la tête a été abandonné, mais lardé de coups de hache, ficelé entre deux broches de bois dans la position du fœtus et remis à la tribu de la victime. Tandis que la célébration se poursuit dans la liesse, les parents du supplicié enterrent ses restes sans cérémonie : le corps est jeté au fond d'une fosse autour de laquelle ils veillent quelques heures, maussades, silencieux, les yeux rivés sur le corps déjà grouillant de vermine, honteux d'avoir perdu un de leurs proches de cette manière.
A 6h00 du matin, il fait aussi jour qu'à 10h00 en France et à 8h00, on se croiraient en pleine après-midi. Aussi à 8h00, je commence ma sieste dans le hamac (dúyan en tagalog, pour être sûr de vous faire comprendre il vaut mieux utiliser le tagalog que l'américain). J'ai le droit de rester 1 an aux Philippines sans visa, du fait que j'ai épousé une pilpina (philippine), autrement ce serait 3 semaines, mais en payant une taxe, je pourrai y rester autant que je veux. En ce qui me concerne, 1 mois, c'est largement suffisant. J'adore littéralement le short philippin, il est beau, bourré de poches de toutes dimensions, j'ai jamais vue ça en France, je suis sûr qu'il ferait un malheur chez nous. Avant de partir, je compte bien en ramener d'autres, c'est ce qu'ils font de mieux ici, les shorts philippins. La cuisine philippine n'est pas connu dans le monde, contrairement à la cuisine française, Italienne, Chinoise, Thaïlandaise ou Japonaise. C'est qu'il n'y a pas grand chose à en dire, ni à manger d'ailleurs, même leur riz est sans saveur (il est collant et se mange avec les mains), quant aux autres plats : légumes et viandes sont cuit dans de l'eau vinaigrée. Cela explique pourquoi la majorité des philippins sont très minces (à moins de manger 4 à 5 grosses assiettes de riz par jour comme mes beaux-parents). Donnez leur une nourriture française ou américaine et ils deviendront vite obèses. Même en passant le plus clair de mon temps en restant allongé, à attendre que le temps passe, je suis certain qu'à la fin du mois, j'aurai perdu du poids (en effet, de retour en France, je constaterai que j'ai perdu 10 kg). Il n'y a que leurs petites bananes, ou leurs tupics (prononcez tupics) qui se laissent manger avec plaisir. Ici, c'est un peu comme une prison, je dois attendre que ma femme ou quelqu'un d'autre veuille bien sortir avec moi, sinon je ne dois pas quitter la maison. Partout ailleurs, en France ou en Europe, je n'ai eu besoin d'être accompagné pour visiter les alentours, mais ici, pour un blanc seul, il y a trop de risque, le tourisme est très fortement déconseillé dans cette partie des Philippines, alors j'attend pendant des heures, affalé sur le canapé (ou le lit) de pouvoir enfin sortir. L'ennuie, la chaleur, les mouches, mon corps est couvert de boutons, ma peau n'a jamais été aussi blanche. Quand je me vois dans la glace, je me fais presque peur. Je comprend que les philippins me croient malade. Les lézards bougent beaucoup plus que nous, ici pas de stress, pas d'agitation, seuls les coqs et les mouches s'agitent, ma seule occupation, c'est d'écrire ce journal et d'attendre en rêvant de la France, à toutes ces boutiques, à tout ce travail, toutes ces choses à faire que l'on peut faire ici. Je rêve d'avoir envie de manger et de pouvoir à nouveau toucher du pain qui vient d'être cuit, goûter au fromage, au yaourt, manger un bon morceau de viande. Mon régime actuel, c'est : riz matin, midi et soir, mais le riz philippin est collant et nature (sans goût et sans autres ingrédients), il n'a rien à voir avec du riz thaïlandais, il faut être né philippin pour aimer le riz philippin. J'ai vue des œufs blancs au supermarché et quelque chose qui ressemble à des œufs de caille mais l'ordinaire de la maison est toujours le riz et quelques légumes coupés en morceau dans une sauce vinaigré. De toute façon, je n'ai jamais faim. Ma fille Siam dort sans son hamac en face de moi, elle a l'air heureuse, tranquille, sans doute l'effet de la chaleur. Ici, les enfants jouent pieds nus dans la boue, ils ont l'air heureux, certains jouent avec leurs sleepers (des sandales philippines), d'autres ont même quelques billes, je n'ai pas vue de jouets. Hier la TV montrait un reportage sur la protection enfantine et sur la consommation de drogue par les tous petits enfants. Dans les quartiers pauvres de Metro Manila, des bébés de 2 ans sniffent des bouteilles en plastique contenant un mélange de colle. Leurs mères âgées d'une quinzaine d'années sniffent aussi. C'est aussi à partir de 2 ans que les bébés se font violer, ma femme me l'avait dit, je ne commenterai pas.
En écrivant ces lignes, j'ai changé de place pour m'asseoir dans la hutte, elle est sur pilotis, alors il fait frais, mais là aussi je dois me défendre contre les petites bêtes. Pour elles, je suis un morceau de viande, sans doute, plus fraîche et avec le cuir moins épais qu'un philippin (peut être aiment elle l'exotisme ?). On est toujours dans la matinée, je n'ai pas de montre sur moi, j'ai déjà eu le temps de faire plusieurs siestes et de prendre 2 petits déjeuners : 1 café et des fruits. Il ne faut pas espérer de croissants ici, quant au café, je l'ai ramené de France. J'ai trouvé un intérêt aux Philippines, on pourrait y organiser des séminaires pour les gens stressés de la capitale. Une semaine aux Philippines et n'importe quel cadre parisien serait complètement détendu. Pas de fax, pas de téléphone, une chaleur qui vous abruti et énormément de temps pour ne rien faire, pas d'angoisse, pas d'envie, ni de manger, ni de vivre, ni de mourir, ici, rien n'est important, on cherche un endroit pour s'installer et on attend. Quand il faut manger, on mange, quand il faut dormir, on dort. On fait ce qu'on doit faire, mais sans envie et sans plaisir non plus. L'homme ici n'a pas de but si ce n'est de gagner quelques pisos (prononcez pesso) pour continuer. Mon stylo vient de tomber par terre et je n'ai pas put recoller tous les morceaux, heureusement qu'il marche encore et que cet après-midi on repart au centre commercial d'Urdaneta, je vais pouvoir en acheter un autre. Un stylo et des cahiers pour écrire est chose rare dans le coin, inutile d'espérer en trouver dans les stores de Carmen. Si vous allez un jour aux Philippines, n'hésitez pas à roter, à péter et à cracher, cela montre que vous êtes décontracté avec les gens qui vous entourent. Le nec plus ultra étant de roter et de péter en même temps, mais c'est pas évident. Nous sommes de retour à Urdaneta, une des plus grande ville de la province de Pangasinan (mais pas assez importante pour être un City). On a fait 2 supermarchés et comme toujours à chaque entrée, il y a des agents de sécurité armés, dans chaque boutique aussi et quelle que soit la taille de la boutique, ils ont pratiquement tous un pistolet et dans leur dos une trousse de secours, de sorte, je pense, qu'ils n'ont aucun remords à stopper un individu sachant qu'ils pourront de suite après lui porter les premiers secours. Il ne faut pas oublier de garder son ticket de caisse, car on risque de vous le demander à la sortie afin de contrôler si vous n'avez pas emporter quelque chose en trop. Cela fait plusieurs jours que je demande une carte de la région, style carte routière mais c'est comme les cartes postales ou les livres, on n'en trouve pas. Les supermarchés d'Urdaneta ne vendent pas plus de livres, que de cartes routières. De toute façon, ils n'attendent pas de touristes, alors les cartes postales et les cartes routières sont inutiles. Quant au bureau de poste, je n'en ai pas vue et j'ignore s'il y a moyen d'acheter des enveloppes ou des timbres (plus tard ma femme m'amènera à un guichet postal, on reste dans la rue, mais ont peut remettre une carte postale à travers la grille, hélas, je ne recevrai jamais les 2 lettres qu'ont envoyé mes parents et eux n'ont toujours pas reçu la carte postale que je leur ait envoyé, notre colis avait quand même mis 2 mois pour parvenir chez mes beaux-parents). Heureusement, en France, en cherchant bien, on trouve des plans sur les Philippines. A propos, le gouverneur de Pangasinan s'appelle Aguedo Agbayani (les philippins ont souvent des noms et prénoms à consonance espagnole), il est élu par le peuple mais il faut beaucoup d'argent pour se présenter aux élections, cela dit, le poste de gouverneur rapporte énormément (surtout avec les pots de vin). C'est la deuxième fois qu'il pleut depuis mon arrivée, cela a à peine duré quelques secondes et je suis pas arrivé à temps dehors pour profiter de cette pluie. Et dire qu'ils ont le culot d'appeler ça la saison des pluies, ces gens là ne sont jamais allé en Bretagne. A Carmen Rosales, les parapluies servent plus à s'abriter du soleil que de la pluie. Ce que je préfère aux Philippines, ce sont les philippins, ils sont gentils (pour la plupart), souvent rieurs, plus facile à vivre que les français, j'aime aussi les jeepneys, les tricycles à moteur et les fast-food américains, et je crois que ça s'arrête là, les supermarchés d'ici ne vendent qu'une infime partie de ce que les supermarchés français vendent, le plus souvent les produits sont de très mauvaises qualités quand ils ne sont pas mensongers. De toute façon, il est clair que les Philippines n'ont pas une société de consommation, il faudrait déjà que les philippins trouvent du travail, ce qui est loin d'être le cas. S'ils pouvaient s'inscrire au chômage, il y aurait 80% de chômeurs. Heureusement que la famille est là pour s'entraider mutuellement. D'autre part, tous les pays voisins recrutent des philippins, parfois même jusqu'en Europe, mais ça s'appelle du travail clandestin. Des chaînes de télé diffusent pendant les films ou les news, des petites annonces de travail en bas de l'écran, aussi bien pour Hong Kong que la Malaisie ou les pays arabes. On n'urine pas beaucoup et pas souvent aux Philippines, la transpiration de jour comme de nuit, se charge d'éliminer les liquides que l'on boit et sert d'autre part à réguler la température du corps. Quelqu'un qui ne boit pas serait vite malade mais je ne tiens pas à en faire l'expérience.
Jeudi 9 Août 2001, 7ème jour
«Beaucoup de
philippins attendent le retour des américains »
J'ai l'impression que ça fait 1 mois que je suis aux Philippines. J'ai beaucoup appris des gens, du mode de vie philippin. J'ai hâte de revoir la France. Je suis prêt à renoncer à beaucoup de choses : le pain, le fromage mais pas les jus de fruits ou l'eau chaude. J'ignorai avant de venir aux Philippines, que les jus de fruits que je prend le matin ou tout au long de la journée, pouvaient être considérés comme du luxe, voire introuvable comme c'est le cas à Carmen (à Metro Manila on trouve du jus d'ananas et du jus de mangue dans les fast-food), pareil pour le panaché que j'aime bien boire quand il fait chaud. Quant à prendre des douches à l'eau froide, je le supporte parce que j'ai pas le choix, mais de retour à Paris, je compte bien reprendre les douches et les bains chauds. Je me demande si les françaises seraient capables de se passer de salle de bain comme c'est le cas ici, j'en connais une qui ne le supporterait pas. Ce matin, Helen (ma femme) a voulu faire la grasse matinée, elle s'est levée à 7h00, le soleil était déjà levé depuis un bon bout de temps, tout le monde était partie vaquer à ses occupations. Étant donné que j'ai pris ma douche, je vais pouvoir étrenner le beau tee-shirt que m'a offert mon beau-père. C'est un Polo Sport signé Ralph Lauren. Toujours la fascination qu'on les philippins pour l'Amérique et les grandes marques. Je comprend maintenant qu'une grande marque, c'est l'assurance de ne pas être trompé sur la marchandise. Aux Philippines, il n'y a aucun contrôle de produit ni aucun service de consommateurs, alors avec une marque vous savez ce que vous achetez. Si vous achetez de la bière comme moi, en vous fiant au mot bière, tout ce que vous achetez, c'est de l'eau sucré à goût de caramel, seule la marque connue (exemple San Miguel pour la bière philippine) vous garantie l'honnêteté du produit. J'ai essayé ce matin le jus de guyabano, encore de l'eau sucré avec un lointain goût du fruit. Le guyabano est ovale et vert, de la taille d'un melon mais allongé et avec des épines, la chair est blanche. J'ignore où on trouve ce genre de fruits aux Philippines, mais pour les bananes et les noix de coco, pas besoin d'aller très loin, il y a des bananiers et des cocotiers devant notre maison et à tous les coins de rue. Mon petit déjeuner du matin sera composé de guyabano. Ce fruit n'aurait aucun succès en France, il faut plonger ses doigts dans la chair blanche et filandreuse, ça ressemble à de la bouillie de blanc de poisson. Pour ma part, je préfère de loin le lookban. Deux petits garçons jouaient avec le singe mais je suis arrivé trop tard pour les photographier, ma femme les avait déjà engueulé. Ils sont revenus, j'ai eu ma photo. Mon corps est couvert de boutons, mais je ne m'en fait pas trop, quelques jours à Paris et ils disparaîtront. Les petits garçons viennent d'acheter des bombons au store qui est en face de notre maison. C'est une petite baraque en parpaing avec une fenêtre grillagée de 3 mètres sur 1aquelle il y a écrit Nevado Store (Nevado est le nom de famille des propriétaires de la maison et du store). Quand il n'y a personne, il suffit d'appeler pour que quelqu'un vienne. Toute la famille se relaie pour servir à cette boutique (de la petite de 8 ans à la mémé de 70 ans), comme si une dizaine de vente de bonbons par jour (à 1 piso le candy) pouvait justifier la présence de ce commerce. Au centre de Carmen, il y a aussi ce genre de boutiques, on peut y trouver autre chose que des bonbons. Bien souvent les filles (généralement ce sont des filles) qui tiennent ces stores, dorment sur place de jour comme de nuit, si vous voulez acheter quelque chose, il vous suffit de les réveiller (j'ai jamais osé le faire). Ce matin, on est allé à la banque des Philippines de Carmen où il a fallu patienter jusqu'à ce qu'on nous appelle. Cette fois ci, c'est du sérieux, il y a 2 agents de sécurité dont un ouvre et ferme la porte au passage des clients. Ces gens là ne plaisantent pas, ils n'ont pas de trousse de secours mais un gros pistolet qui n'a rien d'un Smith & Wesson, mais plutôt d'un bon gros Automag. A mon avis, ce n'est pas du 7,65 ou du 9 mm qu'il tire, mais des munitions beaucoup plus imposantes destinées à arrêté net un individu (j'apprendrai plus tard qu'il y a un store (boutique) d'armes à feu juste en face de la banque où on peut acheter des pistolets, revolvers et fusils d'assaut). Pas question de les prendre en photo, faut pas rigoler avec ces gens là même s'ils ont du respect pour nous autres américains. Iici, tout le monde pense que je suis américain, d'ailleurs tous les philippins aiment et détestent les américains. Partout, sur les tricycles, les tee-shirts, les jeepneys, on trouve des drapeaux des Etats-Unis avec le mot USA presque aussi répandu que le mot Jésus Christ. Par ailleurs, j'ai remarqué la statue de la vierge Marie dans la banque. Ces philippins sont croyant à l'excès, pour nous blancs, censés être américains, nous représentons tout ce qu'ils n'auront jamais : la liberté de pouvoir circuler partout dans le monde (obtenir un visa pour l'étranger est presque impossible pour un philippin, il faut pour cela avoir des relations et beaucoup d'argent). On peut payer des agences clandestines comme ça a été le cas pour ma femme (elle avait payé 60.000 francs français pour être engagée comme hôtesse de l'air, le temps d'un aller simple en Europe), mais bien peu de familles philippines peuvent faire un tel sacrifice (et le succès de l'entreprise n'est pas toujours au rendez-vous). Ça fait cher du voyage, mais c'est le prix pour la liberté et la richesse. L'occupant américain a nourrit le peuple philippin d'espoir, puis les dernières bases américaines ont été rendues aux Philippins au nom de l'indépendance. C'est plutôt la corruption et la misère qui suivit. Le général Mac Arthur avait dit en abandonnant les philippins aux japonais « je reviendrai ». Effectivement, il est revenu et a libéré les philippins des japonais. Ces derniers se sont montrés très cruels et très expéditifs dans leurs méthodes. Personne ne les regrette ici (alors que Mac Arthur et ses hommes ont droit à de gigantesques statues). Les américains ont aussi créé des écoles pour que tous les philippins parlent anglais et former aussi une élite en créant des universités ou en envoyant les meilleurs philippins étudier aux Etats-Unis. Mais voilà, sommés de partir par les indépendantistes, ils laissent un vide immense et beaucoup de philippins attendent toujours leur retour en espérant ainsi le plein emploi et le retour à la croissance avec à la clé la société de consommation. Malheureusement, je ne crois pas que ce soit pour demain, il n'y a pas que je sache espoir de coopération entre ces deux pays comme c'est le cas en Corée du Sud. Ma venue ici ne sera pas suivi par celles d'autres américains.
Nous avons utilisé un tricycle pour nous rendre au bureau (guichet) de poste de Villasis. Pendant que j'écris ça, j'ai écrasé dans mon cahier une bestiole que je situe entre la fourmi et le moustique, c'est rose et ça volait avant que je l'écrase. J'allais la décrire quand ma femme me l'a enlevé. Pour elle ça n'a aucun intérêt. Donc, nous sommes allé à la poste de Villasis. Il faut rester dehors dans la rue devant le grillage de fer, ça ne ressemble pas à une poste, d'ailleurs j'ai pris une photo. Tiens, je viens de tuer une autre bête, mais celle-ci est plus petite et de couleur noire, elle présente moins d'intérêt que la première. Et puis toujours ces mouches qui en veulent à mon soda ou à la transpiration qui s'écoule de tous les pores de ma peau. C'est fascinant de voir ces gouttelettes d'eau qui sortent de ma peau. Je n'ai nullement besoin de faire le moindre exercice pour transpirer à grosses gouttes. A Villasis, on est allé au marché acheter de la viande de bœuf (karné báka) et quelques autres produits. Ici, pas question d'hygiène, on fait comme les mouches, on touche la viande avec nos mains pour voir si elle est encore fraîche. La chaleur régnante mériterait une réfrigération de la viande mais on n'est pas à une bactérie près. J'espère qu'elle sera bien grillée. Mon corps commence à s'adapter au climat, je ne suis presque plus malade et pour la première fois depuis que je suis aux Philippines, j'ai envie de faire du sport. Ceci dit, je continuerai à prendre des antibiotiques et à désinfecter l'eau. Le temps passant plus lentement qu'en France, j'ai absorbé l'histoire et l'économie des Philippines et j'ai repris l'apprentissage du tagalog. Je n'ai jamais été aussi en forme depuis mon arrivée dans ce pays. Je pense que mon corps s'est habitué. J'ai mangé 3 bananes cuites dans une pâte ainsi que du Toblerone que nous avons ramené de France. Les philippins adorent deux choses : le whisky J & B et le chocolat Toblerone, sans parler du coca qui est leur boisson nationale. Pendant ce temps, ma femme continue de faire le ménage, c'est une obsession chez elle comme chez beaucoup de philippines. Il y a une émission que j'aime bien sur ABS-CBN, chaîne en tagalog, il s'agit de PIPOL, ça traite de tous les sujets qui intéressent les gens avec des reportages courts et très visuels, comme par exemple : les agents de sécurité, le HIV (Sida) avec des reportages sur des sidaiques, la drogue chez les jeunes, la prostitution. Bref, des enquêtes sur la vraie vie des gens d'où le titre Pipol qui vient de l'anglais People. J'aime bien aussi l'émission TV PATROL, ça commence toujours par des sujets sur la violence, les victimes des Abu Sayyaf, de la criminalité, de la drogue, d'harcèlement sexuel, puis ils peuvent traiter de sujets plus légers comme les tee-shirts à la vitamine C pour être en forme toute la journée.
Au repas du soir, on a la viande de bœuf acheté ce matin. La viande est coupée en petits morceaux, très cuite et très salée. L'avantage, c'est que les microbes sont sûrement morts et à condition de mâchonner longtemps, ça se marie bien avec le riz. Demain, je pense arrêter les antibiotiques, il faut éviter de dépasser une semaine de prise de médicament, autrement on risque d'en perdre l'efficacité pour la prochaine fois. D'autre part, je dois avoir assez d'anticorps maintenant, d'ailleurs je me sens en super forme. J'aimerai bien me promener dehors mais ma femme estime que c'est trop dangereux. Il me reste la TV qui diffuse des séries à l'eau de rose, ce qui n'est pas mon truc, mais ça plaît bien aux philippins des deux sexes. Je peux aussi perfectionner mon tagalog mais la grammaire est aussi indigeste que la grammaire de n'importe quelle autre langue et il ne me sert pas à grand chose d'avoir du vocabulaire, si je n'arrive pas à faire des phrases avec (je connais grosso-modo la construction des phrases mais je ne maîtrise pas du tout les subtilités). J'aurai préféré qu'à leur indépendance, les philippins choisissent l'anglais ou l'espagnol comme langue nationale, ça m'aurait éviter d'apprendre une nouvelle langue et ça aurait facilité le tourisme et les échanges commerciaux entre les philippins et le reste du monde. C'est comme si en France, les Corses, les Bretons, les Basques, les Normands, etc. choisissaient d'apprendre et d'utiliser en premier leur langue régionale. Ça faciliterait peut-être leur indépendance mais ça les couperait aussi du reste de la France (et du monde) car l'unité d'un pays passe par la langue et l'indépendance d'un pays ne fait pas sa richesse, il n'y a qu'à voir les pays coloniaux à qui on a donné l'indépendance après la seconde guerre mondiale. Choisir l'indépendance, c'est choisir la misère. Hawaii est beaucoup plus riche d'appartenir aux Etats-Unis tout comme les Philippines auparavant quand les USA leur achetait au dessus du prix mondial leurs productions et leur fournissait éducation, forces militaires et infrastructures diverses. Dés le retrait des américains, le niveau de vie des habitants a chuté gravement et plus rien n'empêche les riches de monopoliser toutes les richesses du pays laissant le reste de la population de plus en plus pauvre. Enfin, la politique, c'est pas mon truc, je ne suis qu'un témoin qui rapporte ce qu'il voit et en ce qui me concerne, je préfère appartenir à un grand pays comme la France ou encore mieux à l'Europe si celle-ci pouvait être unifiée (une seule monnaie : l'euro et une seule langue : l'anglais) plutôt qu'à un petit quelque chose qui n'aurait aucun moyen de se défendre et d'assurer la sécurité et le bien être de ses habitants. La presse philippine assez xénophobe a tendance à dire qu'un étranger qui séjourne plus de 3 semaines dans le pays est forcément soit un criminel international recherché, soit un pervers sexuel. Ils ont oublié d'ajouter : un otage d'Abu Sayyaf ou des NPA. Mais je comprend leur point de vue, il n'y a pas grand chose qui incite un étranger à séjourner aux Philippines. Si ça ne tenait qu'à moi, j'écourterai mon séjour, mais j'ai pas le choix, j'ai promis à ma femme de rester 1 mois.
Note : durant mon séjour, un étranger sera arrêté par la PNP (Philippine National Police) pour viols sur jeunes mineurs. Ils ont trouvé de nombreuses cassettes vidéos où on le voit avoir des relations sexuelles avec de très jeunes filles et d'après ce que j'ai compris les parents des mineures auraient été payés pour donner leurs filles. Pour information, le tourisme sexuel est désormais très sévèrement condamné dans les pays asiatiques.
Vendredi 10 Août 2001, 8ème jour
«Ma femme Helen
ignorait qu'elle n'était pas catholique »
Comme mes précédentes nuits , j'ai eu des difficultés pour dormir, à cause de la chaleur bien sûr. La climatisation fait trop de bruit et rend la pièce trop froide, je préfère la couper. Mais surtout à cause de la musique des voisins (il s'agit en fait d'un videoke : Le Banana's). Ces gens ignorent que d'autres dorment pendant la nuit. Ça ne gène pourtant pas ma femme, elle a de la chance. J'ai fini par prendre du Donormyl, un hypnotique très efficace, quelques minutes après je dormais. Mais le réveil avec ce genre de pilule, est toujours comateux. Bref, je me suis réveillé assez tard encore un peu endormi, 7h00 du matin, ce qui doit correspondre à 10h30 du matin en France si on tient compte de cette différence d'appréciation du temps entre nos deux pays (je ne parle pas du décalage horaire qui est d'environ 6 heures et qui ne joue que le premier jour). Cette nuit, notre chauffeur de jeepney a eu son premier bébé : une fille (anák na babáe = bébé qui est femelle), dans la cabane en bois où il vit avec sa famille (mes beaux parents vivaient aussi dans une cabane en bois sur pilotis près de la rivière avant que l'argent de ma femme ne leur permette d'avoir une maison), à quelques mètres de notre maison, et bien sûr, sans l'assistance d'un docteur. Ma femme Helen, ses sœurs et son frère sont nés, eux aussi, à la maison et sans docteur. Je ne pense pas que ce soit une tradition, il n'y a tout simplement pas d'hôpital à Carmen Rosales, quant aux docteurs, les philippins ne les consultent que lorsqu'ils ne peuvent pas faire autrement, c'est-à-dire en dernier recours et à condition d'avoir de l'argent pour les payer. J'ignore s'ils pratiquent un contrôle des naissances, ils n'utilisent pas de moyens de contraception et ont tous beaucoup d'enfants (la moyenne d'âge dans cette province est de 18 ans, et encore tous les bébés et les enfants sans toits ne sont pas recensés). Je sais qu'un enfant est une richesse dans cette région, ce sont vos enfants qui s'occupent de vous quand vous êtes trop vieux pour travailler, c'est en quelque sorte l'assurance retraite des philippins. Seuls les fonctionnaires philippins perçoivent une retraite.
Les philippins n'en finissent pas de m'étonner, je savais qu'ils ne mettaient pas de casque et n'attachaient pas leurs ceintures de sécurité, qu'on pouvait monter à 5 sur un tricycle à moteur, ce qui était notre cas en revenant de l'église (j'étais sur la moto), mais j'ai vu un tricycle sur lequel 2 garçons étaient juchés sur le minuscule toit du véhicule. Il est 11h30, mais la plus grande partie de la matinée, nous l'avons passé à attendre à l'église de Rosales. Comme pour la maison de mes beaux parents, le toit de l'église est uniquement composé de tôles ondulés, ce qui augmente considérablement la chaleur à l'intérieur. Moi, j'étais malade comme un chien, toussant et me mouchant dans l'indifférence totale. Je ne suis pas le seul aux Philippines, j'ai vu des bébés et des personnes âgées tousser comme moi. Il faut savoir que la pneumonie et la tuberculose sont les deux principales maladies causes de mort dans ce pays. Les catastrophes naturelles : typhons, incendies en saison sèche, inondations et les accidents : absence de frein des autocars qui se jettent dans les précipices, délestage du trop plein de touristes des bateaux dans les mers infestées de requins, sont les autres causes de mort aux Philippines. Cela n'émeut personne, beaucoup de philippins se sont habitués à cette fatalité. J'ai toujours pensé que l'accès de croyance, que ce soit du côté des catholiques ou des musulmans, était sources de violence et de guerre. Il n'y a qu'à voir les israéliens et les palestiniens, les moros (nom donné au musulmans philippins) et les catholiques philippins. Musulmans et catholiques fanatiques pensent que le paradis leur ait acquis, surtout s'ils meurent de mort violente (pour les musulmans), ce qui fait qu'ils n'ont pas peur de la mort (hélas). A l'église, je n'avais pas fait suivre mon cahier pour prendre des notes, c'est un tort. Par contre dans ce petit village misérable perdu dans la campagne de Pangasinan (ma femme ignore si le village a un nom), j'ai mon cahier avec moi ainsi que mon petit appareil photo kodak (le Canon est un peu plus gros). Le chemin de terre pour arriver au village ne permet qu'à un seul véhicule de l'emprunter, le village se compose de huttes posées à même la terre (pas de pilotis), les gens ont l'air très pauvres. Le bébé de 9 mois qu'on m'a présenté est encore plus malade que moi, j'ignore quelles sont ses chances de survie, ici, c'est la nature qui sélectionne les plus fort. J'ai beaucoup de mal à obliger les insectes à maintenir une certaine distance envers moi. Cette visite, je ne l'ai pas choisi, pas plus que je n'ai choisi mes autres déplacements. Depuis mon arrivée aux Philippines, j'ai l'impression très nette que je suis en quelque sorte un otage, je n'ai pas de liberté de mouvement, je vais où on me dit d'aller, je fais ce qu'on me dit de faire, j'ai seulement droit aux besoins essentiels : manger, dormir, aller aux toilettes. Ce matin à l'église, j'ai eu le temps de réfléchir, le temps, ce n'est pas ce qui me manque. La maxime « le temps, c'est de l'argent » ne s'applique pas ici, du temps, les philippins en ont à revendre, mais pour l'argent, c'est une autre histoire. Je me demande ce que faisait les otages européens pour tuer le temps. A l'église, les jeunes philippins qui y vivent, jouent aux cartes ou prennent des douches, c'est une façon comme une autre de tuer le temps. Moi, je me suis limité à une douche par jour afin d'économiser sur le lavage des vêtements (il n'y a pas de machine à laver à Carmen Rosales). Quand je ne laisse pas tomber ma tête sur les genoux, je joue à extraire le pus de mes boutons, c'est une occupation comme une autre. Bien qu'ayant déjà versé pas mal d'argent à l'église, il nous faut expliquer à nouveau les mêmes choses. Ça tourne autour du fait que les informations figurant sur nos papiers français dont l'extrait de mariage, ne correspondent pas aux cases des imprimés de l'église. Le secrétaire du Père, un jeune philippin de petite taille, aime qu'on lui explique cent fois les mêmes choses. Contrairement à la France, tout le monde ici, fait preuve de patience, même moi, il n'y a de toute façon rien d'autre à faire. Si l'ignorance est une vertu, c'est la vertu la mieux partagée par les philippins : ma femme Helen ignorait qu'elle n'était pas catholique. Elle est donc baptisée par le Père après s'être confessée pour la première fois de sa vie. Dommage que je ne l'ai pas prise en photo, j'étais en train de somnoler. Quand le prête me parle, je somnole aussi, mais il me suffit d'acquiescer de temps en temps (yes father) pour qu'il croît que je l'écoute. Bien que j'ai été élevé dans la religion catholique, mes aspirations vont plutôt vers le bouddhisme (quand même pas autant que Richard Gere). J'espère vivre le plus longtemps possible pour restreindre le cycle de mes réincarnations. Pour faire plaisir à tout le monde, je me confesse aussi, mais en anglais, mon tagalog est trop limité. Je raconte que je ne suis pas un bon chrétien, ce qui est vrai. Le Père est satisfait, on le remercie et on paie. Cette fois ci, on est prêt pour le mariage à l'église.
Après cette épreuve (je parle de l'église), on a droit à un peu de civilisation, on mange au Mc Donald's de Carmen Rosales. Helen trouve le moyen d'avoir une boule de riz (les Mac Do philippins servent entre autres : du riz nature et des pâtes italiennes bonnes mais trop cuites). Elle, comme ses parents, sont des fanatiques du riz, moi j'en mange un peu, parce que j'ai pas le choix. Au Mac Do, je prend les frittes et un hamburger. J'ai réfléchi à ce qu'on pouvait faire aux Philippines : organiser des cures ou obèses européens ou américains. Nul doute que ce changement de régime leur ferait le plus grand bien (pour ma part j'aurai perdu 10 Kg et retrouvé une taille svelte que je n'avais pas eu depuis longtemps). Le temps qu'ils prennent goût au riz, ils peuvent obtenir la taille mannequin qu'ont presque tous les jeunes philippins ainsi que les chiens, les chats et les poulets. Un autre intérêt des Philippines serait d'y garder les prisonniers européens de droit commun. Pour moi, nul doute que ce pays vaut toutes les prisons, surtout dans le Sud des Philippines où résident les Moros et les Abu Sayyaf. Ces anciens pirates des mers et marchands d'esclaves, nous les garderaient au chaud pour pas cher. Moi aussi, j'ai l'impression d'être prisonnier, je ne choisi pas mes destinations, je dois suivre le mouvement, on me dit où je dois aller, ce que je dois faire. Je n'ai pas quitté l'armée pour revivre la même chose, d'ailleurs, j'ai horreur des voyages organisés. Mon plaisir serait plutôt de parcourir l'Asie en prenant des notes et des photos, en me baladant de ville en ville, sans contraintes.
Seulement 16h00 et j'en ai assez de faire des siestes. Je m'en souviendrai de ce voyage aux Philippines, moi qui aime marcher, me balader, je suis condamné à attendre, sans rien avoir à faire. Je n'ai pas de garde armé autour de moi et pourtant j'ai l'impression de connaître un peu la situation qu'ont connu les otages à Jolo. Heureusement, je sais que je serais libéré à la fin du mois. Ma femme m'a assuré qu'il n'y avait pas moyen de trouver de cartes routières des Philippines, ni quoi que ce soit qui y ressemble. Il est vrai que les ¾ des philippins ne lisent jamais, et qu'il est presque impossible de trouver un livre hormis dans quelques grandes villes. Le pays a une tradition orale, tout se transmet de bouche à oreille. Sur les 132 dialectes (souvent très proches), seul le tagalog est utilisé pour écrire, mais encore faut il aller à Metro Manila pour trouver des livres. Si malgré tout, vous voulez vous rendre aux Philippines, pensez à prendre les éléments suivants : un casquette pour vous protéger du soleil et de la pluie et pour faire la sieste, des lunettes de soleil, des tee-shirts qui vous couvrent le moins possible genre débardeurs, des pantalons et shorts longs avec beaucoup de poches (peu de philippins utilisent les sacs bananes), de la Savarine pour la Malaria, une trousse de médicaments (avec du Mercure au chrome ou Chromaplaie pour cicatriser les plaies), un couteau de poche, des cartes des Philippines, une paire de chaussures de marche (les philippins n'utilisent presque que des nus pieds qu'on appelle sleepers) parce qu'ils ne marchent pas beaucoup (ils utilisent les moyens de locomotion), une trousse de toilette, révisez votre anglais, prenez « le tagalog de poche » et j'espère que vous aurez la possibilité de vous déplacer librement, ce qui n'est pas mon cas. Je suis obligé d'attendre que quelqu'un veuille bien m'amener à l'extérieur et comme je n'ai pas amener de romans à lire et que la seule chaîne qui fonctionne en ce moment, passe des dessins animés en tagalog, c'est dire à quel point je m'embête. De toute façon, personne ne s'occupe de moi, dans ces conditions, le prochain voyage aux Philippines se fera sans moi. Ce n'est pas dans ces conditions que je visite un pays.
Samedi 11 Août 2001, 9ème jour
«Des petites
filles jouent avec le trou du cul du cochon »
Nuit difficile, je n'ai réussi à m'endormir que très tard. C'est pas grave, je me suis levé tard aussi. Je rêve d'un petit déjeuner à la française avec jus d'orange et croissant. Helen et moi, nous essayons de déjeuner un peu comme chez nous, avec du café au lait, du miel et du Nutella que nous avons ramené de France. Le Nutella est tellement liquide que l'eau du Nutella s'est séparée du chocolat. A Paris, on est obligé de le passer un peu au micro-onde pour le rendre un peu liquide. Ici, il aurait fallu le mettre au frigo pour qu'il se conserve. On a utilisé du « pan de salt » gros comme une boule de riz pour tartiner le Nutella. Ça ressemble un peu à une petite boule de pain ovale mais ça n'a pas le goût du pain. Dehors, ils nettoient des petits poissons à même le sol. Nous n'avons pas la même conception de l'hygiène. Sur les « give aways » (petits lots de dragées donnés aux invités lors des baptêmes et mariages), ils ont écrit Nicolas Terry alors que mes trois prénoms sont : Thierry André Nicolas, mais comme ils ne connaissent que les mots espagnols et américains, Thierry est trop difficile à écrire pour eux. D'ailleurs, la plupart du temps, ils ignorent l'orthographe exacte des mots en tagalog et en anglais qu'ils utilisent (c'est le cas pour ma femme). Même s'ils apprennent à lire et à écrire l'anglais et le tagalog en « Elementary » et en « High School », voir au « College » pour ceux qui ont de l'argent, ils n'ont pas l'occasion par la suite de lire ou d'écrire. Ma femme, par exemple, est incapable de remplir un chèque et pour écrire en anglais elle me demande d'épeler les mots ou mieux de lui écrire, alors qu'elle a fait 1 and ce « College », ce qui correspond à peu près à une première année de Deug en France. S'ils avaient choisi la langue américaine comme langue officielle aux Philippines, on trouverait peut-être en ville, des livres ou des revues en langue anglaise, mais l'intérêt pour une entreprise de distribuer des ouvrages en tagalog est trop limité, il n'y a pas de marché ou le marché serait trop restreint donc pas assez rentable. C'est important de réfléchir avant de choisir une langue nationale, on peut prendre le risque de se couper du reste du monde et de ne pas avoir les moyens par la suite, d'éditer des ouvrages dans cette langue, ce qui est le cas pour les Philippines. Ce serait également le cas pour la Corse, le marché est trop limité pour justifier l'édition de livres en Corse.
Ce sont toujours les premières secondes de douche qui sont les plus pénibles, après le corps s'habitue à la température de l'eau comme quand on se baigne dans l'océan Atlantique. Le rasage sans miroir et sans eau chaude ne donne pas de résultat spectaculaire mais au moins je suis présentable. C'est cet après-midi ou ce soir que doivent commencer les festivités de mon mariage religieux. Je sais qu'on va beaucoup manger, boire et danser toute la nuit ou presque. Depuis hier soir, 3 ou 4 jeunes filles ont rejoint la maison pour aider à préparer cet événement. Je ne sais jamais combien de personnes dorment dans cette maison.
Mes jambes sont couvertes de piqûres, mais de toute façon, j'ai abandonné la lutte contre les moustiques, on les voit rarement, on les entend parfois et de toute façon, on sait qu'on n'y peut rien. Quand je rentrerai à Paris, j'en serai débarrassé et il n'y a que ça qui compte. J'ai dû attraper une bronchite ou une pneumonie, je tousse beaucoup, je vais sans doute devoir reprendre les antibiotiques si je veux terminer la fin du mois.
Beaucoup de philippins arrivent maintenant pour participer à la fête qui va avoir lieu. Je filme, ça amuse certains, ça en dérange d'autres. Heureusement que je peux recharger mes batteries avec l'adaptateur secteur qu'ils ont ici. Les prises de courant n'ont rien à voir avec celles qu'on trouve en Europe, elles se présentent sous la forme de deux lamelles métalliques. J'ai pris de la Josacine, un antibiotique, ma femme veut à tout pris que je prenne son médicament philippin pour le rhume et la toux, il n'y a pas de boite, ils vendent ça sans boite, mais je peux lire sur l'emballage de la pilule : paracétamol. Je lui explique que c'est juste bon pour la douleur et question douleur, je suis bien équipé en médicaments français. Pour lui faire plaisir ainsi qu'à ma belle mère, j'avale cette pilule en lui expliquant que peut-être ça soigne aussi les piqûres de moustique (c'est de l'humour bien sûr). Les philippins sont des enfants, ils croient n'importe quoi. Bien que je ne conteste pas, loin s'en faut, les vertus du Paracétamol. Un des philippins a un très beau tee-shirt de Stone Cold Steve Austin, un catcheur américain de la World Wrestling Federation (j'importe des DVD de catch d'Angleterre quand je vis à Paris et j'aime bien Steve Austin). Je suis quand même surpris qu'ils le connaissent ici. La télévision philippine diffuse en majorité des émissions en tagalog composées de dessins animés japonais, d'émissions catholiques, de séries nunuches ou des jeux télévisés, mais elle n'a pas les moyens d'acheter des retransmissions de la plus grande fédération de catch américaine, je pense donc qu'il ignore que son tee-shirt ait un rapport avec le catch américain. Un cri horrible m'extrait de ma chambre climatisée, c'est un cochon que l'on va égorger, il sait que ses secondes sont comptées. Je prend ma vidéo et un appareil photo, il s'agit d'un grand événement, on ne tue pas le cochon à n'importe quelle occasion, c'est un honneur qui est fait à l'occasion de mon mariage. J'aime le cochon (je ne suis pas musulman) et je mange pratiquement toutes les viandes comestibles, il n'empêche, ce spectacle n'est pas très joli à voir. Pourtant ça fait plaisir aux enfants d'assister à la tuerie du cochon (je sais qu'en France, on trouve des pratiques similaires quand c'est pas le mouton qu'on égorge vivant dans la salle de bain). Pour ma part, je préfère me rendre au supermarché quand je veux de la viande, à chacun ses coutumes.
9ème journée et il ne me reste que 2 pellicules pour chaque appareil : 24x36 et APS. Il faudra sans doute que j'en achète avant la fin du mois, à moins que je me restreigne. Quand le coca sort du frigo, il est presque tiède, alors qu'à Paris il est glacé. Je conserve toujours une bouteille d'eau que j'ai décontaminée avec une pilule Micropur, ce qui m'évite de boire uniquement du soda. A midi, j'ai mangé des moules, il a fallu 3 heures de route en jeepney pour aller les chercher, elles sont vertes, presque fluorescentes sur les bords, assez grosses et plutôt bonnes. Je décide de me passez de riz. J'espère seulement que les moules sont assez fraîches pour que je ne sois pas malade. J'essaie de prendre les plus cuites. Il y a maintenant beaucoup de monde chez nous, ça ne va pas être pratique, la maison n'est pas si grande et il risque d'y avoir des embouteillages, notamment pour les toilettes. Je n'ai pas trouvé de bananes pour mon petit déjeuner ce matin. En descendant de ma chambre, je voie des femmes et des jeunes filles en train de prier, ça n'a pas l'air très chrétien tout ça, l'autel est composé d'un régime de bananes et de deux bougies. Je décide d'attendre qu'elles ait fini de prier pour les manger (les bananes). En attendant, je vais faire une sieste dans ma chambre climatisée. Ils ont installé la sono, il paraît que nous allons danser toute la nuit, un peu de pluie commence à tomber, le ciel est orageux mais pour l'instant la saison des pluies ne mérite pas son nom. Ils vont tuer un autre cochon, j'ai pris une photo. Ça suffit, j'ai déjà assez couvert le sujet, je ne suis pas fanatique des mises à mort, déjà que je n'aime pas la corrida. J'ai oublié de parler de tous les poulets qu'ils ont exécutés, ça n'a pas de côté spectaculaire. L'orage commence à tomber. Peut être est ce dû aux prières des bonnes femmes au Dieu de la pluie. Il ne faut pas oublier que ce peuple avait plusieurs dieux avant l'arrivée des espagnols. Ils ont tendance à mélanger la foi chrétienne avec les rites païens, tout comme ils mélangent l'ilocano avec le tagalog quand ils parlent. Les philippins sont assez sauvages pour faire de bons soldats mais leur gros défaut, c'est le manque de discipline. Toujours cette absence de règles qui caractérise le philippin. Mais pour suivre une règle, encore faut-il qu'elle soit écrite et ici, les livres n'intéressent personne. Lire et écrire ne se pratiquent qu'à l'école. C'est le seul pays que j'ai visité qui dédaigne à ce point la lecture. Je ne pensais pas que cela pouvait exister. Ce qui est curieux, c'est que ces gens qui n'ont aucun livres dans leurs maisons ne sont pas curieux quand ils voient les livres que j'ai ramené de France dont certains sont en anglais et en tagalog. Non, c'est le désintéressement total pour les livres. Ça ne les concerne pas, point.
J'ai goûté aujourd'hui à la bière de San Miguel, la seule marque de bière philippine. On la doit à des moines espagnols. Depuis le temps que j'avais envie de boire de la bière. Ils disent que c'est extra fort, aussi alcoolisé que du Gin, mais ils se trompent, ça ne doit pas dépasser 5 ou 8° d'alcool et si les philippins sont capables d'avaler leur verre de Whisky sans broncher, apparemment, ils ont peur de la bière, les ignorants.
La pluie continue à tomber, cela fait du bien, la chaleur diminue. Des petites filles jouent avec le trou du cul (tombo) du cochon (báboy). Un troisième cochon va être mis à mort. Il y a au moins 15 poulets qui cuisent dans une grande marmite. Je sais que plus on invite de personnes à manger, plus on gagne en respect vis-à-vis du voisinage. J'ai entendu parler de 200 personnes invitées au cours de ces deux jours de festivités. La famille Gamotea est une famille respectable et de Paris, nous avons envoyé beaucoup de dollars. Les morceaux de musique choisis par la sono sont extra, dignes des meilleures boites de nuit de Hong Kong, c'est-à-dire, les tubes anglo-saxons à la mode, littéralement des tubes. Ça fait longtemps que les discothèques parisiennes ne font plus rêver, leur musique est nulle, elle ne donne pas envie de danser, tandis que ce soir, je vais pouvoir m'éclater et cela fait longtemps que je n'ai pas vraiment dansé, en fait depuis le Macumba de Bordeaux, discothèque géante dans laquelle on aurait put mettre dedans 3 boites de nuit parisiennes. Il paraît que ce soir, j'ai droit de danser avec toutes les filles que je veux et qu'on ne doit pas dormir. Je pense être prêt, j'ai fait quelques exercices de musculation pour être en forme et durant toute la journée, j'ai fait de nombreuses siestes. Il ne me reste plus qu'à me doucher et à me changer. Ai je signalé que seule un murette sépare la douche des WC, c'est sympa quand on se douche. Helen m'a confirmée que je ne pourrai pas utiliser le lit ce soir, celui-ci est monopolisé par des robes et ma chambre risque d'être utilisée par de nombreuses personnes. Dommage qu'ils ignorent le café et que je ne dispose que du Nescafé pour me tenir éveillé. Je sens que la nuit va être longue et les moustiques nombreux. On n'a pas encore commencé à danser, bien qu'il est déjà tard. Les homosexuels ont décoré la maison, maintenant, ils sont en train de maquiller ma femme et ma belle-mère dans notre chambre. Dehors, on tue un nouveau cochon, je crois qu'il est inutile de les compter, ni d'essayer de comprendre, la philosophie philippine se situe à un autre niveau que la philosophie française, c'est comme avec le temps, il faut faire avec, on ne peut rien y faire.
Dimanche 12 Août 2001, 10ème jour
«Mon mariage
religieux hautement sponsorisé »
La soirée s'est très bien passée, musique excellente, un vieux philippin s'est chargé de mettre de l'ambiance, notamment en forçant les jeunes à danser. Grâce à lui, j'ai dansé avec pas mal de filles. Bref soirée presque parfaite. Dommage que de temps en temps on entendait les hurlement d'un cochon qu'on égorge. Pendant la nuit, on est arrivé à un total de 7 cochons tués. Ça a dût coûter très cher. Finalement, on s'est couché, les invités qui ne pouvaient rentrer chez eux, ont dormi où ils pouvaient. A 5h00 du matin, on s'est réveillé, mais au WC comme à la douche, c'est l'embouteillage. En ce moment, je rêve de pouvoir entrer dans ma salle de bain à Paris, ne serait ce que pour 30 minutes, le temps de profiter de WC propre, me raser et prendre une douche chaude dans une salle de bain, le rêve quoi. Enfin, un jour viendra où je retrouverai le confort de la civilisation française. Depuis 5h00 ce matin, la sono a repris, je me demande s'ils ont dormi. Avec le café que j'ai avalé et avec 2 ou 3 siestes dans la journée, je pense que je pourrai attaquer ce soir une deuxième nuit (presque) blanche (en fait il n'y aura pas de deuxième nuit blanche). Après une bonne douche bien froide, on se sent d'attaque pour affronter la journée. Mais pourquoi les homosexuels se sont installés en face de la douche ? Après avoir longtemps attendu pour les toilettes, je me rend compte qu'il n'y a plus de papiers, ensuite que toute la place est occupée par une grande bassine d'eau. Ce serait plus facile de faire ses besoins dehors, le problème, c'est qu'on est en ville. Et pour finir, je m'aperçois que j'ai mes règles pourtant je suis un garçon. C'est en tout cas la première fois que je vois autant de sang sur le papier, presque une hémorragie. Peut-être parce que je me retenais d'aller aux toilettes. Si ça continue à mon retour en France, il faudra que je consulte (finalement, le saignement s'arrêtera). Engagez vous qu'ils disaient, vous verrez du pays. Non, là je confond avec l'armée, c'est encore une autre histoire. 8H15 du matin, le repas est servi : riz et viande. C'est peut être un peu tôt pour un premier repas, mais on n'est pas en France, cela fait longtemps que le soleil s'est levé. Moi, je ne bouge pas, j'attend, tout le monde se prépare, les homosexuels s'occupent de tout le monde sauf de moi, je me sens délaissé, mais ce n'est pas la première fois ici. J'ai l'impression de n'être qu'un spectateur et d'assister à mon propre mariage ainsi qu'à ma propre vie sans pouvoir la diriger. Finalement, je m'éloigne un peu pour me reposer dans la hutte. De toute façon il y a trop de monde ici. On vient me chercher, on me coiffe, me dit ce que je dois mettre, je m'exécute. A l'église, il va me falloir attendre que le signal soit donné et il vaut mieux pas que je me mouche, ça ferait partir le maquillage (tout le monde a été maquillé par les homosexuels, petits et grands). Durant la cérémonie religieuse, je fais ce que me dit le Père ou je suis les indications de ma femme. A part l'échange des anneaux, cette cérémonie religieuse n'a pas grand chose à voir avec l'église de France, la musique est différente, le Christ est marron, mais cette fois on a rajouté du sang aux endroits où il a été crucifié, les costumes sont imposés, les jeunes filles sont très belles, moi je suis plutôt ridicule avec mon tee-shirt blanc sur lequel j'ai dû enfilé un barong tagalog (chemise longue d'un blanc transparent). Ma femme et moi sommes enchaînés avec une corde, le Père nous verse de l'eau sur les mains, puis il y a une cérémonie autour d'un objet (un arras contenant des pièces de 25 sentimos, nous l'avons gardé). Ma femme et moi, devons lire des passages de la Bible en anglais (c'est une épreuve pour ma femme), puis on répond aux questions du Père. Quand enfin, c'est terminé, il y a toute une cérémonie de photos et vidéo avec les sponsors. Les philippins sponsorisent tout, surtout les cérémonies religieuses : baptêmes, mariages (ça doit dater du temps où l'Église catholique vendait des indulgences ; jusqu'à il y a peu, on pouvait acheter le pardon de ses péchés à l'Église, ce qui évitait la confession ; aux Philippines, il est toujours possible de négocier le Paradis avec l'Église catholique). Bref si on veut que les sponsors soient généreux, il faut accepter les photos et les vidéos (et avec le sourire). Quand enfin, on rentre à la maison, il y a une multitude de bambins qui nous attendent. Je demande des explications. Quand on nous jette des bombons et des pièces sur la figure et que les enfants se ruent dessus pendant que ma femme et moi devons essayer d'avancer, j'ai compris pourquoi tous ces enfants en guenilles sont là. Devant la porte de la maison, il nous faut encore avaler une cuillère de sucre et recevoir des fleurs et des pièces. Une fois à l'intérieur, une autre cérémonie nous attend, cette fois il s'agit d'une cérémonie païenne. Nous devons nous agenouiller devant un autel païen avec une bougie à la main pendant que des vieilles femmes récitent des prières en tagalog, elles ne connaissent même pas nos noms, ma femme doit le leur rappeler à plusieurs reprises. Moi, ma patience est à bout, déjà que je suis plus matérialiste que spirituel et que surtout, j'ai horreur des superstitions de toutes sortes, mêmes religieuses. Je sais que je devrais pas me prêter à cette mascarade païenne, mais je n'aurai pas dût aussi accepter ce mariage religieux, pour moi, seul le mariage civil compte. Enfin, je me dit que si ça peut leur faire plaisir, tant que ça ne me coûte pas trop. De suite après cette cérémonie païenne, je dois me rendre au banquet organisé à côté de la maison sous une sorte de chapiteau avec plein de tables, de convives, un orchestre, 3 pièces montées géantes, moi qui aurait tant voulu faire une pause, pouvoir enfin me moucher. Tout ce faste me dégoutte. Au pays de la misère, il est de bon ton de montrer sa fortune. Tout ça est tellement éloigné de moi, moi qui achète toujours les produits les moins chers au supermarché. Je comprend beaucoup mieux les revendications des NPA. Avec un comportement comme ça, il ne faut pas s'étonner si la guerre civile éclate. Quelque fois je ne suis pas fier d'être français, ce fut le cas pour l'affaire du sang contaminé ou lorsque la France a tardé à s'engager auprès de l'Angleterre et des Etats-Unis pour défendre le Koweït, également quand aucune puissance mondiale n'a bougé le petit doigt pour empêcher l'occupation du Tibet et ses massacres par l'envahisseur chinois. Bref, je n'ai pas eu souvent l'occasion de ne pas être fier de mon pays. Quand j'étais militaire, j'étais (comme tous mes collègues) prêt à mourir pour lui. Mais il n'y a pas de raison d'être fier d'être philippin, trop d'inégalité sociale, ceux qui ont de l'argent aiment le montrer. Tous les donneurs de l'église de Rosales n'hésitent pas à le faire savoir, jusqu'aux chaises de l'église qui portent la mention « donnée par untel ». Le défilé des sponsors continue ici. Après avoir bu du jus d'ananas (je déteste l'ananas mais le coca était fini et je n'ai pas arrêté de transpirer depuis le début de la cérémonie), donc après avoir fini mon jus d'ananas, je dois danser avec ma femme, dans un slow sur place, pendant qu'on m'épingle des billets. Bien sûr, une fille tient le rôle de secrétaire et tout l'argent est comptabilisé, quand aux donneurs, leurs noms et le montant du don est cité par haut parleur. Ayant enlevé mon barong tagalog, mon tee-shirt se couvre assez rapidement de billets, en tout cas j'en reçois plus que ma femme (il paraît que je plais aux philippines). D'autres rituels dont celui des tourterelles qui tombent d'une cloche, celui du gâteau ou du champagne et encore une fois pour faire plaisir aux sponsors, il faut ouvrir les cadeaux devant l'appareil photo et la vidéo. Cadeaux ridicules qui vont bien avec le ridicule de la situation. Tout cela m'écœure mais je me force à sourire. Heureusement que si ma femme et ma belle-mère sont très intéressées par l'argent et la publicité faite autour de l'argent, il existe aussi des philippins qui n'ont rien et qui m'accueillent toujours avec beaucoup de sympathie, comme ce jeune philippin à qui il manque un œil (il l'a perdu lors d'une projection de sel dans la fabrique de mon beau-père) ou le père d'Élisabeth (et bien d'autres mais je ne peux les citer tous). Malheureusement, beaucoup de garçons ici, sont aussi rapaces et intéressés que les adultes, les 9 cochons (2 autres ont été tués pendant la messe) sont très vite liquidés, de même que les 30 poulets et les 50 bouteilles. J'aurai pût faire une photo de ces admirables pièces montées (à faire pâlir toutes les pièces montées de France) mais le nombre de personnes qu'il y a autour, m'en dissuade très vite. Ils sont tellement voraces qu'ils n'ont pas besoin d'instruments pour manger, leurs mains plongent dans le gâteau avant d'aller jusqu'à leurs bouches. Ils doivent se retenir de manger depuis plusieurs jours. Moi, je n'ai pas faim, je prend une photo d'un philippin en train de donner à manger au singe. C'est la meilleure image des philippins que je peux donner à la France. Un philippin qui donne du gâteau à un singe enchaîné. C'est mieux que de les prendre en photo quand ils battent leurs chiens. Il manque 3 dents à ma belle-sœur, mon beau-frère ne devrait pas cogner aussi fort (il y a 2 ans elle avait été élue reine de beauté de Carmen Rosales, maintenant elle n'a plus aucune chance d'être élue). J'ai soif mais toutes les bouteilles sont vides. Je dis à ma femme qu'il ne faut plus inviter ces gens là. Elle me souris, elle est désolée. Quelques minutes après elle m'apporte une bouteille de Sprite qu'elle vient d'acheter. J'aime bien quand elle s'occupe de moi. Nous décidons que je resterai dans la chambre où ma fille Siam dort déjà, afin que je monte la garde auprès de nos sacs. Ma femme a peur qu'on se fasse voler. Elle ne connaît pas tous les invités et elle est persuadée qu'il y a des voleurs parmi eux. La France me manque, mon mariage a été une comédie du début jusqu'à la fin. Je pense avoir bien tenu mon rôle, mais maintenant j'ai plus envie de jouer. D'ailleurs je n'ai fait aucune vidéo ou photo de ce mariage. J'ai fait plaisir à ma femme et à mes beaux-parents, je suis content pour eux. En échange, ils m'ont promis que je pourrais aller voir la mer. Comme dit le diction : on n'a rien sans peine. J'aurai enfin ma récompense : découvrir les plages des Philippines, un endroit magique où les philippins, de peur de devenir noir, n'osent pas s'y aventurer (certains philippins n'ont pas peur de bronzer mais ils sont rares). J'espère que mes commentaires sur l'Église philippine n'aura froissé personne, je ne veux pas me mettre à dos les catholiques (ni les musulmans d'ailleurs). J'avais l'impression d'une certaine délivrance avec la fin de ce mariage, mais quelques heures après, je m'aperçois qu'il n'en est rien, il fait toujours chaud, je dois rester à la maison, dans la hutte en bambous les hommes s'occupent en se saoulant, ma fille est couverte de boutons et j'ignore quand nous allons bouger de cet endroit. Ma prison ne s'est pas ouverte alors que j'ai rempli ma mission. Tout le monde veut être payé. Les loueurs comptent leurs chaises et leurs couverts. Dans ce monde de misère, tout le monde veut son argent et moi, je ne comprend pas ce que je fais là, comme si je m'étais trompé d'histoire. Visiblement, ce monde n'est pas le mien. J'ai essayé de les comprendre, de parler leur langue, de vivre comme eux, mais nos mentalités sont trop différentes. Il me tarde de pouvoir quitter ce pays et peut-être y reviendrais je un jour mais comme touriste et dans des endroits pour touristes. Je ne veux plus être philippin, avoir la même avidité qu'eux pour l'argent, n'avoir aucun but, aucune envie et attendre que le dernier moment vienne. Je veux vivre, je veux rentrer en France. J'ai fait une erreur en venant ici, je suis comme le parisien qui veut vivre comme le paysan d'autrefois, il n'est pas adapté à cette vie, c'est exactement mon cas, je suis un parisien habitué au confort, au mouvement, aux boutiques, aux livres, au cinéma. Ici, les gens vivent selon un autre rythme où tout pour moi est trop lent. Ma femme vient de rentrer dans la chambre pour me demander si ça allait, je lui ai répondu « Et toi ?, je pense que tu préfères vivre ici qu'à Paris ? ». Ils aiment leur pays mais il n'y a pas assez d'argent à gagner. Bien sûr, on ne peut pas le leur reprocher, je viens d'un pays riche comme ils disent, mais quand les philippins viennent en France, ce n'est pas pour l'amour du pays, seulement pour gagner de l'argent. J'avoue que je suis déçu, je pensais que notre pays pouvait faire rêver pour autre chose que de l'argent. Moi j'aime la France et ce n'est pas pour l'argent. Peut être que moi aussi je pourrai partir dans un autre pays pour l'argent tout en continuant à aimer la France. Finalement, je ne suis pas très différent d'eux. Alors je ne peux pas leur reprocher de ne pas aimer la France mais seulement l'argent qu'on peut y gagner. Ce sont des philippins, ils aiment leur pays, je suis français, j'aime mon pays. Si ma femme souhaite rester un jour aux Philippines, je ne la suivrais pas, l'attachement à un pays peut être aussi fort que l'attachement à une personne. Jusque là, je pensais que l'amour entre deux êtres était le lien le plus fort. Encore mes idéaux à la noix. Entre la France et les Philippines, il n'y a pas photo pour moi. J'aurai pût accepter l'Angleterre, les Etats-Unis ou le Canada, mais pas un pays qui a 20 ans de retard sur le notre. J'appartiens au 21ème siècle alors qu'ici, ils n'ont pas encore terminé le 20ème. Je crois que je vais rester dans cette chambre climatisée jusqu'à ce qu'ils acceptent de me laisser retourner en France. Je n'ai rien à faire avec eux, nos deux mondes sont trop différents. Je viens de discuter avec Élisabeth, une jeune fille qui vit à la maison en aidant aux tâches ménagères, elle rêve de pouvoir quitter les Philippines. Quand je lui demande « pour quel pays », elle me répond « pour n'importe lequel », « et si en 5 ou 10 ans, tu gagnes beaucoup d'argent, est-ce que tu retournerai aux Philippines pour vivre avec un philippin le restant de tes jours ? », elle me répond « je ne sais pas, peut-être ». Cette conversation me laisse à penser que je ne suis pas le seul à préférer un autre pays que les Philippines. Et si même une pipilina (philippine) pense comme ça, alors que dire de plus. Ma femme vient me rapporter que ma belle-mère n'est pas contente, on lui a volé beaucoup de couverts, paraît-il qu'il y en aurait pour 20.000 pisos. Que dire, sinon qu'il ne fallait pas inviter de philippins. J'ai peur qu'ici, vous le lecteur, pensez que je n'aime pas les Philippines, et vous n'auriez pas tort. Mais il faut dire que la vie n'est pas facile pour les philippins, ils ont de bonnes excuses pour voler ou pour se conduire comme ils font. Le philippin peut être aussi bon qu'un français, c'est l'environnement qui fait ce qu'il est. Le jour où on améliorera le niveau de vie de ce pays, il fera peut être bon y vivre. J'avais décidé de faire le tour du pâté de maisons, mais ma femme n'a pas voulu que je le fasse seul, elle m'a confié un garde du corps, encore un cousin, la famille est très élargie chez nous. Elle a peur que je me fasse kidnappé, mais mon garde du corps est petit et pas très costaud, en plus il n'a pas d'arme, pas même un bolo. Je ne pense pas qu'il serait très utile en cas de kidnapping. Comme ce brave philippin avait trop chaud (il ne fait pas bon marcher et encore moins courir sous cette chaleur) , j'ai préféré écourter la promenade. De toute façon, ça ne m'amusait plus de me balader accompagné. Quand je dis que je suis prisonnier, je ne me trompe pas, tous mes déplacements sont surveillés ou interdits et ma femme ne veut pas discuter de la possibilité d'écourter notre séjour. Moi qui me faisait une joie d'aller aux Philippines, je pourrais m'estimer heureux si j'en reviens. Entre rester enfermé dans ma chambre et chercher à sortir de la maison, j'ignore quelle attitude adopter. Je suis un prisonnier sans l'être, je n'ai pas de liens, pas de gardiens mais règles tacites qui font que je peux pas me balader seul. Je pense que j'aurai plus de liberté en Chine. Ça m'apprendra à faire confiance à la famille. Je savais que certains hommes retiennent leurs femmes contre leurs grès, mais j'ignorai que l'inverse pouvait exister, peut être qu'en faisant la grève de la faim. Quoique j'ai déjà essayé de lui faire croire que j'étais malade au point d'être obligé de rentrer en France et tout ce que j'ai eu, c'est du Paracétamol. Je me demande si ma femme se rend compte de la situation dans laquelle je suis : aucune liberté de mouvement, rien à faire de mes journées et ne rien pouvoir modifier d'une situation dépendant entièrement du bon vouloir de sa famille. Heureusement que je suis le seul ici à lire le français, je préfère qu'ils ne soient pas au courant de ce que je pense vraiment (ma femme ne lisant pas le français et très peu l'anglais, il n'y a aucun risque qu'elle lise un jour ce que j'ai écris à propos d'elle). Mes sentiments vis-à-vis de ma femme ne cessent d'évoluer. J'ai l'impression de la découvrir sous un autre jour. De plus, c'est ma femme qui garde l'argent et les passeports, sans son bon vouloir je risque de ne jamais rentrer en France. Je préfère arrêter de réfléchir, c'est pas bon pour le moral, je vais essayer de faire le vide dans ma tête et dormir. Occupé par ma personne, j'ai un peu oublié l'état de ma fille, Siam a de plus en plus de marques sur le corps (une semaine après notre retour en France, elle a encore des plaies au visage). Ma femme voudrait que notre fille reste aux Philippines. Pour moi, il n'en est pas question, d'ailleurs vue son état, il est préférable que Siam rentre rapidement en France. Ce soir Helen a constaté avec moi que l'état de notre fille s'aggrave (les piqûres de différents insectes se transforment parfois en plaies dans lesquelles viennent pondre les mouches), je me demande jusqu'à quelle point elle pourra attendre. Après les Philippines, voilà que je suis déçu par l'attitude de ma femme, j'ai peur que ce cahier ne devienne trop personnel et que je ne puisse jamais l'éditer, il ne s'agit plus d'un reportage sur une partie des Philippines, mais de ma vie privée qui prend une mauvaise tournure d'ailleurs. Après une petite discussion avec Helen, elle accepte qu'on aille faire un tour dehors. Ça me fait plaisir, c'est mieux qu'avec mon soit disant garde du corps. Il fait nuit noire et il pleut mais c'est une pluie fine et tiède qui vous rafraîchit le corps sans trop vraiment vous mouiller, disons que c'est agréable. Je sort donc en pantalon noir avec un débardeur noir et une casquette noire. Les chemins sont en terre et non éclairés mais j'ai de bonnes chaussures de marche achetées dans un magasin de sport des 4 Temps à La Défense Paris. Ma femme a des sleepers philippins. Elle voulait que j'en achète pour moi. Quelle folie, je marche où je veux sans me mouiller, mais je dois l'attendre, elle essaie de contourner les flaques d'eau et se rassure en disant qu'elle prendra une douche à la maison. Bref, je suis d'autant plus équipé pour cette balade que j'ai pris avec moi mon Opinel n°8. Bon, c'est pas grand chose contre une arme à feu ou un bolo, mais si mes attaquants n'ont pas d'armes, j'ai toutes mes chances, d'autant plus qu'on dirait que les philippins ne savent pas se battre (sans armes). J'ai oublié de signaler qu'Helen a un parapluie, mais je refuse fermement de m'abriter dessous. Au contraire, je profite de cette pluie bienfaisante. D'ailleurs certains philippins ont enlevé leurs tee-shirts pour mieux profiter de la pluie. Dehors, j'arrive à passer pour un philippin, je mesure 1,76m, ce qui correspond à la taille moyenne d'un pilipino et de toute façon, il fait noir. En pleine ville, certains me remarquent un peu mais ça passe quand même très bien, rien à voir avec la journée où je n'arrête pas de me faire aborder. Par contre, impossible de faire des photos ou de la vidéo, ça ne rendrait pas du tout. A un carrefour, on passe à côté d'une vingtaine d'enfants de 4 à 15 ans, certains sont nus, ils sont assis ou allongés. Ma femme m'explique qu'ils n'ont pas de toit. Le jour, je les aurait pas croisé ou je n'aurai pas remarqué comme ils étaient miséreux. Je suis content d'avoir fait cette promenade ce soir, ça m'a sorti de mon isolement et de mes idées moroses sur les Philippins et sur ma femme. Je renouvellerai ce genre de promenade la nuit pour découvrir d'autres sentiers, d'autres ruelles et mieux connaître la vie des philippins. Ça ne me fera pas changer d'avis sur le fait qu'ici, ce n'est bon ni pour les touristes, ni pour les philippins eux-mêmes. Si on oublie les moustiques et le risque éventuel d'une agression, c'est plutôt agréable de se promener la nuit à Carmen Rosales sous la pluie en débardeur ou même torse nu. Ce n'est sûrement pas quelque chose que je ferais à Paris (je parle de la pluie bien sûr). En rentrant, mes beaux parents étaient déjà endormis alors qu'il n'est pas plus de 7h30 du soir (ici la nuit tombe à 6h00). On mange de grosses crevettes, rien que nous deux. Elles sont deux fois plus grosses que des crevettes roses, elles ont la couleur orange et sont meilleures que les crevettes roses françaises. Je n'ai pas voulu retenir leur nom, il est trop compliqué.
Lundi 13 Août 2001, 11ème jour
«J'ai la nette
impression d'être prisonnier de mes beaux-parents»
Mon moral est assez bon, j'ai pris un café, mon rouleau de papier pour aller aux toilettes et j'attend que la vaisselle soit débarrassée pour pouvoir me laver. Je suis parti le 2 août, je dois rentrer le 29 août, soit 27 jours, si je ne me trompe pas, il m'en reste donc 16. A moins que je dois décompter 1 ou 2 jours de voyage en avion, ce qui pourrait faire 15 ou 14 jours, difficile à savoir si on gagne ou on perd 1 jour avec le décalage horaire. En fait, je crois qu'on avance d'une demi journée en allant aux Philippines, donc on doit retarder d'une demi journée en rentrant en France. Je pense que quelqu'un qui a beaucoup d'argent peut vivre assez bien aux Philippines et se construire une belle villa style maison provençale avec piscine et payer des gardes armées pour surveiller sa villa et assurer sa sécurité. Il importe par bateaux des produits des pays étrangers et il place ses enfants dans les écoles privées les plus chics des Philippines. Bref, en ayant beaucoup d'argent, on peut arriver à avoir une vie agréable ici. Moi, ma vie va redevenir tout à fait agréable quand je serais de retour en France. En dehors d'écrire ce journal, il me faut trouver une occupation. Peut être devrais je essayer la sculpture sur bois avec mon opinel, mais comme il n'y a pas de bois, je pourrais peut être faire de la sculpture sur noix de coco. Dire que j'ai tellement de bouquins qui m'attendent chez moi et que je n'ai pas encore lus, dont une dizaine de SAS que je n'ai pas voulu emmener à cause d'un excédent de bagages (pour les lecteurs de SAS, je leur signale que les services secrets philippins sont le NBI : National Bureau of Investigation et l'ISAFP : Intelligence Services of the Armed Forces of the Philippines dont le directeur était jusqu'à l'heure le Colonel Victor Corpus). On avait droit qu'à 23 kg par personne à l'aéroport et on avait déjà avec nous de la nourriture et des bouteilles, ce qui est particulièrement lourds. Avec un SAS par jour, j'aurai pût tenir agréablement 10 jours. Au fait, j'avais dit que les Philippins ne lisent pas, cependant les homosexuels ont apportés des journaux à scandales écrits en tagalog, malheureusement mon dictionnaire tagalog est trop limité pour déchiffrer tout ça. Ce qui m'étonne, c'est que tous les journaux ont été découpé, en fait les homosexuels avaient besoin des gros titres pour confectionner une banderole en notre honneur : Terry and Helen. Ils n'arriveront jamais à écrire Thierry, c'est au dessus de leurs moyens. Heureusement que nous avons choisi un prénom facile pour notre fille Siam. Avec un prénom pareil, tous les asiatiques sont capables de le lire et de l'écrire. C'est l'ancien nom du Royaume de Thaïlande, « le pays des hommes libres » en Thaï. Conseils : les philippins embrassent rarement sur la joue, comme beaucoup d'asiatiques d'ailleurs (sauf en France où ils ont pris nos habitudes), par contre les jeunes garçons entre eux ainsi que les jeunes filles entre elles, se tiennent fréquemment par la main ou par l'épaule, cela signifie qu'ils sont meilleurs amis et ils peuvent avoir plusieurs meilleurs amis, c'est un lien presque aussi fort que la famille. Vous pouvez comme eux, cracher par terre, n'hésitez pas, c'est comme roter, c'est bien vue, vous êtes déjà moins un étranger. Si vous venez aux Philippines, apportez ce dont vous avez besoin : nécessaire de toilette, mouchoir en papier (les philippins ne se mouchent presque jamais), sucre, sel, tous ces produits sont difficiles à trouver hormis peut être les endroits à touristes comme Cebu ou Metro Manila. Ne vous fiez pas au nom du produit, regardez ses ingrédients, c'est presque toujours écrit en anglais, donc très facile à comprendre. En dehors du jus de mangue (mango juice) et du jus d'ananas (pineapple juice), les jus de fruits ne contiennent pas de fruit, leur ressemblance avec le goût réel du fruit est très approximatif. Quand vous changez vos dollars en pisos, vous risquez de vous faire avoir et malheureusement je n'ai aucun conseil à vous donnez pour ça, car de toute façon vous perdrez au change (pour info 1 $ = 51 pisos). Oubliez l'espoir de changer des francs en pisos philippins ainsi que celui d'acheter des pisos philippins en France (à moins de vous rendre à la Banque des Philippines située avenue des Champs Élysées à Paris au 1er étage au dessus des voitures Citroën, vous pouvez parler anglais ou tagalog). Si vous ne parlez ni anglais, ni tagalog, n'allez pas aux Philippines, choisissez une autres destination, il y a de très beaux pays en Europe où les gens comprennent le français. Je viens de retrouver un paquet de mouchoirs français, c'est un réel plaisir de pouvoir s'y moucher. Les activités aux Philippines étant très limitées, pensez amener des romans, ça vous occupera. Prenez aussi des plaques insecticides, genre durée 3 mois, pas ceux avec des prises électriques elles ne correspondent pas avec les nôtres. Prenez aussi toutes sortes de médicaments. Choisissez des appareils photos compacts plutôt que des reflex, c'est plus petit, donc moins voyant, vous aurez moins l'air d'un touriste, donc moins l'air d'un pigeon à plumer. Avec les policiers philippins, ne vous énervez jamais, n'oubliez pas que ce sont eux qui ont les pistolets, pas vous. Une bavure est si vite arrivée. Inutile de rester 1 mois aux Philippines, c'est beaucoup trop long, vous aurez tout le temps de vous emmerder. Portez un pantalon long, si vous ne voulez pas comme moi, avoir vos jambes couvertes de piqûres, c'est pas très jolie à voir. Un sac banane fait trop touriste, préférez les pantalons avec plein de poches. N'oubliez pas qu'en tant que touriste, vous êtes la proie, le gibier, celui qu'il faut dépouiller. Je viens de prendre ma douche. Je pense qu'on s'habitue à tout, à être malade, à la crasse, peut être même à vivre aux Philippines. J'ai déjà mes habitudes ici, mes marques comme on dit. Il n'y a pas rien à voir, je pense que je vais passer une grande partie de mes journées dans cette petite chambre à relire les livres que j'ai amené de France (il s'agit essentiellement de dictionnaires), heureusement que je les ait. Le soir, je profiterai de la nuit pour sortir dehors. Je crois que j'ai enfin compris que j'étais un clandestin ici, c'est-à-dire quelqu'un qui doit vivre caché par crainte d'un kidnapping ou d'une autre agression. Jusqu'à hier, j'ignorai mon statut, je pensais être un invité dans un pays libre. J'avais tort, j'étais ignorant. Si les espagnols, les japonais et les américains ont été chassé de ce pays, ce n'est pas pour qu'un misérable français vienne s'y installer. Ma femme aurait put m'en avertir quand j'étais en France, mais je crois qu'elle avait peur que j'annule ce voyage, ce que j'aurai fait sans doute. Je la sentais inquiète au fur et à mesure que la date de notre départ pour les Philippines approchait. Moi qui croyait à des vacances, que j'étais bête, moi qui souhaitais visiter la ville, la région. A bord d'un véhicule et en compagnie d'autres philippins, oui, c'est possible, mais un blanc tout seul et à pied, il faut qu'il soit complètement malade. Enfin, si je rentre en France vivant, je pourrais m'estimer heureux. J'ai dit à ma femme que la prochaine fois qu'elle veut rendre visite à ses parents, qu'elle se passe de moi. Ce n'est pas une expérience que j'ai envie de renouveler. Je crois que ma chambre est devenue mon refuge, pas de TV, pas de radio, que des choses que j'ai ramené de France. Je vais y passer le plus clair de mon temps en attendant mon retour en France. Mon goût pour l'exploration est terminée. Je ne souhaite plus partager la vie de cette famille, l'isolement de ma chambre est devenu mon réconfort. Seul avec moi-même, je peux méditer, m'évader par la pensée. Peut être arriverai je à voyager par l'esprit, à rêver de ces contrées, de ces pays que je ne peux pas atteindre. Ma femme et moi, nous avons perdu de cette complicité que nous avions à Paris, elle ne fait plus l'effort de parler français, même de le comprendre. J'ai laissé tomber la traduction dans les deux langues pour ne plus lui parler qu'anglais. Nos conversations sont devenues très limitées. On n'a plus grand chose à se dire, à croire que le mariage étant terminé, mon rôle aussi est terminé (il y a bien des femelles qui dévorent le mâle après l'accouplement). Je pense que la situation s'éclaircira en France, dans un sens comme dans l'autre, à nouveau l'union, ou bien la rupture. En attendant, il faut essayer de vivre en bonne entante (étonnant qu'au lendemain de mon mariage religieux, je pense déjà au divorce). Décidément les Philippines m'auront réservé bien des surprises. Heureusement que ma femme ignore ce que je pense, il y a une bonne assurance vie sur ma tête, il ne faudrait pas que je meure avant mon retour en France. Il n'y a plus de tentative de conversation entre mes beaux-parents et moi, on sait chacun que c'est devenu inutile à présent. Dire que j'ai failli embarquer mon premier fils dans cette aventure. Je remercie le ciel qu'il ait choisi de ne pas venir, il serait déjà mort de faim, il est tellement difficile question nourriture (de retour à Paris, mon fils Gabriel nous montrera qu'il adore le riz philippin que préparera Helen, ce qui étonnera tout le monde). Ma femme me fiche la paix, elle peut me laisser seul pendant des heures dans ma chambre. De temps en temps, il arrive qu'elle vienne me voir pour me demander si ça va, je n'ai pas envie de lui répondre. Mon univers se restreint maintenant à cette chambre, il va falloir que je la prenne en photo. Ma femme a acceptée de me prendre en photo dans cette chambre qui est devenue mon univers aujourd'hui. Je vais devoir attendre qu'on me sorte pour avoir quelque chose à raconter. Peut être devrais je prendre des photos de mes geôliers, je veux dire, de ma femme et de mes beaux-parents. Heureusement que mes parents à moi, ignorent ma situation. Je ne peux pas leur écrire, mais je les ait eu au téléphone il y a quelques jours. Je leur ait dit que c'était pas le confort, que ma mobilité était réduite mais que ça allait. Heureusement que j'ai ce journal pour me défouler. Je signale à ma femme que ma situation ressemble un peu à celle des prisonniers de Jolo, du moins en ce qui concerne les sentiments. Elle me répond qu'à Jolo, c'est plus difficile. Elle a pas tort, là bas, ils ont des armes.
Helen m'invite à aller au marché de Villasis, c'est situé à environ 4 km de notre maison, juste après le grand pont de Carmen, et il y a beaucoup plus de boutiques qu'ici. S'il y avait pas tous ces philippins, ce serait agréable. Après, elle me promet qu'on va se baigner à la piscine, pas très loin d'ici. En fait, quand on s'arrête près de Villasis, c'est seulement pour décharger des caisses de bouteilles vides, puis on repart, 3 heures de route vers la montagne. Une promesse de philippin, ça vaut une promesse d'homme politique, ça n'engage que celui qui y croit. Ma femme ne veut pas que j'achète un bolo (au moment de rentrer en France, j'en rapporterai 3 ainsi que 3 doubles poignards Commando et 2 couteaux philippins), j'aimerai en porter un sur moi, ce serait plus efficace que mon opinel. Elle me dit qu'elle a peur que je la tue avec le bolo. Il faut dire qu'on ne peut pas divorcer aux Philippines, la seule solution, c'est la mort de l'un des deux conjoints. D'autre part, elle sait qu'on a chacun une assurance décès au profit de l'autre. A part ça, je crois que le chauffeur s'est perdu, il décide de faire demi-tour. Pour sa défense, je signale que les philippins ne possèdent pas de cartes routières, seule la CIA américaine fait des cartes des Philippines. La route est désastreuse, tout plein de trous, à moitié coupée, ponts détruits. Depuis que les américains sont partis, le gouvernement philippin ne répare plus les routes, d'où la nécessité d'avoir un 4x4 ou un jeepney quand on veut essayer de passer. Finalement, on arrive à la piscine, il s'agit en fait d'un torrent au creux de la montagne. Pour s'y rendre, c'est pas facile, là aussi le pont est cassé, les passerelles aussi. J'ai tellement envie de me plonger dans l'eau que je tente la traversée à guet. Malheureusement, je me trempe entièrement, y compris ce que j'avais dans les poches, c'est-à-dire mon appareil photo. Heureusement, ce matin, j'avais décidé d'apporter avec moi le seul jetable que j'avais emmené. J'étais tellement déçu par l'attitude de ma femme que je voulais arrêter de filmer et je pensais que l'usage du jetable serait largement suffisant. De l'autre côté du ruisseau, j'enlève mes vêtements et laisse mon jetable sécher. Peut être que le film est encore bon. L'eau est délicieuse, fraîche mais beaucoup plus chaude que l'eau de l'océan Atlantique en été, et à peu près de la même température que la douche. Je me baigne devant les philippins et relève tous les défis, c'est-à-dire, aller là ou le courant est le plus fort et plonger dans 3 mètres d'eau tout près de la cascade. Ensuite, je ne peux plus, ma femme me l'interdit alors je me contente de me baigner dans le ruisseau. Tout le monde profite de l'eau, bien que je sois le seul à savoir nager (nos deux pilipino, ma femme et Elisabeth ne savent pas). En partant, un groupe de philippins veut m'offrir une flasque de Whisky, ils se baignaient avec moi là où c'était le plus dangereux. J'apprécie le geste mais je refuse gentiment. Ça me réconcilie avec ce matin où je n'avais que du mépris pour les philippins, tout comme eux envers moi d'ailleurs. A un méchant « Hi Jo ! » ce matin, j'avais répondu un méchant « Hi ! ». Maintenant tout est OK, le moral est bon, on mange des crevettes et une banane, la moitié du corps dans l'eau. De temps en temps, il pleut, pluie fine et tiède qui ne dure à chaque fois que quelques minutes et qui fait plaisir à tout le monde. La pluie est plus chaude que l'eau de la rivière. Si on pouvait avoir la même pluie en France. Avec l'appareil jetable, je fais quelques photos, en espérant qu'en France, la boutique arrivera à la développer correctement (seules quelques photos auront pris l'eau mais la moitié de la pellicule sera bonne). Il ne faut surtout pas confier ce genre de travail aux Philippines, j'ai vue les tirages de ma belle-mère, c'est pas beau à voir. En rentrant à la maison, je constate à nouveau que la marque de station service anglaise Schell est bien implantée aux Philippines en compagnie des deux grandes compagnies américaines : Caltex et Pelton. A chaque arrêt de notre jeepney, on nous propose des épis de maïs, des cacahuètes ou des tupics. Juste avant le grand pont détruit, j'ai droit à un coup de sifflet d'un policier qui me fait le salut militaire américain, je lui répond par le même salut. Je ne cherche plus à montrer que je ne suis pas américain en faisant par exemple le salut militaire français. Le gouvernement américain continue à aider financièrement le gouvernement philippin d'où j'ai droit à un certain respect de tous les fonctionnaires philippins, même si leur salaire n'est pas très élevé. Donc inutile de leur signaler que je suis français. J'aime beaucoup les uniformes des policiers philippins ainsi que ceux des militaires que j'ai vue à l'école militaire d'Urdaneta. Même si l'uniforme des policiers français a été amélioré, celui des policiers femmes et des gendarmettes est toujours aussi moche. Aux Philippines, ils ont des uniformes de style américain. Ça fait un certain effet : respect. En tant qu'ancien sous-officier français, j'ai toujours respecté les agents de l'ordre, mais je suis sûr qu'avec de tels uniformes, nos policiers de la capitale seraient beaucoup plus respectés. J'ai demandé à ma femme de voir s'il serait possible de m'en procurer un. Elle m'a dit qu'elle demanderait à son frère. Le problème, c'est qu'on a plus beaucoup de dollars et un uniforme de policier, ça peut coûter cher. J'aurais dû me taire à propos de la pluie, après être rentré à la maison, on a droit à notre première pluie tropicale, ce sont des gouttes qui tombent avec violence, même le toit de la maison fuit, on doit mettre des bassines. Finalement la pluie n'est pas pire qu'en France et en plus je suis sûr qu'elle est chaude. A propos de chaleur, mon bras et mon épaule commencent sérieusement à me brûler. Pendant tout le trajet aller et retour, j'avais la moitié du corps à l'extérieur du véhicule, et maintenant la peau est toute rouge, mon premier coup de soleil aux Philippines. J'ai oublié de signaler qu'Helen et Élisabeth ont fait leur shampooing dans l'eau du ruisseau. Que ceux qui voudraient boire de l'eau de ruisseau y réfléchisse à deux fois. J'aimerai bien qu'on sauve le singe, il est en train de se mouiller et il n'apprécie pas la pluie mais personne ne veut m'aider. Tant pis pour le singe. Miracle, les deux chaînes de télé GMA et ABS-CBN fonctionnent correctement et autre miracle, GMA diffuse un reportage sur les « bold stars » (stars du X) présentes et passées (c'est-à-dire riches et pauvres pour la plupart quand elles arrêtent le métier). C'est très intéressant. J'ai oublié de signaler que ce matin, nous avons croisé un occidental à pied, il avait le physique et le visage d'un occidental et la barbe, mais il avait la peau, les vêtements et la démarche d'un philippin. Il a été aussi surpris de me voir que moi. Je pense que ça fait longtemps qu'il s'est perdu ici.
19h45, on a fini de manger, pour moi : 50 grammes de riz, 20 grammes de poisson et 30 grammes de bambous, c'est suffisant, la chaleur coupe l'appétit. Ma femme et ma belle-mère regardent un drame en tagalog à la TV. Mon beau-père dort à même le sol, sans couverture. Le chien et le singe dorment dehors bien sûr. E moi, je vais me coucher et essayer de dormir, de toute façon, il n'y a rien à faire ici. Je me rattraperai en France, j'aurai tellement de choses à faire là bas. Je suis descendu quelques minutes en bas, mon beau-père ronfle comme c'est pas possible, c'est peut être pas très passionnant à dire, mais l'entendre ronfler si fort m'a d'autant plus impressionné que ma belle-mère arrive à dormir juste à côté, et la télé fonctionne toujours évidemment.
Mardi 14 Août 2001, 12ème jour
«Je rêve de
produits français»
En prenant ma douche ce matin, j'ai l'impression que l'eau du ruisseau était plus chaude. Ma main gauche, certaines parties de mon corps et le coup de soleil que j'ai sur le bras et l'épaule droites m'ont tenu éveillé une partie de la nuit. J'ai soigné mon coup de soleil à coup de bombe pour les brûlures, étant donné que ça correspond à une brûlure de 1er degré. Pour les bleus et les écorchures que j'ai eu contre les rochers hier, il n'y a rien à faire, d'ici demain, il n'y aura plus rien. Il faudrait que je me promène tout nu si je veux avoir un bronzage uniforme, mais malheureusement c'est réservé aux enfants de mois de 8 ans. Ma belle-mère et Élisabeth ont beaucoup toussé cette nuit, seule ma femme est pour l'instant épargnée. Si l'on reste trop longtemps ici, je crois bien qu'on mourra tous d'une pneumonie. Ma fille aussi est épargnée, ce qui n'est pas le cas de l'autre bébé (Jasmine). Sur la route hier, on a croisé une usine de Pepsi-Cola, mais il me semble qu'ils sont moins vendeur que Coca-Cola et Pop-Cola (Pepsi-Cola, plus que les deux autres, offrent un panneau Pepsi avec le nom du propriétaire pour tous les stores qui le souhaitent, ce qui est une bonne politique et qui devrait porter ses fruits à terme). Ici, j'ai une préférence pour Pop-Cola, jolies bouteilles en verre et même goût que Coca-Cola. En France, aucun Cola n'arrive à imiter le goût de Coca ou de Pepsi, mais je crois que c'est tout simplement parce qu'ils n'ont pas le droit d'analyser et de recopier la formule. Ce qu'a dût faire Pop-Cola évidemment. Nous avons aussi croisé des sculptures en bois. Les statues, grandeurs nature, représentent les GI américains ou Mac Arthur débarquant aux Philippines, parfois même un Bouddha. Tout ça avec une précision remarquable. Nos artistes français ont du travail s'ils veulent égaler les artistes philippins. J'ai constaté depuis hier soir, que je n'arrive plus à sentir battre mon cœur et ce quel que soit le moyen que j'utilise. Pourtant, je ne suis pas mort puisque je continue à écrire et à tousser. Sans doute, est-ce l'effet de la chaleur ou de mon inactivité. En tout cas, évanouie le stress de Paris, ici le corps est parfaitement détendu, même si l'esprit continue à réfléchir normalement. Ce matin, je me suis fait une indigestion de TV, passant de GMA à ABS-CBN. La seule chose intéressante, ce sont les reportages. Par exemple sur GMA ce matin, ils ont montré l'entraînement du FATHA palestinien. J'espère que l'armée du TSAHAL saura se défendre. Avant ça, pas de série, ni de films américains, seulement des fictions made in Philippines, c'est-à-dire sans aucun moyen (les gifles et les coups de poing s'arrêtent à quelques centimètres du visage, il est impossible d'y croire, pas de cascade ni d'accident de véhicule) alors qu'1/4 de la programmation sert à passer de la publicité.
Ce matin, on est allé faire des courses à Villasis, la plus grande ville du coin, il n'empêche qu'on n'a pas trouvé de mouchoir sous une forme ou une autre. De l'aller au retour en tricycle, j'ai décidé de filmer les philippins. Puisqu'ils me prennent pour un singe, autant en faire autant avec eux et ne pas me gêner pour les filmer. Ici, je suis le seul blanc donc une bête curieuse mais pour moi, ce sont eux les bêtes curieuses, donc je ne demande plus leur avis et je les filme, point. Mon fil rouge, c'est de suivre avec la caméra les deux filles : Helen et Élisabeth. Ça fera de belles images. 11H30 du matin, bien que j'ai essayé de prendre le plus de temps possible pour manger, il n'est pourtant qu'11h30. Nous avons commencé par des huîtres philippines, rien à voir avec les huîtres françaises, celles-ci sont toutes petites, genre bébés huîtres et elles sont de forme très bizarre, très difficile à ouvrir. Quand on prend une huître, on en trouve souvent 3 à 5 petites, toutes collées les unes aux autres. Une huître française fait environ 10 fois la taille d'une huître philippine, c'est pourquoi avec nos couteaux (moi, un Opinel) on perd beaucoup de temps pour les ouvrir et les manger (un jour, j'ai vue ma belle-mère ouvrir les huîtres avec un bolo qui fait presque 30 centimètres de lame). Ça tombe bien, on n'a rien d'autre à faire. Quand on en a marre, on passe aux crevettes, elles sont bonnes, ensuite c'est au tour d'espèces de bigorneaux (un peu plus long que les français). Élisabeth a coupé le petit bout (le cul) pour qu'on puisse les aspirer avec la bouche. Je décide de terminer ce repas avec une mangue, elles sont comparables à celles qu'on trouve en France. Toujours faire attention à ne pas goûter au noyau. Voilà un long repas philippin, assez copieux somme toute, mais qui n'arrive pas à me faire oublier les bonnes huîtres françaises et tout ce qu'on ne pourra jamais trouver aux Philippines : le cidre normand, le panaché, les citrons, les melons, les yaourts, les jus de fruit, etc. La liste serait trop longue. Je me suis promis de me rattraper en France. Ici, chaque journée passée est une victoire, ça me rapproche de mon retour en France, mais cette journée est loin d'être terminée et en attendant qu'on sorte, je me réfugie dans ma chambre, j'y ai l'impression d'être un peu chez moi. Ça fait déjà plusieurs jours que j'ai laissé tomber les chaussettes et le tee-shirt quand je suis à la maison et je m'en porte beaucoup mieux. Aucun philippin ne porte de chaussettes et souvent ils sont torse nu (sauf dans les centre villes). Si j'avais sût que je resterais la plupart du temps enfermé sans rien avoir à faire qu'à écrire ce journal, je me serais acheté la nouvelle Game Boy Advance. Il y avait 2 jeux qui me plaisaient assez. Cela m'aurait occupé un peu. J'aurai surtout amené ma collection de SAS et des plaquettes antimoustiques, quoique nos valises étaient déjà assez lourdes. Je me rend compte que j'ai mal évalué la situation à Carmen Rosales dans la province de Pangasinan. J'ai eu beau me renseigner avant de partir, j'ignorais qu'aux Philippines, il n'y avait rien à faire, pas grand chose à visiter, pas de shopping et que je passerai le plus clair de mon temps à la maison sans rien avoir à faire. Si j'avais sût, j'aurai amener mon ordinateur portable, même sans Internet, j'aurais pût l'utiliser pour saisir tout ce que j'écris sur ces cahiers (il me faudra plusieurs jours pour les recopier) et surtout, passer des heures, voire des journées entières à jouer à des jeux de stratégie comme « Heroes Might and Magic » sur PC, alors que je n'ai pratiquement jamais le temps d'y jouer à Paris. Dommage que je ne puisse pas changer le contenu de mes valises ou me transporter instantanément à Paris pour prendre ce qui me manque ici. Si vous allez un jour aux Philippines, emportez quelque chose à faire, style ordinateur ou console de jeux, ainsi qu'un adaptateur pour le courant. Et aussi, prenez des livres, même les prisonniers européens de Jolo avaient des livres à lire, moi, je n'ai que des dictionnaires et je n'ai plus envie d'apprendre le tagalog. Ma femme me propose encore d'aller me baigner à la piscine. Cette fois, je sais ce que signifie une piscine aux Philippines. Je lui demande donc si on se baigne dans une rivière ou un torrent ? Elle me répond « dans une vrai piscine » et quand je lui demande si c'est loin, elle me dit « seulement 30 minutes ». A mon avis, cela doit vouloir dire 3 heures, de toute façon, vue l'état des routes, il est impossible de dépasser 50 km/h (même sur les tronçons d'autoroutes à cause des trous qu'il faut éviter). En fait, à moins de 300 mètres de notre maison, le jeepney s'arrête : panne d'essence. On ne seras pas allé bien loin. Je propose de rentrer à la maison en me disant que décidément, les philippins ne doutent de rien. Au bout d'un certain temps qui me paraît long, le chauffeur revient avec un jerrican de gazole, puis avec l'aide d'une autre philippin, ils arrivent à faire redémarrer le jeepney, ce qui n'a pas été évident (il ne suffit pas remettre du gazole pour faire redémarrer un moteur diesel). Je fais une photo de la panne, puis on repart direction Villasis. Là, on s'arrête devant une propriété privée, il s'agit d'un resort qui semble déserté. J'ai compris, on va payer pour se baigner dans la piscine d'un hôtel ou d'un complexe hôtelier. Le problème, c'est qu'il y a longtemps que le resort n'a plus vue de touriste, on arrive quand même à trouver un responsable qui nous fait visiter la piscine. L'eau est verte, ça fait longtemps que plus personne ne s'y est baigné. Moi, ça ne me tente pas. Je sens que si je rentre dans cette eau, j'en ressort malade. Déjà que je pense que les huîtres n'étaient pas fraîches. Enfin, on se décide à visiter un autre resort. Dommage que la route soit cassée, le resort est plutôt pas mal et même très bien. On ne s'attend pas à trouver un vrai complexe hôtelier ici, avec une grande piscine, une plus petite juste accolée, ainsi que tout ce qu'il faut à côté pour se reposer à l'ombre, boire ou manger. Et même si l'eau n'est pas aussi propre que dans une piscine municipale française (ils ignorent le concept de piscine municipale), on n'y voit pas à plus d'1 mètre sous l'eau malgré mes lunettes de piscine, c'est agréable de se baigner dans cette eau, un tout petit peu trop chaude, en fait, à la même température que l'eau de ma baignoire, c'est-à-dire la température de l'air ici. A part nous, il n'y a que 2 jeunes philippins qui n'ont pas plus de 17 ans et qui n'ont peut être pas payé comme nous les 50 pesos par tête. Alors que la plupart des philippins évitent les baignades (ils ne veulent pas noircir d'avantage), ces deux là n'ont pas peur de bronzer, ils sont déjà noir. Au moment où on décide de partir, d'autres personnes arrivent : 2 familles de philippins, dont un blanc, américain ou australien, qui a épousé lui aussi une philippine. Sa femme nous raconta que les poissons que son mari avait fait cuire près de la piscine, avaient été mangés par les chats du resort, alors qu'il se baignait. Ça ne m'étonne pas, il y a beaucoup de chats ici et je doute que le personnel ait des boites de Ron-Ron. Je pense que si un jour, je décidais de revenir dans la région, ça serait dans cet hôtel. Il semble disposer de tout le confort et il n'est situé qu'à 8 km de la maison de mes beaux-parents. Cela dit, ça ne résout toujours pas le problème du regard des philippins envers les blancs. Ils nous prennent pour des émirs et nous regardent avec envie et parfois avec méchanceté. Moi, j'ai décidé de les dévisager autant qu'ils me dévisagent eux mêmes. Après l'eau chaude de la piscine, la douche est plutôt froide, mais c'est rafraîchissant. De retour à la maison, il y a un flash sur les Abu Sayyaf sur ABS-CBN, ils détiendraient 14 otages sur Basilan et l'armée philippine s'entraîne pour les libérer. Je pense qu'un jour, il faudra que les militaires philippins arrêtent de s'entraîner pour passer enfin à l'action, jusqu'à l'heure, ils n'ont pas été très efficace (j'ignorai à ce moment là les rumeurs concernant une collusion entre les militaires philippins et les Abu Sayyaf).
Deux mois avant notre voyage, nous avions envoyé par bateau, un gros colis chez mes beaux-parents via « Philippines Store » à Paris. Vue les prix pratiqués par la poste française, c'est le seul moyen. Nous avions mis de la nourriture française : pâtes, couscous, paella, des produits de première nécessité : sucre, dentifrice, couches culottes, bref des produits que ma femme savait introuvables aux Philippines ou alors sous une forme que nous n'aurions pas pût utiliser. Cela dit, dans les supermarchés des grandes villes comme Urdaneta, on trouve du savon et des couches culottes (pas aussi bonnes que les françaises malheureusement). Pour les pâtes, on ne pourra pas les utiliser, il fait trop chaud pour en avoir envie et il est impossible de trouver du beurre ou du gruyère. Ce soir, donc, j'avais décidé de faire une paella, mais mes beaux-parents n'ont pas de cuisine. Enfin, j'ai utilisé un réchaud dehors et une bassine, et je me suis régalé, surtout avec les grosses crevettes que j'ai mis dedans. J'ai même poussé Élisabeth à en manger. Après un peu de résistance, elle a dit qu'elle trouvait ça bon. Peut être a-t-elle dit ça pour me faire plaisir. C'était la première fois qu'elle voyait du riz jaune. De suite après, elle s'est servi une grosse boule de riz blanc. Alors que j'étais en train de faire cuire la paella, j'ai pût constater que la pompe à eau et la grande bassine, servait à la fois à laver les vêtements et à se laver puisque des philippins étaient en train de se doucher tout habillé en s'aspergeant avec l'eau de la bassine, pratique. Après avoir fini de manger, je suis monté dans mon refuge, la chambre, où j'ai mis la climatisation (aircon), je me suis étendu sur le ventre dans le noir, quel bonheur. Savourer la fraîcheur sur tout mon corps en rêvant de la France, de ses bonnes boissons fraîches. J'en ai un peu marre ici de l'eau, du Pop-Cola, du Cheers (soda au goût de citron) et du Royal (soda au goût d'orange). Je rêve de sirop, de jus de fruit, de panaché, de cidre. La nuit, on est obligé d'arrêter la clim, elle fait trop de bruit, mais la chaleur nous réveille deux heures après, alors on la remet pour 10 minutes et on peut dormir encore deux heures. On fait ça deux à trois fois par nuit.
Mercredi 15 Août 2001, 13ème jour
«Mon beau-frère a
acheté un lecteur VCD avec l'argent de ma femme»
Jasmine, presque 1 ans, n'a pas arrêté de pleurer cette nuit, ce matin aussi. On est donc descendu pour aller voir. J'ai tué un cafard près du lavabo à coup de chaussures. Ça bouge vite et c'est très résistant, mais comme ils sont très gros, ils offrent une bonne cible. Cafard du jour, bonjour !. J'avais repéré une souris à plusieurs reprises, mais j'ai pas réussi à la tuer. La porte de WC ne ferme plus, c'est embêtant. Je me recouche. Pendant que je prenais mon café, j'ai vue une souris sortir d'un trou dans le carrelage, près du lavabo. Je me suis précipité pour bloquer l'issue avec un couvercle et je me suis assis pour voir la gueule de la souris quand elle voudra rentrer par le trou. Je n'ai pas eu à attendre longtemps, elle a aussitôt poussé le couvercle pour disparaître. C'est intelligent, ces petites bêtes, cette souris mérite mon respect, je crois que je chercherai pas à la tuer. Le fait qu'on soit le 15 signifie qu'on est à la moitié du mois, donc demain, j'aurai passé plus de la moitié de mon séjour ici et je pourrai voir enfin approcher la date de mon retour pour la France. Alors que je relis les consignes de sécurité de l'ambassade France aux Philippines que j'ai édité à partir de leur site internet (www.dfae.diplomatte.fr), je m'aperçois qu'ils parlent de 6 ressortissants français retenus en otage en Avril 2000, alors qu'il s'agissait de 2 allemands, 2 français, 2 sud-africains, 2 philippins, une femme libanaise, 9 malaysiens et 2 finlandais. Et même si on compte les 3 journalistes de France 2 enlevés par la suite, ça porte le total à 5 français et non à 6.
Mon beau-frère ayant acheté un lecteur VCD japonais avec l'argent de ma femme, j'ai put chanter sur un CD vidéo de videoke (karaoké) américain, puis on a vue un film sur VCD. C'est comme un DVD, sauf qu'on n'a aucun choix (ni langage, ni bonus, pas de menu). Grâce à ce VCD et au fait que j'ai la diarrhée ce matin, j'ai appris deux choses : la prise que j'ai utilisé pour brancher le lecteur VCD alimente le moteur électrique de l'eau. Sans moteur électrique, il n'y a pas d'eau dans les tuyaux, donc dans les robinets et les toilettes. D'autre part, le moteur électrique puise l'eau dans le puits. Cette eau doit être tout juste bonne pour se laver mais elle contient sûrement de nombreux germes qui affectent mon organisme. L'eau qui a servi à faire le café n'ayant ni bouilli et ne provenant ni de ma bouteille d'eau décontaminée, ni de bouteille d'eau minérale, j'ai dût avaler pas mal de germes que je vais devoir combattre à coup d'antibiotiques. Au moins maintenant, je connais le danger. Je vais veiller à n'avaler que les aliments et boissons dont je serais sûr en attendant que je rentre en France. Heureusement, je n'ai pas avalé beaucoup de cette eau. Si ma femme m'avait expliqué les conditions de vie dans sa famille, j'aurais pût me préparer. D'ailleurs j'avais des pilules Micropur extra fortes capables d'éliminer rapidement toutes les bactéries et même les virus. Je n'ai pas eu vraiment de conversation avec elle, ça a été plutôt un monologue de sa part où il était question d'amour et de divorce. Je n'ai pas voulu m'engager dans cette conversation. Elle m'en veut d'être malade et de ne pas aimer les conditions de vie ici. J'en suis désolé, mais je n'y peut rien. Ma femme a commencé à préparer les valises pour rentrer à Paris. Je lui ai signalé qu'il faut d'abord téléphoner à Air France pour voir si on peut changer la date des billets d'avion. Info de dernière seconde, Helen m'apprend qu'Élisabeth, la pilipina qui dort dans la chambre d'à côté, est malade aussi. Elle a la diarrhée. Je me propose gentiment de partager mes médicaments et mon eau décontaminée avec elle, ma femme refuse, elle me dit qu'Élisabeth va acheter ses propres médicaments et que l'eau ne peut être mise en cause, parce que ça fait longtemps qu'Élisabeth vit ici. Je préfère me taire et je sourirai quand ma femme tombera elle aussi malade (en fait elle ne sera malade qu'après notre retour en France). Helen me demande si j'ai parlé dans mon cahier des jambes poilues d'Élisabeth. Celle-ci ne veut pas se raser les jambes, les poils sont longs et très noirs. Je lui répond que jusqu'à l'heure, je n'en avais pas parlé. Il est parfois difficile d'avoir des conversations avec sa femme, quand en plus on est de civilisation différente et que ni l'un, ni l'autre ne sommes bilingues, il est encore plus difficile de choisir les bons mots pour se faire comprendre en anglais.
Je ne compte plus le nombre de fois où je vais aux toilettes. Comme je l'ai dit, je surveillerai tout ce qui passe par ma bouche. J'ai deux sortes de pastilles Micropur, je n'utiliserai désormais que les fortes, celles qui éliminent même les virus en à peine 30 minutes. Pour manger, j'irai le plus souvent dans un fast-food. Jasmine, l'autre bébé, a la diarrhée aussi. Pourtant elle ne prend normalement que du lait en poudre avec de l'eau minérale. A moins que quelqu'un ne remplit les bouteilles d'eau minérale avec de l'eau du puits comme ça arrive parfois. Helen m'apprend, que contrairement à notre fille Siam, Jasmine n'a pas droit à l'eau minérale, mais à l'eau du puits que quelqu'un fait bouillir (pas suffisamment à mon avis). A midi, j'ai refusé les œufs et les crevettes pour finir le reste de paella froid. S'il est froid, c'est qu'il était au frigo, c'est bon signe. Alors que les œufs blancs de canne ou de poules ne sont jamais mis au frigo et il n'y a aucune date de fraîcheur. Je pense qu'en dehors du rhume, mon corps est à nouveau OK. J'ai pris comme dessert, un peu de mangue pour la vitamine C qu'elle contient. Je pense pouvoir affronter le reste de la journée. C'est le deuxième film sur VCD que l'on regarde depuis ce matin. Film d'action américain en anglais avec sous-titre en chinois. Pas de menu, pas de sélection des langues ou des sous-titres comme les DVD qu'on a en Europe (il n'y a pas de lecteurs de DVD aux Philippines). Je comprend pourquoi le VCD n'a pas marché chez nous. Il y a cependant des fonctions très intéressantes surtout pour le videoke (karaoke) ou il surpasse les lecteurs DVD : lecture de CD de musique, MP3 et VCD. Par contre, il ne peut lire de DVD et on stocke moins de film que sur un DVD (l'image et le son d'un VCD n'ont pas non plus la qualité digitale, la qualité est comparable à une cassette vidéo VHS). Avec la chaleur qu'il fait, on s'est endormi pendant le film, surtout ma femme qui n'a vue que la première moitié du film. Je me suis rendu compte aussi que je n'étais pas tout à fait guéri. Cela doit faire des heures que je suis là, allongé sur le lit avec la clim. Helen m'a tenu compagnie un certain temps. Je n'ai plus envie de faire d'efforts physiques, je veux juste me reposer jusqu'à ce qu'on reprenne l'avion, c'est-à-dire dans 14 jours. Je suis finalement descendu pour une indigestion de « TV Patrol » sur ABS-CBN. Après nous sommes allés en ville, chercher des mouchoirs. On n'a trouvé que des mouchoirs en boite et on a ramené aussi un lookban et des bananes. Le lookban peut remplacer l'orange et le pamplemousse, faute de mieux, mais malgré tout, il désaltère moins que le Pop-Cola. Depuis que je ne met de tee-shirt que pour aller en ville, je m'en porte mieux. Mais dés que le soleil pointe son museau, l'air devient de nouveau irrespirable. Heureusement, il est 18h15, la nuit commence à tomber et avec l'aide des ventilateurs, on arrive à avoir de la fraîcheur. Ce soir, un peu de riz, 2 petites sardines très salées et 2 bananes, le tout arrosé de Pop-Cola et voilà le repas du soir expédié. Malgré tout le temps que j'ai passé au lit, je me sens fatigué et je n'ai nullement l'intention de regarder un soap movie en tagalog. D'autre part, il paraît qu'on doit partir demain matin à 4h00 pour un endroit qui s'appelle Hundred Islands. Helen ne peut pas me dire si on dormira à l'hôtel ou même dans une maison, ni même s'il y aura des WC (en fait, il n'y aura ni hôtel, ni maison, ni WC). Il faut que je prépare mes affaires, on y restera entre 2 et 4 jours. Je préfère le temps où j'étais scout ou militaire, au moins tout était bien organisé et on savait ce qu'on faisait. Dommage que je ne dispose pas ici de rations de survie, le corned beef et les biscuits secs très durs me manquent, ça m'aurait changé de la cuisine philippine. L'avantage des biscuits des rations de survie, c'est que même trempés dans l'eau pendant plusieurs minutes, ils restent toujours aussi durs. Peut-être, arriverai je à trouver du corned-beef dans un centre commercial. Le fait d'en avoir parlé, m'a mis l'eau à la bouche. Bon, c'est pas tout, il va falloir que je me repose si je dois être frais et dispos demain matin pour les Hundred Island, qui ne sont paraît-il que 99. De temps en temps, une île disparaît sous l'eau mais une autre remonte parfois. De toute façon, je suppose qu'elles sont presque toutes inhabitées. Sur ce, bonne nuit.
Jeudi 16 Août 2001, 14ème jour
«Bienvenue à
Hundred Islands, ses huttes en paille, ses moustiques et ses fourmis rouges »
J'ai té réveillé à 1h00 du matin par les cris de Jasmine. Ce bébé est vraiment malade. Hier, je lui ai donné des médicaments de ma fille pour la soigner de la diarrhée. Ils refusent d'utiliser de l'eau minérale ou mon eau décontaminée pour préparer ses biberons. Paraît-il qu'elle doit s'habituer à l'eau d'ici (l'eau du puits). Sa maman ne vient la voir que rarement. De toute façon, j'ai l'impression que les enfants, depuis leur plus jeune âge, s'élèvent tout seul. Ma femme et se sœurs, ont offert une montre en or à leur père mais il est obligé de la cacher en roulant une serviette autour du bras quand il va dans un centre commercial (c'est loin d'être mon cas, ma montre qui ne vaut pas tripette n'intéresse même pas les philippins). Il est 3h45, mon sac à dos est prêt, ma femme et ma belle-mère échangent des mots en tagalog. En tout cas, ces vacances à défaut d'être réussies, auront été coûteuses. Ma femme s'est fait volé tous ses bijoux, il y en a pour plus de 4000 francs (on ne les retrouvera pas). J'espère pouvoir acheter un autre stylo, j'en ai plus qu'un qui fonctionne. La dernière fois qu'on a acheté un stylo au centre commercial, ma femme l'a perdu. Elles sont maintenant 3 à fouiller dans la chambre pour retrouver les bijoux. Comme je dis toujours : mieux vaut éviter d'avoir des bijoux, on évite ainsi de les perdre ou de se les faire voler. Finalement, on part en camion, pour s'arrêter à plusieurs reprises jusqu'à l'entrée de Villasis où j'ai l'impression qu'on va rester un petit moment. En fait, on attend encore du monde. Quand je demande « pourquoi, tous ces gens viennent avec nous ? », ma femme me répond : « parce qu'ils en ont envie ». Tout ça est d'une simplicité philippine. Moi, cette escapade ne me dit pas grand chose, je m'étais habitué à passer des heures dans ma chambre, c'était sécurisant, en attendant mon retour vers la civilisation. D'ailleurs, les seul signes de civilisation ici, sont le Coca-Cola et le Mac Do. La route est défoncée, mais j'ai encore rien vue. On fait une halte à Bolinao pour acheter à manger, c'est-à-dire du poisson, du coca et des bananes. Partant de là, la route devient un chemin que je filme pour la postérité. Bien sûr, il n'y a pas d'hôtel, pas de maison et pas de toilettes. J'avoue que je fais un peu la gueule. Les philippins préparent à manger, Helen et moi, on marche un peu le long de la route, histoire de lui dire que je ne suis pas content et que j'aurais préférer rester à la maison. Le problème, c'est que depuis que je suis aux Philippines, on ne me demande jamais mon avis. D'ailleurs, c'est un de mes principaux griefs (avec le manque d'hygiène bien sûr). Finalement, je propose à Helen de se baigner, histoire de faire passer le temps. L'eau est chaude, même la Méditerranée en été n'est pas aussi chaude. La pollution est acceptable. J'ai mes lunettes de piscine pour mieux voir les fonds marins (je pensais trouver masque et tuba aux Philippines, grossière erreur). La pollution n'est pas pire que ce qu'on trouve sur nos plages et dans nos mers mais c'est loin d'être le paradis perdu. Partout, on voit les traces de l'homme : plastiques, débris de bouteilles. Il était 9h00 du matin quand on a commencé à se baigner. Depuis, on n'a pas arrêté, seulement le temps de boire du coca et de manger un peu de poisson, de la langoustine et du crabe (et du riz pour les philippins). Ne soyez pas jaloux, ce n'était pas de la grande cuisine et ça n'avait pas très bon goût. J'ai mangé un peu pour faire plaisir tout en regrettant la cuisine française. Les philippins, avec de bons produits, sont capables de faire une cuisine fade qu'ils compensent par une sauce épicée qu'ils ne manquent pas de me proposer et que je refuse toujours aussi obstinément. Si environ 9 français sur 10 savent nager, aux philippines, c'est le contraire. Dans la famille de ma femme, personne ne sait nager, cela ne les empêche pas de se baigner bien qu'ils aient peur de noircir au soleil. D'ailleurs les parapluies servent essentiellement à se protéger du soleil. Il est maintenant 13h10, le camion qui nous a amené a fait demi tour, je crois qu'on repart pour une nouvelle destination, je ne peux que suivre le mouvement. Une précision, les chiens philippins ont peur des hommes, ils savent qu'on peut les manger si on veut. D'ailleurs maintenant, quand je vois un chien, je ne peux m'empêcher de voir la tête et les pattes coupées du chien qu'ils ont mangé. J'ai oublié de signaler ce matin, alors que notre camion roulait à 30 km/h (ce qui est une bonne moyenne vue l'état des routes), un philippin s'est approché de notre camion pour essayer de lacérer nos roues avec son bolo. Heureusement, on roulait trop vite et le chauffeur l'a klaxonné. L'explication est simple : il devait être ivre. La route qu'on utilise maintenant a fait sérieusement chuter notre moyenne, ce n'est plus une route, mais un chemin de terre plein de trous. Je commence sérieusement à regretter la maison de Carmen Rosales. D'autant plus que notre vieux camion n'a plus d'amortisseur depuis longtemps et que tous ces sursauts me donnent mal à la tête. Après quelques heures comme ça, en partie au bord de rizières, en partie dans la jungle, on passe Alaminos pour arriver à Hundred Islands. C'est ce qui est marqué sur ma carte acheté en France (vue qu'il est presque impossible de trouver une carte routière aux Philippines). Ici, c'est le bout du voyage. D'un côté la jungle, de l'autre côté un lac et nous au milieu d'une hutte en paille comme des Robinsons Crusoé, sauf que je n'ai pas amené mon matériel de camping, ce que je regrette beaucoup. Une expédition comme ça en France, ça se prépare, mais pas ici apparemment. Moi, j'aurai amené ma tente, mon réchaud à gaz, des boites de conserve, du lait concentré, de l'eau. Bref, tout ce qu'il faut pour camper entre gens civilisés. Mais c'est pas le cas ici et je vais devoir faire avec, en compagnie de gens que je ne connais pas pour la plupart, ce qui m'agace un peu. Pour l'intimité, c'est pas la joie. Enfin, on va essayer de survivre. Ce n'est pas à la lumière artificielle que j'écris ces lignes, il est 17h25, la nuit commence doucement à tomber, surtout que nous nous trouvons dans une hutte en bambou et en paille et que je viens tout juste de me faire piquer par des fourmis rouges que je n'avais pas vue. La nuit risque d'être longue. Tout mon corps est rouge de coups de soleil depuis la baignade de ce matin et les mouches se jettent sur mes jambes rouges jusqu'à ce que je troque mon short philippin par un pantalon long made in France. Où je suis maintenant, il n'y a pas de fourmis, du moins je crois. Mais mon bras et mon épaule gauche continue à me piquer après l'attaque des fourmis rouges, beaucoup plus grosses qu'en France. Elles cheminent sur un des piliers de la hutte. Tout à l'heure, j'en ai vue qui se baladaient sur le fil à linge près d'une cabane. Ici, elles sont partout et elles sont dangereuses. Alors qu'il pleut, je m'aperçois que notre hutte n'est pas tout à fait étanche. Je profite des dernières lumières du jour pour relater mon dîner : poisson grillé, Coca-Cola et Sprite. J'ai fait l'impasse sur le riz. Je remercie ma femme d'avoir pris ce pantalon kaki qui me protège des bestioles ainsi que le Kway made in France que je vais tout suite enfiler. Sur ce, la suite des événements demain (si je suis encore en vie), je n'ai plus assez de lumière pour écrire.
Vendredi 17 Août 2001, 15ème jour
«Accouchement
prématuré en pleine nuit, sauvera t-on la femme et le bébé ?»
Peu après avoir fini d'écrire, ils ont décidé d'installer une ampoule dans notre « shed » (hutte en anglais) en faisant courir un fil électrique jusqu'à l'habitation la plus proche (une cabane). J'espérais qu'ils l'éteindraient pour pouvoir dormir, je ne supporte ni la lumière, ni le bruit, ni les moustiques, ça m'empêche de dormir. Cette nuit, on a eu la totale. Heureusement, ma femme et moi avions pris assez d'équipement pour pouvoir résister. Je me suis donc couché avec un pantalon long, des chaussettes, un blouson imperméable avec cagoule ainsi que les lunettes pour dormir d'Air-France. Il ne me manquait que les bouchons anti-bruit d'Air-France que j'avais oublié à la maison. Les philippins utilisaient d'autres moyens pour se protéger des moustiques. Le plus utilisé consistait à s'enrouler de couvertures et de serviettes, même autour de la tête. La femme enceinte de 6 mois qui avait voyagé avec nous, avait tellement été secoué par le transport qu'elle n'arrêtait pas de se tenir le ventre en souffrant en silence (héroïsme ou inconscience ?). Malheureusement, en pleine nuit, alors que le sol de notre shed était envahie par les crabes, il a fallut évacuer d'urgence la femme enceinte. Un accouchement prématuré était en vue et dans de telles conditions, cela signifiait la mort de cette femme et de son bébé. Helen a donné de l'argent à un philippin, moi, une des deux lampes de poche que j'avais emmené et les voilà partis en tricycle pour l'hôpital le plus proche (le tricycle de ce philippin était mieux adapté pour rouler sur ces chemins que notre camion). Alors qu'on n'y croyait pas (l'hôpital étant à environ 2 heures de route par camion), Helen m'apprend que les médecins ont sauvé la mère et le bébé. Elle pense aussi que cette femme était enceinte de 7 mois et non de 6. Le fait de les avoir sauvé tous les deux me surprend à moitié, aux Philippines, tout est possible, même les miracles. Grâce au Donormyl que j'ai pris, j'ai finis par m'endormir. Juste avant, Élisabeth a eu la bonne idée d'installer une moustiquaire qui a couvert la plupart d'entre nous (à l'exception de deux philippins). On a donc put dormir, bien qu'un ou deux moustiques soient passés sous la moustiquaire et ont dérangé mon sommeil. Au moment où j'écris ces lignes, il est 6h35 du matin et ma femme mange son assiette de riz avec du poisson, comme le reste des philippins d'ailleurs. Moi, je rêve d'un café au lait avec un croissant. J'espère un retour à la maison d'ici ce soir pour pouvoir me raser et prendre une douche. J'ai fait un peu de vidéo et quelques photos autour des huttes. Hier, j'ai chargé ma dernière pellicule dans mon APS. Ce matin, c'est au tour du 24x36. Quand on ira en ville, il faudra que j'achète des pellicules, au moins une de chaque. Je pense que ça ne devrait pas poser de problème pour trouver du 35mm (24x36). D'ailleurs, pourquoi c'est écrit 24x36mm et un peu plus loin : 35mm ? C'est une question qu'il faudra poser à Kodak. Hormis la vidéo miniDV qui coûte très cher, chacun de mes appareils peut être remplacé facilement dans n'importe quel pays. Le Kodak APS et le Canon 24x36 sont des appareils de base pas cher et qui font d'excellentes photos sans se compliquer la vie, tout en prenant très peu de place, le choix idéal quoi (de retour en France, je constaterai que les photos faites avec l'APS sont de meilleure qualité que celles prises avec le 24x36, dommage d'avoir pris du 200 ASA et non du 400). Ça me change de l'époque où j'avais deux gros reflex (un Canon et un Nikon) avec tous les objectifs et flashs qui vont avec. Même la vidéo tient dans la main et n'est pas plus gros que le compact Canon. C'est beau le progrès.
Encore une fois, ce matin, ma femme a fait office de banquier. De toute façon, je ne tiens pas à tenir la caisse pour qu'on me demande toujours des sous. Je me connais, je finirai par refuser. J'admire ma femme pour cela, elle sait gérer les comptes en piso philippin et râler quand il faut. Chez nous, on gère de concert, parfois on s'engueule mutuellement quand on estime que l'autre a trop dépensé. C'est la vie de couple, quoi ! Je sais que je ne reviendrais pas aux Philippines. En tout cas, pas dans ces conditions où je me laisse manipuler sans pouvoir décider quoi que ce soit. Je regarde ces paysages en me disant que c'est sans doute la dernière fois que je les vois. Je les ait photographié et filmé, ils ne me manqueront pas. Cette aventure restera à jamais dans ma mémoire et je voudrais en parler comme si c'était du passé. Hélas, il me reste encore 12 jours et j'ignore ce que l'avenir me réserve.
Je viens de rentrer à la maison (Carmen Rosales) et la première chose que j'ai faite est de faire pipi (en tagalog : « íhî » pour le petit besoin et « táé » pour le grand), puis de prendre une douche. Ça fait du bien d'être à nouveau propre. Cela fait plusieurs heures, presque tout au long de la route, qu'il n'a cessé de pleuvoir. On dirait que la saison des pluies est enfin arrivée. Moi, ça m'arrange, la température est maintenant au niveau de celle de la France, tout à fait acceptable, sans être fraîche pour autant, un temps d'été.
Le matin, à Hundred Island, après avoir dormi dans une hutte en bambous, on a pris une espèce de pirogue avec 2 flotteurs pour faire le tour des îles. D'après ma carte, c'est une mer intérieure, c'est-à-dire, assez abritée. Effectivement, les vagues sont assez ridicules. Pourtant, je ne suis pas très rassuré, il n'y a pas de bouée ou de gilet de sauvetage et je crois bien être le seul à savoir nager dans cette barque. Avec la fatigue que j'ai, je n'arriverai jamais à sauver quelqu'un dans ces conditions, si par malheur notre embarcation chavirait. Surtout que la plupart des îles que l'on contourne, sont inabordables, rien que des falaises. Enfin, on aborde une île qui possède une petite crique avec 6 mètres de plage (en longueur, 1 mètre en largeur). Moi, j'appelle pas ça une plage. Ce n'est pas du sable, mais de la terre (et mouillée en plus). Il n'y a rien à voir. Je boude pendant 2 heures. Quand je pense aux plages françaises et espagnoles, je me demande ce que je fais ici. Je refuse de manger et de boire, mais je finis par aller nager pour passer le temps. Et bien sûr je n'ai pas mes lunettes de piscine, ce qui fait que je ne vois pas grand chose sous l'eau (alors que le plus intéressant se passe sous l'eau).
En débarquant sur cette petite plage, un vigile armé d'un gros pistolet nous a demandé de payer un droit de passage. C'est quelque chose qu'on ne voit qu'aux Philippines où on doit constamment payer pour tout et n'importe quoi.
Après avoir passé une heure ou deux dans l'eau, Helen et moi décidons de casser un peu la croûte, c'est-à-dire du crabe. On dispose d'un sceau remplit de petits crabes déjà cuits. Ma femme me réserve les pinces (je n'aime pas manger l'intérieur du crabe lui-même). Ça ne vaut pas le tourteau français et puis, c'est tout petit et il faut faire beaucoup d'effort pour pas grand chose, mais ça occupe. On arrose le tout de Pepsi-Cola. Ensuite, Helen me donne un peu de chair de poisson que j'avale avec du Sprite. J'étais tellement dégoutté des Philippines, que j'aurais fait la grève de la faim si ma femme ne me préparait pas la nourriture. Elle me propose (m'ordonne) de monter à nouveau dans la pirogue pour faire le tour des îles avec le pêcheur. Je fais des photos et de la vidéo, en espérant toujours qu'il nous fasse pas chavirer. Je filme ce que me montre ma femme, pour lui faire plaisir. Moi, les rochers et la mer, ça m'ennuie. De retour avec les autres, j'apprend qu'on va enfin pouvoir partir pour retrouver nos affaires laissées dans le shed, puis le camion. Joie, on va enfin pouvoir quitter ce trou perdu. On me dit alors que la femme enceinte a eu son bébé, que tout va bien et qu'elle veut quitter l'hôpital aujourd'hui pour pouvoir rentrer chez elle. De toute façon, elle n'a pas d'argent pour payer l'hôpital. Bref, on reprend le canot et direction notre petit village de pécheurs. Malheureusement, en pleine mer, le moteur de notre pirogue s'arrête. Heureusement, le marin arrive à le faire repartir, mais cette fois, c'est la pluie qui tombe, et une grosse pluie. Déjà qu'il y avait de l'eau sous les lattes de bois. En quelques secondes, tous nos vêtements sont trempés, mais on arrive quand même à rejoindre la rive. Le temps de se sécher et de se changer, sauf pour la majorité des philippins qui n'ont pas de change, toujours le même tee-shirt et le même short depuis plusieurs jours. De toute façon, ils préfèrent rester sous la pluie afin de se laver, ainsi que leurs vêtements (même sous la douche, la plupart des philippins gardent leurs vêtements). Après un long moment, on finit par embarquer le matériel dans le camion et retour en sens inverse vers la civilisation avec passage à l'hôpital pour prendre notre jeune mère de famille. Je pense qu'on a dût voir des hôpitaux similaires en France, il y a 1 siècle : 8 à 10 personnes par pièce, couchées sur des matelas troués et sales, pas de meuble, pas de confort, pas d'hygiène, pas de draps. Moi j'y resterai pas une nuit. Le secrétariat se trouve dans le hall. Je devine que c'est un secrétariat parce qu'il y a pleins de fiches dans des cartons et une femme au milieu. Helen me demande de partir, sinon les docteurs vont demander plus d'argent. Ces derniers ne m'ont pas encore vue, mais ils retiennent quand même notre jeune maman pour lui soutirer plus d'argent. Sans commentaire. Enfin on repart et sur la route, on croise un autre illuminé avec son bolo qui veut se battre avec notre camion ou avec ses occupants. Ah, la nature guerrière des philippins ! Parfois il y a des jeunes filles qui rentrent de l'école qui m'aperçoivent à la vitre du camion. Quand elles croisent mes yeux, elles sourient et avertissent leurs copines : « americano ». Moi, je souris aussi, je suis leur premier americano. Il faut parler du système scolaire philippin. Contrairement à beaucoup de choses aux Philippines, le système scolaire fonctionne plutôt bien et même mieux qu'en France. Il y a comme aux Etats-Unis 4 classes : Elementary School, High School, College et University pour l'élite de la Nation. Presque tous les philippins terminent les deux premières classes : Elementary et High School. A partir du College, ça devient payant et là le système français est beaucoup plus favorable. Il y a 3 mots pour définir le système scolaire philippin : Respect, Discipline et Uniforme. L'uniforme peut être différent selon les écoles mais l'uniforme est indissociable du respect et de la discipline, des valeurs qu'on n'a plus dans les collèges et lycées français. Sans être militariste à 100%, je pense que le port de l'uniforme à l'école ramènerait aussi le respect et la discipline. Si ça peut donner des idées à certains, tant mieux.
Ce soir, je suis allé manger au Mc Donald's de Carmen Rosales avec ma femme, ma belle-sœur et ses deux plus grandes filles. Enfin, un peu de civilisation dans ce monde de brute. Un des vigiles avait troqué son gros revolver contre un gros fusil à pompe. Au moins, on se sent protégé. Surprise, on croise un autre occidental, genre américain, en compagnie d'un philippin, tous d'eux d'âge moyen. Visiblement, ils sont ici pour affaires et non pour le plaisir. Je me demande pour quel type de business il doit rester à Rosales. Il y a beaucoup de fast-food aux Philippines : Mac Do, KFC, Jollibee, Chow King, Burger King, etc. mais pas à Rosales où on ne trouve qu'un Mac Do. La situation en France (pays de la grande cuisine) est beaucoup moins favorable aux fast-food puisqu'on trouve l'américain Mc Donalds suivie de très loin par le belge Quick et un KFC à Paris (les philippins aiment y manger à cause des grosses cuisses de poulets et du maïs grillé), l'américain King Burger s'étant retiré du marché français. Bref, je suis pour la pluralité des fast-food. Comme il n'y a pas de potatoes (réservés au marché français), on a mangé des pâtes à la sauce bolonaise et au fromage (dommage qu'elles étaient un tout petit peu trop cuites) ainsi que des hamburgers. Ce soir, j'ai décidé de me soigner. J'ai nettoyé mes plaies et maintenant j'y place des pansements, je vais pouvoir enfin reposer mon corps, si les insectes me laissent en paix (10 jours après mon retour en France, certaines plaies dues aux insectes, ne seront toujours pas cicatrisées malgré les désinfectants et les antibiotiques).
Samedi 18 Août 2001, 16ème jour, plus que 11 jours
«Le concept de la
famille élargie et J'ai découvert le
secret des philippins»
Je suis obligé de m'occuper de Jasmine (le bébé) sinon elle pleure. Alors, je la prend dans mes bras, là elle est sur moi pendant que j'écris. Comme quoi, même les bébés philippins ont besoin de l'affection et de l'amour d'un papa et d'une maman. Les parents de Jasmine ne s'en occupent plus, elle a été confié aux bons soins de la famille élargie (j'expliquerai cette notion de famille élargie qu'on trouve surtout aux Philippines et qui va à l'opposé de la famille restreinte qu'on trouve aux Etats-Unis et en Europe). A part ça, le moral est bon, plus que 11 jours. J'écoute de la musique, je bois un Royal (soda au goût d'orange) et je dispose d'un reste de Toblerone et de saucisson (rapporté de France bien sûr). On a amené pas mal de nourriture par bateau (2 cartons de 50 kilos) ainsi que dans nos bagages (ma femme savait qu'il serait très difficile de trouver certains produits et notamment de la bonne nourriture française). La pauvre Jasmine s'accroche à moi, c'est étonnant. Ma fille Siam ne me demande plus de câlins depuis qu'elle est ici, elle est devenue très indépendante et ne se plaint pas beaucoup alors que Jasmine qui est née ici, réclame sans cesse qu'on la prenne dans nos bras. Elle n'est pas encore sevré d'amour maternel (ou paternel). Cette nuit, j'ai fait un rêve, j'ai rêvé qu'un photographe m'expliquait s'était un tort de croire que les films 24x36 faisaient de meilleures photos que l'APS. Il me racontait que l'APS était de meilleure qualité. J'ai failli le croire (après développement, j'ai constaté que j'ai mieux réussi les photos avec l'APS qu'avec le 24x36, serait-ce une prémonition ou l'APS serait-il meilleur que le 24x36 ?). J'ai bien rêvé une nuit après avoir trop étudié le droit, qu'un gros rat de la taille d'un homme, m'embêtait et lorsque je lui ai proposé de régler ça à coup de poing, il a sorti un gros code pénal, type Dalloz, où il était écrit : on n'a pas le droit de frapper sur le gros rat. Je vous raconterai bien la fois où j'ai rêvé que j'étais interviewé par Anne Sinclair à propos des municipales, mais on s'écarte du sujet). Bon, aujourd'hui j'ai le moral, j'ai retrouvé le confort (relatif) de ma maison aux Philippines et j'ai plein de projets pour mon retour en France. Je vais vous expliquer le concept de la famille élargie. Chaque jour aux Philippines, une ou plusieurs personnes viennent me dire qu'ils font partie de ma famille, par alliance ou je ne sais quoi. Je ne cherche pas à suivre la conversation, je répond : greats, fine et je me désintéresse du sujet. Il y a trop de gens dans cette famille, peut-être plus de 100. Ici, tout le monde est frère, sœur, père, mère, cousin. Nos repères européens concernant la famille, sont dépassés. Ici, les rapports entre la famille proche sont dilués, on ne s'embrasse jamais entre parents et enfants (vous n'embrasserez jamais un pilipino ou une pilipina aux Philippines, à la rigueur une poignée de main ou prendre sa main et l'amener à votre front, ce qui est un signe de respect et de bénédiction envers les anciens), on ne s'étreint pas dans les bras. Mes beaux-parents ne s'embrassent jamais, pas plus qu'ils n'embrassent leur fille Helen. Ici, personne ne s'embrasse ou se fait des câlins, mais on peut se tenir par la main ou l'épaule. Il n'existe pas beaucoup d'affection entre parents proches, mais entre parents éloignés de type cousins (quelle que soit l'alliance), les rapports sont strictement identiques. La famille élargie doit passer avant tout, avant la loi, le gouvernement, la communauté. Aux Philippines, la famille élargie doit entraide envers tous ses membres, sinon c'est l'exclusion de la famille, ce qui est très rare et très déshonorant. La famille élargie a été la première forme sociale dans ce pays et c'est encore le cas. Il y a le bon côté des choses : un membre de la famille trouvera toujours refuge chez les siens pour lui ou ses enfants, puisqu'ils font tous partie de la famille. Mais aussi, la priorité sera toujours donnée à sa famille élargie. Ainsi même la présidente actuelle des Philippines a fait nommer tous les membres de sa famille aux postes les plus intéressants, que ce soit au gouvernement, à la télévision ou dans les administrations (et la famille de Gloria Macapagal-Arroyo et de son mari Att. Juan Miguel Arroyo est une très grande famille). Donc, la compétence des personnes passent bien après l'appartenance ou non à la famille. Cela explique surtout pourquoi le pays est mal géré. Si par exemple, j'accédai au pouvoir aux Philippines (pourquoi pas ?), je serai obligé de nommer plus d'une centaine des membres de ma famille aux postes les plus prestigieux, en tout cas aux postes qui les intéressent, même si je suis sûr qu'ils n'en ont pas la compétence. Eux-même, pouvant faire partie également d'une autre famille, ils nommeraient à leur tour, d'autres membres de leur seconde famille. Bref, le bordel ! Imaginez qu'en France, un président de la République nomme ses enfants et neveux à des postes prestigieux. On aurait put voir ainsi le neveu de François Mitterand, Frédéric, sur une chaîne publique de la télévision française. Heureusement que ça ne fonctionne pas comme ça chez nous.
En attendant, il est 7h35 du matin et ma femme mange une assiette de riz avec des sardines qui puent. Élisabeth m'a acheté des tupics, ils sont bons, chauds, mais tout petits (je parle de l'intérieur du tupic). Je demande pourquoi ils sont si petits, ma femme me répond « c'est parce qu'ils les vendent ». A Paris, les philippins m'en donnent alors ils sont bien remplis, ici, ils les vendent, alors ils en mettent le moins possible. Finalement, il est possible que les philippins aient le sens du commerce. En tout cas, il y a une certaine logique dans tout ça, une logique philippine. J'ai découvert le secret des philippins, celui des hommes (les pilipino), pour les femmes, je ne le connais pas encore. Donc, j'ai découvert le secret qui fait que les philippins sont toujours heureux et capables d'affronter chaque jour cette vie sauvage et difficile avec tant de béatitude : ils boivent du Brandy. Ils m'en ont fait goûter, c'est aussi mauvais que le Whisky mais une fois habitué, je suppose que ça fait l'effet d'une drogue. Comme pour les américains qui prenaient de la drogue pour supporter le Vietnam, ici les hommes prennent du Brandy pour supporter les Philippines. Tous les soirs, mon beau-père et ses hommes, se réunissent dans la cabane en bambous pour boire du Brandy et chanter (je suppose qu'il s'agit de chants rituels). Pendant notre séjour à Hundred Islands, je les ai vue le soir avant de se s'endormir, écouler des bouteilles mais aussi le matin avant de manger et aussi après mangé. J'ai également vue les marins embarquer leur bouteille de Brandy avant de prendre la mer. Je connais donc maintenant la raison de tous ces naufrages aux Philippines et pourquoi les philippins veulent s'attaquer aux camions à coup de bolo. En fait, le Brandy fait partie ici de la virilité de l'homme. Pour être un homme, il ne suffit pas d'avoir un bolo, vous devez savoir vous en servir, mais surtout vous devez savoir boire le Brandy.
Helen et moi, avons passé le plus clair de la matinée au lit. Ma femme a beaucoup dormi, moi j'ai pensé à tout ce que pourrai faire de retour en France. Je viens de finir de manger deux saucisses puis j'ai regagné le lit. Justes avant les jeux débiles (bien qu'on y voit de jolies filles très sexy et qui dansent très bien), GMA a diffusé des images de l'incendie qui a eu lieu hier dans un hôtel de Metro Manila. J'aimerai bien sortir mais j'attend la bonne volonté de quelqu'un, alors en attendant, je continue de me reposer et de rêver à tout ce que je pourrais faire en France. Ma femme a voulu voir un film sur le lecteur VCD acheté par son frère. Pour le premier film « Lost in space », il manquait le disque n°1, donc on aurait vue que la deuxième moitié du film (les films sur VCD nécessitent entre 2 et 4 galettes puisqu'on stocke 2 fois moins que sur un DVD). Quand au second choix, on a bien vue la moitié du film en américain sous titré en chinois, mais le disque n°2 était complètement rayé et a refusé de fonctionner. Malgré mes explications, je crois qu'Helen ne fait toujours pas la différence entre VCD et DVD. Dans les grandes boutiques philippines, je n'ai pas trouvé de lecteurs DVD, ni de DVD. Il semblerait qu'une partie de l'Asie a fait l'impasse sur le DVD, alors que l'Europe a fait l'impasse sur le VCD. Un jour, il faudra bien que chacun y mette du sien et que l'on harmonise tout ça, y compris le choix des formats TV : Pal ou NTSC (le SECAM français étant abandonné). En attendant, je regagne le lit. Finalement, on est partie faire des courses à Urdaneta, la plus grande ville du coin. On n'a plus du tout de couches pour les bébés. Pour ma part, j'achèterai bien une pellicule photo, j'ai celles qui sont dans les deux appareils et puis c'est tout. A Urdaneta, on commence par les chaussures pour les femmes, moi, je trouve une carte de la région 1, Ilocos Region, ça n'a rien à voir avec une carte routière ou géographique mais il y a la plupart des villes de la province de Pangasinan et au dos de la carte des informations en anglais (political boundaries cities, municipalities provincial profiles). J'ai également acheté un stylo bille, une carte postale d'un volcan (les cartes postales étaient toutes moches et vieilles). J'ai pris aussi deux grosses bouteilles, une de Seven Up et une de soda orange ainsi que des mouchoirs en papier. Il ne restait plus qu'à trouver le film. Le vendeur me proposait du 400 ASA mais j'ai quand même trouvé ma pellicule de 200 ASA, 40 poses pour mon APS (j'aurai mieux fait de prendre le 400 ASA, j'ignorais que la lumière aux Philippines est inférieure à celle de la France, je ne m'en rendrai compte que lorsque je verrais une grande partie de mes photos sous-exposées). Quand on ira à Manila, je ferais beaucoup de vidéo et quelques photos (à cause de la pollution et du temps, ce ne sera pas possible). J'ai également trouvé un jeu d'échecs et ce que je croyais être un jeu de dames dans le même coffret. Les pièces d'échecs se révèlent être en plastique, quant au jeu de dames, il s'agit en fait du jeu « Men Morri's », il y a moins de cases et moins de pions qu'au jeu de dames (mais on peut faire avec). On n'a pas trouvé de bolo au marché d'Urdaneta, la pluie commençait à tomber alors j'ai acheté 2 sweet-shirts : un de la police philippine (PNP) et un des Marines Philippins, que je compte bien porter en France. Ensuite, on est allé manger dans un Jollibee. Comme toujours, 2 agents de sécurité armés avec une cartouchière de balles autour de la taille pour mieux intimider. J'ai pas osé faire la photo. Une précision pour les fast-food quels qu'ils soient (Mac Do, Jollibee, Chow-King, etc..) on laisse toujours les plateaux sur les tables (en France, il faut débarrasser les plateaux). Bref, je ne suis pas mécontent de ma sortie, même si je n'ai toujours pas de bolo. Sur ce, j'ai pris ma douche (je préfère maintenant la prendre le soir, je trouve ça plus hygiénique et plus relaxant. Et maintenant, il ne me reste plus qu'à ranger mes affaires.
Dimanche 19 Août 2001, 17ème jour, plus que 10 jours
«Les Pampers
philippins ne valent pas les Pampers français»
On approche de la date du retour. Quand il restera moins d'une semaine, ça commencera à devenir bon. Je viens de finir de soigner des plaies aux pieds (désinfecter et poser des pansements). Sans cela, la terre s'agglutine dans le trou et la peau ne cicatrisera jamais. J'ai maintenant des pansements partout sur les deux jambes, mais d'ici quelques jours, je pourrai les enlever et si nous ne faisons pas d'autres expéditions sauvages, je n'aurai plus aucunes plaies lors de notre départ pour Paris (ça ne sera malheureusement pas le cas). Siam s'est fait encore piquée cette nuit malgré le répulsif antimoustique et la moustiquaire. Ici, il n'y a qu'une chose qui les arrête : se couvrir le corps avec des vêtements longs, c'est ce que je dis à ma femme. Pour ma part, j'ai dormi avec le sweet-shirt des marines philippins qui me couvre entièrement les bras. Au petit déjeuner, je mange un morceau de Toblerone en très mauvais état, des tupics tout chauds qui viennent tout juste d'arriver et je bois un jus d'orange chimique acheté hier au supermarché (ici personne ne connais le vrai jus d'orange). On vient de constater que les Pampers achetés hier ne valent pas non plus les Pampers français, pourtant c'est la même marque (ils doivent être fabriqués aux Philippines sous licence). Helen et Élisabeth prennent des œufs de cailles (je ne suis pas certain qu'il s'agit de cailles, ces petits œufs sont de couleurs blancs – verts) au petit déjeuner, pourquoi pas. Moi, je refuse poliment, je dis que je viens de finir de manger et que je n'ai pas envie de tomber malade. Personne ne connaît la fraîcheur des œufs (ni même le nom de l'animal qui les a pondu). J'ai regardé un peu les news de « Good morning Philippines », on y parle de l'incendie de l'hôtel à Manila avec la liste des 70 morts et des 13 survivants, l'arrestation d'un pédophile étranger (ce serait un philippin, on n'en parlerait pas). Hier, dans une boutique de vêtements du centre commercial, j'ai croisé une jeune fille avec un œil poché (complètement fermé). Encore un coup de poing mal placé. On s'est aperçu ce matin qu'on partage la chambre avec une souris, malheureusement, elle est trop rapide pour que je puisse la tuer. Vivement que je regagne mon appartement. Mon épaule droite commence à peler, c'est pas très jolie. La souris s'est servi de la tenture pour monter en haut du mur, j'ai réussi à lui donner un coup avec ma trousse de premiers secours, pas suffisant pour la tuer. J'ai fait le tour de la chambre mais elle s'est peut être enfui par la porte. Je crois que je vais ranger un peu mes affaires, j'ai pas envie qu'elle vienne les mordiller. On a mangé. En ce qui me concerne, j'ai goûté au ragoût de mouton, mais j'ai surtout mangé des tupics. Il me tarde de rentrer en France, pour manger un bon morceau de viande grillé ou cuit à la poêle. Ici, tout est cuisiné à l'eau vinaigrée dans une grande bassine. Heureusement qu'avec la chaleur, on n'a pas envie de manger. Sans le vouloir, je commence à avoir la couleur de peau d'un philippin. La peau de ma femme devient de plus en plus foncé (10 jours après notre retour en France, sa peau est couleur marron foncé). Helen m'avait dit qu'on allait ce matin à Villasis acheter un bolo, mais elle vient de se rendre compte qu'on était dimanche et que les boutiques devaient être fermées. On n'a pas grand choses à faire. Demain on ira à Manila, c'est une ville que j'aimerai découvrir, mais avec mes gardes chiourmes, je n'en aurais sûrement pas le loisir, juste de quoi faire quelques photos et entrer dans 2 ou 3 boutiques, je suppose (je supposais juste). Ma femme est en train de voir « Rush Hour Part 2 » en VCD. J'adore Jackie Chan mais la qualité de ce VCD étant très inférieure à une K7 vidéo (on a même crût au début qu'il n'y avait pas de couleur), j'ai renoncé à regarder ce film pour rester dans ma chambre (il s'agit sans doute d'une copie pirate en provenance de Hong Kong). Je me rattraperai à Paris. J'aimerai bien leur montrer un jour un film en DVD pour qu'ils voient ce que c'est que le digital. Dans ma chambre, j'écoute les coqs qui chantent toutes les 5 minutes, de jour comme de nuit. La plupart des habitations possèdent 3 ou 4 coqs de combat, chacun étant séparé dans une cage en fer individuelle, ce qui les empêche de se battre entre eux, mais aussi de se mouvoir (la cage est tout juste plus grande que le coq). Je trouve ça cruel, mais les philippins n'ont pas encore de SPA, ni de Brigitte Bardot pour défendre la cause des animaux. Je me rend compte que les philippins et moi, sommes très différents. Personne n'est meilleur ou pire que l'autre, mais nous évoluons dans deux mondes très différents. Beaucoup de philippins sont content de leurs sorts, ils marchent en sandalettes dans des flaques de boue, ils restent sous l'eau quand il pleut, ils n'ont pas besoin de changer de vêtements ou de les enlever pour se laver. Je ne suis pas sûr que la civilisation les rendrait plus heureux. Si j'étais sur une île déserte, je modifierai petit à petit mon environnement pour qu'il soit mieux adapté à mon confort alors que la plupart des philippins se satisferaient de ce que la nature leur apporte et ne feraient rien pour améliorer leur situation. Ils sont beaucoup plus en harmonie avec la nature que nous mais je ne les envie pas pour autant. Finalement le plus dur ici, c'est l'enfermement. Ne pas pouvoir sortir de la maison sans y avoir été autorisé et bien sûr sans accompagnement. Moi qui aime marcher, aller à la découverte, je suis gâté. J'en veux à ma femme de ne pas m'avoir averti avant de partir, je ne serais peut être pas venu d'ailleurs. Ensuite côté distraction, c'est pas la joie. Quand on est enfermé quelque part, on aimerait pouvoir passer le temps avec des bouquins ou des films. Mais quand on a rien, il ne reste plus qu'à se morfondre sur le lit. Moi, j'appelle pas ça des vacances. Je viens de faire un tour dehors en passant par la porte de derrière, en l'occurrence en faisant le tour de la maison, le portail en bambous est toujours ouvert. Je ne suis pas allé très loin, il pleuvait. Je voulais juste voir le comportement des philippins à mon égard. A part des regards appuyés, d'étonnement surtout, ce test s'est révélé positif. La prochaine fois, je pourrais aller plus loin. Le problème, c'est qu'il n'y a pas grand chose à voir, ni à faire et en plus, je n'ai pas d'argent. Bref, je m'emmerde. J'ai voulu regarder la vieille télé dans la cabane en bambous, mais mon beau-père y dormait. Je n'ai pas voulu le réveiller. Je sais que je n'ai plus que 10 jours à tenir, les otages ont bien tenu plusieurs mois et leurs conditions de détention étaient bien loin d'être aussi agréables. D'ailleurs, à leur place, je n'aurai pas supporté et j'aurai essayé de m'évader. Il faut que les prisons françaises soient bien confortables pour que les criminels aient envie de récidiver. Évidemment, si on leur fournit la TV par câble, les jeux vidéos et l'ordinateur en prison, je comprend que le taux de criminalité ne cesse d'augmenter en France (on devrait les envoyer dans les prisons philippines). Je n'en parle pas toujours, mais quel que soit l'endroit où je me trouve, que ce soit dans le lit ou n'importe où dans cette maison, je dois toujours et à tout instant, tuer des bestioles qui me sautent dessus, sans ça, certaines me laissent des souvenirs sur ma peau. Il me tarde d'être à Paris pour en être débarrassé à jamais. Ma femme fait un épouillage (enlève les poux) dans les cheveux de Neeke (prononcez Niki), une des filles de ma belle-sœur. Vue le nombre de poux dans les cheveux des deux filles : Neeke et Stephanie, il serait préférable d'utiliser un shampooing ou une lotion antipoux. Je promet qu'on en enverra dés notre retour en France (une fois à Paris, ma femme m'en dissuadera en m'expliquant qu'il faudrait renouveler les applications tous les 2 ou 3 jours et qu'on en viendrait jamais à bout, on ne peut pas à nous seul, traiter 75 millions de philippins). Le reste de l'après-midi et la soirée se passe, je joue aux dames avec Helen sur un échiquier avec seulement 3 rangées de pions. Demain, on doit aller à Metro Manila, je sais que le trajet sera très long, vue la vitesse à laquelle on peut rouler aux Philippines (la moyenne est souvent comprise entre 15 et 20 km/h). En tout cas, ce sera l'occasion pour moi, de voir autre chose et de réaliser de bonnes photos et de la vidéo.
Lundi 20 Août 2001, 18ème jour, plus que 9 jours
«Metro Manila,
ville hautement polluée»
Nous sommes en dessous de la barrière des 10 jours, encore une étape de franchie. Cette nuit, une souris (je ne sais pas si c'est la même) est venue trottiner dans notre chambre. J'ai essayé de la chasser avec la lumière. Ce manège a duré quelque temps. Je me prépare à partir pour Metro Manila. Ça devrait prendre toute la journée. Effectivement, ça a pris toute la journée, on est rentré avec la nuit. Tout le monde avait mangé et j'ai eu l'agréable surprise de voir une souris collée à l'attrape-mouche (un papier gluant qui se pose). Demain, j'en achèterai pour poser par terre à des endroits stratégiques. Nous sommes donc parti ce matin sur des routes défoncées dans une voiture dont le chauffeur est le boy-friend d'une des sœurs de ma femme. Ici, tout est affaire de relations. En tout cas, ça me change des camions, c'est presque le confort sauf qu'il n'y a pas d'aircon (air conditioner = climatisation), juste un ventilateur, et qu'il n'y a pas d'appui-tête, ni de repose bras, par contre, on a la radio. Bref, le voyage s'annonçait plutôt bien. En fait, je commençais à avoir le tournis avec tous les soubresauts de la voiture, quand on est arrivé enfin sur le tronçon d'autoroute payant. Hélas, même l'autoroute est truffée de trous et le chauffeur doit naviguer entre, ce qui provoque de brusques écarts de conduite. Plusieurs heures après, on est arrivé dans les faubourgs de Metro Manila : des kilomètres de bidonvilles, mais ce que j'ai déjà vue aux Philippines m'y a habitué. Par contre, on doit circuler vitres fermées. Quand enfin on descend, je comprend pourquoi on ne devait pas ouvrir les vitres. L'air est pollué à un point que c'est irrespirable. Beaucoup de gens marchent avec des mouchoirs sur la bouche, des motards roulent avec des vêtements autour du visage. Je me demande comment on fait pour supporter ça. Bien qu'en Europe, aucune ville n'ait la dimension de cette gigantesque mégapole, il est possible qu'un jour Paris atteigne ce niveau de pollution et d'embouteillages mais j'espère que les autorités françaises réagiront avant qu'il ne soit trop tard (la pollution de Metro Manila provient essentiellement du trafic routier, le métro et les transports collectifs n'étant pas suffisamment utilisés, il s'agit d'un problème politique). Après plusieurs heures d'embouteillage, nous trouvons enfin notre point de chute, en l'occurrence, le service d'immigration où on va devoir s'affranchir d'une taxe pour que ma femme puisse regagner la France. Tous ces philippins qui quittent le pays doivent payer une taxe d'immigration même s'ils reviennent aux Philippines en tant que touriste (imaginez que les français payent une taxe d'immigration chaque fois qu'ils quittent la France). Au passage, je constate que les habitants de Metro Manila sont presque indifférent à mon passage. En fait dans cette ville, ils sont habitués à voir des étrangers, ce qui est une bonne chose pour moi. Ici, je peux circuler en toute liberté. D'ailleurs dans la journée, je croise deux blancs dont aucun n'est vraiment surpris de me voir. Sur les 10 millions d'habitants que compte cette capitale, il doit sûrement y avoir de nombreux blancs, des centaines, peut-être des milliers. Helen et moi, on mange au KFC d'un grand centre commercial, tandis qu'à quelques mètres, mon beau-frère et notre chauffeur se servent dans un fast-food asiatique. Les pattes de poulets sont moins grosses qu'au KFC de Paris (normal, vue la taille des poulets philippins) et je remarque aussi qu'ils n'ont pas de frittes (french fries) par contre ils ont des pâtes à la sauce bolonaise (comme Mac Do et Jollibee). Un conseil : ne filmez pas dans les endroits privés. On reconnaît un endroit privé à ce qu'il y a des agents de sécurité armés pas loin. Ce peut être un supermarché, un centre commercial, un fast-food, etc. Moi, c'est mon deuxième rappel à l'ordre, le premier étant dans un supermarché, cette fois, c'est dans ce centre commercial. Heureusement, je m'en tire encore une fois en faisant celui qui ne savait pas. La ville est décevante, triste, grise, beaucoup d'immeubles ont brûlé et sont laissés tels quels. Seuls certains gigantesques centre commerciaux (climatisés) peuvent faire penser qu'on est dans une ville importante. Je n'ai pas pût visiter Makati City qui est la citée business de la capitale. Notre deuxième rendez-vous devait avoir lieu dans une agence d'Air France pour confirmer les billets d'avion (plane tickets). En fait, on s'arrêtera à un Jollibee pendant que mon beau-frère se rendra à l'agence d'Air France. Sans confirmation préalable, les compagnies aériennes peuvent vendre nos places à d'autres passagers (ce n'est pas le cas en France où les compagnies aériennes pratiquent le surbooking). A l'agence d'Air France, on explique à mon beau-frère que les confirmations ne se font que par téléphone (bizarre). Après un dessert glacé et un jus de mangue, on quitte le Jollibee pour un autre gigantesque centre commercial (climatisé bien sûr) et au passage, on emprunte une route à 12 voies (il n'y a aucune route ou avenue aussi large en Europe). La circulation y est fluide. Dans un bookstore, je trouve une excellente carte routière des Philippines comme quoi on trouve de tout à Manila (j'emploie Manila à la place de Metro Manila, je sais que je ne devrai pas mais je ne suis pas le seul, c'est pas pire que d'utiliser le nom français Manille pour désigner la capitale des Philippines). Ma femme achète un VCD alors que je lui ai déjà expliqué que notre lecteur DVD ne pouvait lire que des DVD (par contre mon ordinateur portable est arrivé à lire les VCD grâce au Sony VIDEOPRESS Player Internal). Sur la route, on rencontre des mendiants (c'est la première fois que j'en voie aux Philippines). Certains enfants sont infirmes (souvent un bras en moins). Il ne faut surtout pas leur donner d'argent, ça encourage les mutilations volontaires (forcées) faites par les parents ou tuteurs sur les jeunes (ou futurs) mendiants. Un infirme est supposé plus rentable qu'un valide, d'où on créé des infirmes à coup de bolo (coupe-coupe).
Je pense que Metro-Manila est une excellent étape, voire lieu de séjour pour un étranger qui désire connaître les Philippines. On trouve de tout : grands centre commerciaux, bidonvilles (certaines familles vivent sans rien sous les ponts, des enfants circulent tout nus), les grandes tours de Makati. Dommage que ce soit extrêmement pollué. Au retour sur le tronçon d'autoroute que nous prenons pour quitter Metro Manila et rejoindre la province de Pangasinan, on aperçoit sur la droite le Mont Arayat (1030 mètres), le sommet est couvert de nuages. Après avoir quitté le tronçon d'autoroute (toujours aussi troué qu'à l'aller), on passe par une jolie ville : Tarlac. Il n'y a pas souvent de jolie ville aux Philippines, c'est pourquoi je signale celle-ci. Il semble y avoir un bon hôtel confortable, pas mal de boutiques et je note au moins 3 fast-food : Mc Donald's, Jollibee et Chow-King mais à la sortie, il y en a encore un autre ouvert 24h/24 de marque inconnu. Bref, une bonne ville où on peut y séjourner. Pour les étrangers, je recommande l'hôtel plutôt que dormir chez l'habitant, ces derniers n'ont pas d'eau potable et toute la cuisine est faite avec cette eau non potable. Ensuite, il y a le problème des toilettes, de l'absence de salles de bain, des souris, des cafards, des moustiques et de toute sortes de bestioles, etc. Bref, mieux vaut séjourner en hôtel pour éviter la plupart de ces désagréments. Quand vous entrez chez l'habitant, n'oubliez pas de vous déchaussez. Eux, ils ont des sleepers (sandalettes), pratique pour se déchausser rapidement. La nuit, beaucoup de véhicules n'allument pas leurs feux. On a même rencontré un camion en panne, tout feu éteint qui occupait la moitié de la route. Sur le bas côté, juste un petit feux de bois à côté du camion pour se signaler ou pour se réchauffer (à moins que ce ne soit pour faire cuire des merguez), je ne saurais dire. Heureusement que notre chauffeur l'a évité. Au passage, on s'arrête à une station Total. Ce n'est que la deuxième fois que je voie une station TOTAL depuis le début de mon séjour aux Philippines. Même les pétroliers PTT et SMILE sont plus présent que le pétrolier français. Une question me brûle les lèvres : qu'a donc bien put faire Alfred Sirven aux Philippines pour que la présence de notre pétrolier soit aussi ridicule. Enfin, je suis content de retrouver un peu de la France grâce à Total. Déjà le mot « La Boutique » parmi tous ces mots en filipino (tagalog) ou anglais, me comble de bonheur. Pour les pétroliers, j'ai du mal à départager les trois plus importants entre le britannique Schell et les américains Caltex et Petron. Pour les fast-food, c'est Mc Donald's suivi de Jollibee, puis de Chow-King et Pizza-Hut, ensuite il est difficile de départager Burger King et KFC. Je pense que Jollibee a l'envergure suffisante pour s'implanter avec succès en France et dépasser le belge Quick qui n'a aucune présence ici aux Philippines.
En rentrant, il fait déjà nuit depuis longtemps, il est 20 heures et on essaye le Corned Beef acheté à Urdaneta. Il est immangeable, rien à voir avec le Corned Beef que l'on trouve en France. Aux Philippines, la seule nourriture comestible se trouve dans les fast-food, je vous les conseille vivement, l'hygiène est parfaite, la nourriture bonne, on ne débarrasse pas les plateaux, par contre, il n'y a pas toujours des toilettes et il vaut mieux venir sans armes.
Mardi 21 Août 2001, 19ème jour, plus que 8 jours
«Une pilipina qui
a beaucoup voyagé est toute fière de m'annoncer que Copenhague est la capitale
de Paris»
Nous n'avons pas dormi de la nuit. Entre les moustiques et le videoke d'à côté, impossible de fermer l'œil de la nuit. J'ai eu beau garder mon pantalon et me mettre sous les draps, les moustiques qu'ont quand même piqué (aux pieds et aux mains). Je me suis gratté toute la nuit. Merci à la personne qui a ouvert les fenêtres de notre chambre pendant notre absence. Je crois que je viens à l'instant de tuer le dernier moustique qu'il y avait dans notre chambre. D'après les livres, ils ne piquent pas le jour, mais peut-être que celui-là n'a pas lut les mêmes bouquins que moi. La carte routière des Philippines que j'ai acheté hier provient d'une agence de défense américaine. Ça ne m'étonne pas, la CIA avec ses satellites, connaît à la perfection la géographie de notre planète. Si vous êtes copain avec eux, vous pouvez même leur demander une photo aérienne de votre villa ou de votre pâtée de maisons. Ce n'était pas le dernier moustique, je viens d'en tuer un autre et celui-là était gorgé de sang. Ça fait le troisième depuis ce matin (j'ignore si dans la nuit, on est arrivé à en tuer). Je viens d'exterminer plusieurs dizaines de PBNI (Petites Bestioles Non Identifiées) qui couraient sur le sol de la chambre. Tout ce que je sais, c'est qu'elles donnent des boutons. En prenant ma douche, j'ai tué plus de 10 moustiques. Si les 75 millions de philippins tuaient chacun ses 10 moustiques par jour, on en viendrait sûrement à bout. Hier encore, je me suis aperçu qu'il ne faut pas utiliser les mots anglais mais les mots américains. Exemple, personne n'a compris quand j'ai utilisé « shop » jusqu'à ce que je le remplace par « store ». Aux Philippines, « store » s'applique aussi bien à la boutique familiale de 1,50m qu'au Mac Do ou au supermarché du coin. Autre exemple, utilisez « appartment » et non « flat » (se reporter à un dictionnaire américain en cas d'incertitude). On a fait un tour au marché de Rosales, situé à environ 3 km du centre de Carmen. Il y avait ma femme Helen, Élisabeth et moi-même (je préfère quand on est peu nombreux). Au marché, comme d'habitude, Élisabeth passe devant. Elle souhaite toujours nous guider mais elle ne connaît pas plus le chemin que nous et comme elle n'a pas le sens de l'orientation, on passe 10 fois dans la même allée. On prend du poisson, des fruits, des tee-shirts américains comme souvenirs (ce sont des squelettes de GI en tenue de combat qui brandissent un M16 avec le mot USA) et surtout des bolos. En fait, au dernier moment, le vendeur nous proposera de magnifiques poignards à la place des bolos. C'est un peu plus petit qu'un bolo, mais c'est beaucoup plus beau, alors on n'hésite pas, on en prend 3 pour 1000 pisos. C'est Élisabeth qui négocie les prix pour nous, mais elle finit toujours par céder aux vendeurs. Elle n'est pas plus douée que nous pour le marchandage. De retour à la maison, on apprend que le gros camion de mon beau-père est en panne. On a donc recours à la générosité de ma femme pour payer les réparations. Pas un jour sans que je voie ma femme sortir son porte-monnaie et distribuer des billets à la famille. Avec tout cet argent, on aurait sûrement eu droit à un hôtel 3 étoiles avec piscine. Dés le départ, j'ai refusé de faire les comptes. Je sais que l'entreprise de mon beau-père ne rapporte pas d'argent ou en tout cas, pas assez pour vivre et que ma femme et ses sœurs doivent chaque année l'aider financièrement. D'ailleurs, si les filles sont expédiées dans des pays riches (France, Canada, Etats-Unis, Hong Kong), c'est uniquement pour ramener de l'argent. Aucun emploi ici ne permet de gagner assez d'argent pour vivre correctement, si ce n'est l'emploi de gouverneur d'une province, mais il faut déjà avoir beaucoup d'argent pour se faire élire. Si j'étais mauvaise langue, je pourrais dire « entre les moustiques et la belle famille, je me demande qui c'est qui va me piquer le plus ». Mais je préfère éviter le sujet épineux de l'argent dans la famille, c'est un sujet qui fâche. Ce que je répète à ma femme, c'est qu'il faudrait partir avant qu'on n'ai plus de sous. Si on compte aujourd'hui, il nous reste encore 8 jours à tenir et on finira par ne plus pouvoir se payer le Mac Do, ni même la bouteille de coca et depuis quelques jours, j'ai décidé de ne boire que des soft drinks (sodas), c'est meilleur pour ma santé. Suivant l'argent qui restera, j'ai convaincu Helen d'aller de temps en temps d'aller au fast-food du coin, la nourriture y est plus saine qu'à la maison. J'ai quand même goûté une saucisse à midi, elle est aussi exécrable que le Corned-Beef, à croire qu'ils se sont servi de la même viande faisandée. J'ai mangé un peu de riz chaud et gluant ainsi que quelques bigorneaux locaux en les aspirant tout en essayant d'éviter de boire le liquide qu'ils contiennent (il s'agit d'eau non potable). Comme dessert, une banane. De toute façon, j'étais arrivé avec des réserves de graisse bien françaises et je comptais repartir avec des abdominaux made in Philippines (effectivement j'ai perdu du ventre mais les plaquettes de chocolat ne sont pas encore visibles). La cuisine philippine est connue comme étant la moins bonne de toute l'Asie, c'est pour cela qu'elle ne s'exporte pas et que les fast-food américains comme asiatiques fleurissent aux Philippines. Certains produits sont bons comme les tupics, mais en gros, les philippins eux-même préfèrent la cuisine chinoise, thaïlandaise, ou japonaise. A Paris avec nos amis philippins, on choisi toujours des restaurants chinois ou vietnamiens alors qu'il existe un restaurant philippin. Finalement, j'ai décidé ma femme à faire une promenade à pied. C'était peut-être pas une bonne idée, il fait trop chaud. Avec le soleil, la température a dût monter en flèche, on est constamment abordé par des tricycles qui doivent penser qu'on est fou de marcher par cette chaleur, tout les philippins se sont réfugiés à l'ombre. Helen m'entraîne vers la maison des parents d'Élisabeth. Il s'agit d'une cabane en bois, pas de plancher, un peu plus loin une vieille pompe où ils puisent l'eau, c'est une des cabanes les plus misérables que j'ai vue mais les habitants ont l'air heureux. Il y a le père d'Élisabeth, un homme mince et musclé, très basané, un peu comme un mexicain, sa femme et un de ses fils. Une des meilleures amies de ma femme vient nous rendre visite (elle habite pas loin et ma venue quelque part ne passe jamais inaperçue). On nous propose des sièges, des tupics tout chauds et bien remplis (c'est la meilleure amie de ma femme qui les a fait elle-même) et des verres de Coca-Cola avec un pain de glace plus ou moins bien coupé au bolo. La fille de la meilleure amie de ma femme, 6 ans, s'amuse à jouer à cache cache avec moi chaque fois qu'elle pense que je ne la voit pas, puis elle joue à donner des coups de pieds au chien, à lui tirer les deux oreilles. Ayant trouvée un bâton, elle s'amuse à lui taper dessus. Autre temps, autres mœurs, cette petite fille serait surprise de savoir que les petits français puissent faire des câlins aux chiens. Aux philippines, un chien est beaucoup moins intéressant qu'un cochon (il y a moins de viande à manger). Je ne comprend rien à leur discussion en ilocano (ma femme parle deux langues : l'ilocano et le tagalog, l'anglais est venue en troisième langue). Comme beaucoup de philippins (excepté ceux de Metro Manila dont le dialecte est le tagalog), ils parlent le dialecte de leur province, puis la première langue nationale : le filipino (tagalog) et ensuite seulement la deuxième langue nationale : l'américain. Ce qui explique que seulement les habitants de la capitale parlent parfaitement l'anglais. Finalement, j'arrive à décider ma femme de rentrer à la maison, mais au passage, on va voir une deuxième meilleure amie qui est venue ici en vacances. C'est son deuxième contrat de 2 ans à Hong Kong. Les philippins peuvent travailler à Hong Kong en contrat de 2 ans, mais ne peuvent devenir résident. C'est de la main d'œuvre pas chère que l'on renouvelle régulièrement selon les besoins. En plus, elle a déjà travaillé en Suède, elle est toute fière de me dire que Copenhague est la capitale de Paris. Manqué !, Paris est déjà une capitale. Je lui explique que le pays c'est la France et non Paris, mais peine perdue, comme beaucoup d'asiatiques, elle a entendue parler de Paris mais pas de la France. Du temps des essais nucléaires français dans l'atoll de Mururoa dans le Pacifique, la France était beaucoup plus connue en Asie. Ce serait bien que notre Président viennent de temps en temps rendre visite aux pays asiatiques, histoire de leur rappeler qu'on existe. Bref, on échange nos adresses à Paris et à Hong Kong, on boit notre coca (cette fois il s'agit de Coca-Cola en bouteille qui sort d'un frigo, le coca est la première chose qu'on offre aux invités, si la maîtresse de maison n'en a pas, elle en demande à ses voisins, ne refusez jamais le coca sous peine d'offenser vos hôtes). On peut également vous laissez choisir entre un coca et un autre soda, mais ne soyez pas trop compliqué, Coca, Pepsi ou Pop-Cola sont des marques courantes, les autres sodas sont plus difficiles à trouver, prenez ce qu'on vous offre, c'est un signe de bienvenue (vous pourrez toujours glisser un billet de 20, 50 ou 100 pisos si vous avez mauvaise conscience d'accepter un soda d'une famille dans la misère). Il est 16h10 et j'aimerai bien que cette journée soit finie, elle a été particulièrement longue et je n'ai plus rien à faire si ce n'est de voir la TV en tagalog et préparer un couscous français (il me reste aussi une boite de Paella). Demain, on va manger au Mac Do, c'est promis. Je viens de faire le bilan, côté photos, il me reste une pellicule toute neuve de 40 photos pour l'APS et une dizaine de photos pour le 24x36. Côté vidéo, j'ai une cassette d'une heure de réserve. Tout ça est largement suffisant puisque j'ai déconseillé à ma femme de sortir de la maison si ce n'est pour se rendre à pied au centre de Carmen. Je n'ai donc plus grand chose à photographier ou à filmer. Heureusement que j'ai quelques souvenirs des Philippines et surtout beaucoup de photos et vidéo. Cela dit, pour dépenser tous nos dollars plus l'argent offert pour le mariage (toutes les dépenses concernant le mariage ont été payé par nous bien avant notre séjour aux Philippines), il fallait faire fort et tout ça, sans jamais payer un nuit d'hôtel ou un restaurant. Pour notre prochain voyage, c'est moi qui gérerais le budget. Une petite précision, le premier camion de mon beau-père a été payé par ma femme mais le deuxième a été payé par une de ses sœurs (Angel). Sans l'argent de ses filles (Helen, Angel et Hilda), mon beau-père n'aurait tout simplement pas d'entreprise. En fait la seule entreprise qui rapporte aux Philippines, c'est l'exportation des philippines elle-mêmes (pilipina) vers les pays riches. Cela représente la plus forte rentrée en devises pour le pays. Lors de notre ballade au centre de Carmen, j'ai oublié de signaler que je suis entré dans une boutique d'armes à feu. En fait, il n'y a pas de porte, c'est juste une échoppe, un comptoir, où on peut acheter des armes de poing ou des fusils d'assaut. La vente est libre mais à Carmen la plupart des habitants n'en portent pas. Seuls les agents de sécurité ou la police en ont besoin. De toute façon, chaque fois que l'on va quelque part, on est fouillé et passé au détecteur de métaux, donc inutile d'avoir une arme (ce qui n'est pas le cas dans le Sud des Philippines ou je crois qu'il est préférable de conserver une arme sur soi). Ce soir, j'ai fait du couscous (sans beurre et en mettant les épices avec la viande). C'était bon, mais les philippins n'ont pas voulu y goûter. J'ai utilisé une pilule Micropur pour décontaminer l'eau mais je ne suis pas sûr d'avoir attendu suffisamment. Il me reste encore une boite de paella et 7 jours à tenir. Je sais que je peux me contenter d'un peu de riz et d'une banane par jour. Je n'ai pas peur, seule la boisson est importante, pouvoir acheter du soda ou de l'eau minérale ou être obligé de boire l'eau décontaminée. Mais la pilule Micropur n'enlève pas le mauvais goût de l'eau, elle tue simplement les germes et les virus sans pour autant rendre l'eau pure, seulement potable. J'ai décidé ce soir, d'utiliser tous les moyens à ma disposition pour la lutte contre les moustiques. Premièrement, les tuer de mes mains si j'en vois dans la chambre, j'ai mis un serpentin à brûler, ça dégage une odeur de bois brûlé censé faire les faire fuir ou les tuer. J'ai mis aussi du répulsif français et philippin sur la porte de la chambre et à des endroits découverts de mon corps. Je pense que je vais passer une bonne nuit, ce qui va compenser de la nuit blanche que j'ai passé hier soir.
Mercredi 22 Août 2001, 20ème jour, plus que 7 jours
«J'ai enfin un
budget fast-food»
Cette nuit, j'ai tué un gros cafard qui courait le long du mur de notre chambre. Ils font au moins 10 fois la taille des cafards européens mais ils sont beaucoup plus lent et moins nombreux que dans certains hôtels parisiens qu'on loue à la semaine. Cette fois ci, on se rapproche du départ, c'est la semaine prochaine, jour pour jour. Une fois que je serais dans l'avion, je serais soulagé. Même si je n'arrive pas à dormir pendant le vol, au moins j'aurai le confort, l'hygiène et une bonne alimentation. Je viens de soigner Stéphanie pour une plaie à la jambe, sans doute une chute sur des cailloux (à moins que ce soit une piqûre d'insecte qui a dégénérée). J'ai désinfecté, mis du mercure au chrome et une fois sec, appliqué un pansement. Avec de la chance, ça pourrait cicatriser dans 2 ou 3 jours (ce ne sera pas le cas). Je pense leur laisser la trousse de secours contenant les pansements et les désinfectants ainsi que les antidouleurs. Les autres médicaments n'ayant pas de notice en anglais seraient inutilisables voire dangereux. De toute façon, ils se soignent rarement. Il faudrait installer un centre de soins gratuits mais cela ferait concurrence avec leurs cliniques familiales alors que celles-ci vivent déjà dans la misère (les cliniques familiales ressemblent à des garages). Je commence à avoir une ligne svelte grâce au régime philippin : absence de lipides et très peu de protéines. La viande est sans doute trop chère, c'est sans doute pour cette raison qu'ils mangent leurs chiens. Les carabaos (buffles d'eau) sont trop précieux pour le travail des rizières, pour qu'on les tue, les cochons et les poulets sont réservés pour les festivités à cause du manque d'argent pour en acheter. Il reste les petits poissons qu'on se partage, pas de quoi faire un grand repas. Heureusement qu'ils ont le riz pour ceux qui aiment le riz nature et collant. Grâce à ce régime et malgré tous les sodas qu'ils avalent, les philippins (jeunes et vieux) sont en majorité mince et musclé alors que la seule activité physique consiste à faire la sieste (ils fument et boivent de l'alcool mais je ne crois pas que ce soit une activité physique). Je pense qu'on consomme sûrement de l'énergie à supporter cette chaleur. Ai je déjà mentionné qu'il n'y a pas de lait, ni de laitage (exception faite du lait en poudre pour bébé quand les parents ont assez d'argent pour en acheter). Mes beaux-parents ont ramené des fruits dont des raisins américains garantis « bon pour la santé » et qui se révèlent sans pépins. J'ai eu droit aussi à un cadeau : un hamac que j'installerai entre deux arbres dans la propriété de mes parents. On a regardé ce matin une cassette vidéo louée par un cousin à un vidéo-club d'Urdaneta. Cette vidéo très très mauvaise (le son et l'image) proviennent d'une copie d'un film en VCD. Il y a VCD écrit, on voit les réglages qui sont fait et le film est coupé en deux par la sortie et l'introduction d'un autre disque, on voit toute la procédure sur la vidéo : les mots OPEN – NO DISC – CLOSE – DISK – OK – PLAY et ils osent faire payer la location de ça ? La deuxième vidéo est pratiquement inaudible et l'image trop médiocre pour donner envie d'être vue. C'est bien le système D (Démerde toi avec) qui domine aux Philippines. Avec ma femme, on a eu droit à des cacahuètes non grillés, c'est blanc, mou et farineux, le goût rappelle un peu l'épis de maïs grillé qu'on peut acheter le long des routes. Au repas, je ne goûte pas au petit poisson chat bouilli qui nage dans son eau non potable mais je prend un peu de riz et quelques crevettes grillées. Hélas, les crevettes n'ont pas été lavé et j'avale en même temps de la terre et de la vase. J'ai essayé plusieurs fois de faire comprendre à ma femme que certains aliments doivent être lavés avant d'être cuit et que les poissons doivent être vidés pour éviter que certaines parties ne donnent un mauvais goût en bouche, mais le plus simple a été de faire la cuisine moi-même. Dans le domaine de la cuisine, les philippins sont aussi mauvais que les anglais, peut-être même pires car les anglais font ça avec hygiène. D'où encore une fois, l'intérêt des fast-food aux Philippines ou nourriture et hygiène sont respectées. Dommage que je n'ai pas gardé de pisos pour mon budget fast-food. Ah, j'ai oublié de parler de la saucisse que j'ai mangé, je doute qu'elle soit fabriquée avec du porc, plutôt avec du chien ou du chat, c'est assez infect. Je crois qu'à la maison, je me contenterai du riz et des fruits. De toute façon, le corps humain peut tenir 7 jours sans manger et je prend l'avion dans 7 jours. A ce propos, à l'aller Air France nous a donné plusieurs fois le menu sur lequel on nous proposait deux types de repas : l'un européen, l'autre asiatique, manque de pot, on ne nous a pas demandé de choisir, il n'y avait plus de menu asiatique, on a donc dû se contenter du menu européen. Quant aux nouilles chinoises, les hôtesses n'ont jamais put les servir, les philippins dans l'avion s'étaient déjà servit tout seuls pendant la nuit. Les philippins adorent la cuisine chinoise (moi aussi) et comme ils sont habitués à se servir. D'ailleurs dans les maisons philippines, les tables possèdent un plateau tournant ou on pose les plats pour que chacun puisse servir en faisant tourner le plateau. Note : les philippins prennent le riz avec les mains pour en faire une sorte de boule entre leurs doigts qu'ils mettent ensuite dans leur bouche. Contrairement aux autres asiatiques, il ne connaissent pas l'usage des baguettes chinoises et pour la plupart des plats se servent de fourchettes ou de cuillères quand ils ne mangent pas avec les mains. En fait, ils n'ont que 10% de sang chinois. Les philippins sont issus d'un mélange entre espagnols, maltais, negritos et un peu de chinois, d'autre part ils ont été éduqué selon le système espagnol puis américain. Pour ces raisons, il est difficile de parler d'asiatiques quand on parle des philippins mêmes si leur situation géographique les place au cœur de l'Asie.
Grande nouvelle, j'ai mon budget Mac Do, Helen est entré dans la chambre avec plein de billets. Sa mère lui a rendu l'argent qu'elle lui avait emprunté. J'ai pris une partie de ces billets, soit 1.900 pisos et j'ai laissé 3.000 pisos à ma femme. Je compte bien utiliser ces 1.900 pisos pour payer le Mc Donald's du coin (uniquement ma femme et moi), les boissons et s'il le faut, du produit contre les moustiques (celui qui fait de la fumée pour 11 pisos). Je me hâte à retrouver mon deuxième porte-monnaie pour y placer ces billets (dans le premier, je garde des francs). Cet après-midi, sieste et TV, les seules choses à faire ici, sauf que question TV, il n'y a que deux chaînes en tagalog dont l'image est plus ou moins brouillée. Heureusement ABS-CBN diffuse « TV Patrol » et je préfère voir des nouvelles des Philippines que les feuilletons philippins style romans photos de bas étage. On est quand même allé en ville avec Élisabeth et Siam pour acheter une pellicule photo. Le but étant de prendre le vieux camion sous toutes les coutures afin de montrer les photos à un acquéreur potentiel. Je trouve assez ridicule, aucune personne saine d'esprit n'achèterait un camion d'après des photographies, mais j'accepte de prêter mon 24x36 pour l'opération. Après avoir fait plusieurs stores on trouve une pellicule de 24 poses pour 100 ASA (impossible de trouver du 12 poses avec du 200 ASA). Ensuite, on est allé manger au Mac Do de Carmen ou nous avons pris chacun le menu N°1 à 35 pisos (environ 5 francs) : coca avec glaçons, frittes et hamburger. Pour moi, c'est suffisant, j'ai l'impression de manger comme un français, j'ai mes protéines, mes lipides et mes glucides, je suis content. Le Mc Donald's de Carmen Rosales est équipé de toilettes propres, d'un climatiseur géant (qui fait qu'après la chaleur de dehors, il fait presque froid à l'intérieur) et un service impeccable avec vigiles armés (et on ne dessert pas les plateaux). Je me demande comment Mac Do gagne de l'argent aux Philippines, les philippins sont tellement pauvres que même avec des prix aussi bas, les clients sont plutôt rares. Surprise, un autre blanc vient commander un menu, il est accompagné d'une pilipina. Tous les deux sont jeunes, lui est américain (je reconnais à l'accent) et il attire beaucoup plus les regards que moi (je m'habille comme un philippin et mes cheveux sont châtains). J'aurais aimé qu'il entame la conversation avec moi mais il est accompagné et n'a peut être pas envie de parler, surtout qu'à mon accent français, il a sût tout de suite que je n'étais pas un compatriote (il a l'accent du Kansas). Pour une fois, ce n'était pas moi la vedette, ça fait quand même deux blancs au Mc Donald's de Rosales, chose qui se produit rarement, vue les regards et les conversations des autres clients. Avant de partir, je commande un autre menu N°1 à emporter pour une des meilleures amies d'Helen. Une fois dehors, je met un pied dans une flaque de boue (ça arrive souvent quand on sort le soir et qu'il n'y a pas d'éclairage) mais je m'en fiche, j'ai mangé copieusement et je n'ai pas beaucoup entamé mon budget fast-food. Avant de rentrer à la maison, on offre le sac de Mac Do à la jeune femme qui nous avait donné des tupics dans la maison du père d'Élisabeth.
Jeudi 23 Août 2001, 21ème jour, plus que 6 jours
«Les philippins
détestent être pris pour des ignorants»
Deux nouvelles petites souris se sont prises dans le tapis à mouches que j'ai placé contre le mur de la grande pièce du bas. Je viens de voir filer une troisième. Je descend donc mon dernier tapis à mouches que j'avais laissé dans la chambre. En France, j'aurais placé des tapettes à souris, mais ici j'utilise les moyens du bord. Deux plaies se sont infectées durant la nuit, j'enlève le pue, je désinfecte et j'applique un pansement. Ici, l'infection est rapide avec la chaleur et les microbes. Laisser une plaie à l'air libre comme en France, n'est pas une bonne idée. Je pense que mon stock de pansement sera épuisé avant que je ne parte d'ici. Il reste encore au moins deux souris. Si je peux acheter d'autres tapis à mouches, je finirai par les avoir avant de partir (la glu arrive à coller leurs petites pattes mais en se débattant, c'est tout le corps qui est pris dans la glu). Je les achèverai bien, mais ma femme préfère les laisser mourir de faim (les philippins ont un rapport avec les animaux qui est très différent du notre, à moins que ce ne soit vis-à-vis de la mort).
Je me traîne une vieille fatigue, peut-être à cause du Donormyl que j'ai avalé hier soir pour être sûr de dormir. La journée, n'ayant rien à faire, je passe beaucoup de temps à faire la sieste mais la nuit, j'ai du mal à m'endormir. A 10h00 du matin, ma femme me propose de manger, elle m'a cuisiné des nouilles chinoises, plat que j'aime beaucoup, quant à elle, elle préfère manger son riz et ses herbes vertes qui trempent dans l'eau avec la tête d'un poisson (les philippins mangent les têtes des poissons). Helen prend le riz avec ses doigts, y ajoute des herbes vertes avec un peu d'eau du poisson, ça fait une espèce de boule dans sa main qu'elle enfourne ensuite dans sa bouche. Je ne pense pas que cette façon de manger plaise aux français, leur nourriture non plus d'ailleurs. Comme, je n'ai rien d'autre à faire, je vais me remettre à la sieste, activité N° 1 aux Philippines et la principale occupation de mes journées. Il est 12h35, mon beau-père fait la sieste par terre en bas, ma belle-mère joue aux cartes à la maison d'à côté, chacun s'occupe comme il peut. Ici personne ne court après le travail, il n'y en a pas et supporter cette chaleur est déjà un travail en soit. Les heures défilent trop lentement. Chaque journée qui se termine me rapproche du départ pour la France. Je sais que je ne regretterai pas les Philippines (à l'exception des fast-foods). Ce ne sont pas les gens qui sont en cause, ce sont les conditions d'existence qui sont trop pénibles. Si le réchauffement de la planète devait s'accélérait, personne ne pourrait empêcher aux Philippines, une vague d'immigration vers les pays moins chaud. Contrairement à ce que je pensais avant de venir dans ce pays, il est plus facile de lutter contre le froid que contre la chaleur. Notre climat tempéré avec ses quatre saisons est vraiment un privilège puisqu'on peut goûter à tous les climats possibles sans jamais avoir d'extrême. Les philippins, eux, ne connaîtrons jamais le froid ou la neige, seulement la chaleur étouffante. 13H35, Dieu merci, la température a un peu baissé, ici le soleil se lève entre 5h30 et 6h00 et se couche entre 17h30 et 18h00, la température devient alors supportable. Il n'est pourtant que 13h30 mais je supporte mieux la température que ce matin. Je viens de manger un épis de maïs bouilli. Résultat : comme pour la viande et le poisson, je les préfère grillé que bouilli. Je pense que si les philippins faisaient griller leur nourriture plutôt que de la faire bouillir, ils conserveraient plus de protéines et de vitamines. Il est assez étonnant qu'ils ne le fassent pas alors qu'ils font griller les tupics et les sardines fraîches. Je sais pourquoi il fait moins chaud, une petite pluie fine n'arrête pas de tomber depuis une heure, c'est elle qui apporte un peu de fraîcheur et le ciel est désormais gris. Je pense qu'on est descendu de 5°, ça fait du bien. Ma femme regarde un jeu télévisé idiot (comme la plupart des jeux télévisés) « Make my dare » sponsorisé par Aquafresh. Ce matin, les chaînes de télé diffusaient des dessins-animés en tagalog, cet après-midi, c'est au tour des jeux télévisés. Dans 2 à 3 heures, il y aura mon émission préféré « TV Patrol » qui donnent les news région par région en commençant par la région 1 (la notre). J'ai demandé pourquoi la pellicule faite hier avec le vieux camion n'avait pas été développée. Ma femme m'a répondu que ce n'était plus utile, la personne intéressée va venir lui-même pour voir le camion. Malheureusement, celui-ci n'est toujours pas réparé, contrairement à ce qu'affirmait ma femme hier. Il faut savoir que les philippins détestent être pris pour des ignorants, alors plutôt que d'avouer qu'ils ne savent pas, ils préféreront vous affirmer n'importe quoi (une de mes insultes préférées en tagalog, c'est « Ignoranté mo ! » = Très inculte toi !, j'aime bien aussi : « Gágo ! » = Idiot ! et « Bastós ! » = Mal élevé !). Si vous pensez que votre interlocuteur ne connaît pas la réponse, ne lui posez pas la question, vous le mettrez dans l'embarras et il vous répondra n'importe quoi ou fera celui qui ne comprend pas la question. Certains auteurs appellent ce comportement typiquement philippin : « la hiyá ».
Maintenant que la température de l'air a baissé, prendre une douche froide est un peu plus délicat, mais possible. Ce sont toujours les premières secondes les plus difficiles. Je me rend compte que ce séjour aux Philippines m'a donné une ligne svelte que je n'avais put obtenir en France avec des régimes et de l'exercice physique. Je sais qu'à mon retour, je risque de regrossir rapidement mais j'essaierai d'éviter cela sans pour autant continuer le régime philippin qui à mon avis, n'est supportable qu'à cause de la chaleur et de l'absence d'activités physiques. J'avais pensé ne plus manger de pain, mais j'aime trop ça, j'ai donc décidé d'arrêter le beurre, la crème fraîche et toutes les matières grasses (sauf le fromage) et de diviser par deux ma ration de protéines. Ainsi je pense pouvoir conserver ma nouvelle silhouette (on verra bien si ça marche, sinon il ne me restera qu'à retourner aux Philippines). A propos de fromage, ceux qu'on trouve aux Philippines sont garantis sans cholestérol (et 100% chimique). Ils ont le fromage en boite de conserve, de couleur orange, ressemble à une plaque de beurre et à un peu le goût de roquefort (j'ai testé, ça n'a aucun intérêt, à éviter) et le fromage liquide (également de couleur orange) que l'on tartine (je n'ai pas eu envie de tester).
Lors d'une news concernant les Abu Sayyaf (la TV en parle chaque jour), on apprend qu'un otage philippin chinois a été exécuté sous prétexte que la rançon n'aurait pas été versée, les militaires philippins sont accusés d'avoir détournés la rançon mais ces derniers affirment ne pas avoir l'argent. Ma femme n'a pas pût me donner la traduction exacte mais je connais les philippins d'origines chinoises, ils vendraient tous leurs biens pour payer une rançon (ils n'ont pas confiance dans la police ou l'armée philippines), malheureusement, cela fait d'eux les cibles privilégiées des kidnappeurs. Il est difficile d'affirmer que les militaires philippins n'aient pas récupéré l'argent de cette rançon, ils auraient de bonnes raisons pour le faire : solde insuffisante, l'argent des rançons permet aux Abu Sayyaf de s'équiper en armes de guerre, chaque rançon versée est une victoire pour les Abu Sayyaf et une défaite pour le gouvernement philippin. Il y a donc de très bonnes raisons pour détourner l'argent des rançons (j'en suis désolé pour les victimes). J'ai toujours pensé que les Abu Sayyaf devaient être éliminés d'une façon ou d'une autre, soit en motivant les militaires philippins (une prime par tête d'Abu Sayyaf), soit en faisant appel à une autre force d'assaut (non corrompue) comme les Marines Américains ou La Légion étrangère. Il faut savoir qu'aux Etats-Unis, la DEA chargée de lutter contre le trafic de drogue, saisi les biens des criminels pour financer leur budget. On peut appeler ça de l'autofinancement ou des trésors de guerre. Une armée coûte très cher et il faut l'entretenir. Si aucune rançon n'avait été versée, les Abu Sayyaf se battraient à coup de bolos (on n'en parlerait même pas).
Ce soir, on n'est pas allé au Mac Do, ma femme n'a pas envie qu'on me voit tous les jours en ville. A chaque fois, on a droit à des remarques et apparemment c'est aussi désagréable pour elle que pour moi. Ce qui fait que j'ai passé toute la journée sans sortir. Pour me faire plaisir, ils ont fait griller des cuisses de poulets. Elles sont toutes petites et un peu trop salées mais j'en mange 2 sur les 4 avec plaisir (je ne vais quand même pas tout mangé, c'est pas souvent qu'ils ont de la viande). Même qu'il n'est que 19h15, j'ai déjà plus de 13 heures au compteur et je suis fatigué de cette journée. Demain, il ne restera plus que 5 jours à tirer et c'est ça qui compte.
Vendredi 24 Août 2001, 22ème jour, plus que 5 jours
«Les militaires
philippins sont-ils de mèche avec les Abu-Sayyaf ?»
Il n'est pas encore 6 heures, mais tout le monde vaque à ses occupations. Hier soir, il a fallu plusieurs heures pour que Jasmine s'endorme (le bébé que mes beaux-parents gardent), plusieurs heures de pleurs qui ressemblaient à des cris. A un moment, je suis descendu proposer un doliprane en suppositoire qu'on utilise parfois pour ma fille Siam, mais ma belle-mère lui en avait déjà donné un. Quand on l'entend crier comme ça, on pense que ce bébé va mourir. D'ailleurs, il n'y a pas une parcelle de son corps qui ne soit pas recouverte de piqûres de moustiques. Sur ses mains ou ses pieds, plus de 10 piqûres de moustiques, pas un centimètre carré qui ne soit piqué. Peu-être a-t-elle la malaria. Dommage que je ne sois ni pédiatre, ni docteur. Autre particularité de Jasmine, c'est qu'elle n'arrête pas de manger. Toute la journée, elle demande à manger (ham, ham), pourtant elle n'est pas grosse et elle n'a même pas encore 1 an. Je me demande si tous les bébés philippins doivent en passer par là, mais ma fille Siam qui a la double nationalité sera élevée en France. Pas question de la laisser à mes beaux-parents. Je veux qu'elle ait le confort et les meilleurs soins ainsi que tout l'amour de ses parents comme n'importe quel enfant européen (du moins je l'espère pour les enfants européens). Quant à parler le tagalog, ce sera déjà bien si Siam apprend à parler l'anglais et le français en même temps. Je ne suis pas convaincu que parler le tagalog soit utile sans le monde moderne. Il n'y a encore que quelques années, ce n'était qu'un des 132 dialectes des Philippines. C'est comme apprendre le corse ou le breton, ça n'a aucun intérêt aujourd'hui (pas plus que le latin d'ailleurs). J'ai trois plaies (souvenir de Hundred Islands) : une à la main droite et deux à la jambe gauche, qui n'arrivent pas à cicatriser. Bien que je les soigne tous les jours, chaque fois, elles se remplissent de pue. Pourtant je sais qu'en 1 ou 2 jours en France, je les ferais disparaître (ce sera plus long). Je pensais que mes beaux-parents disposaient d'un minimum de pharmacie, mais ce n'est pas le cas. J'ai essayé d'acheter du mercure au chrome dans le store voisin (ma femme m'a affirmait qu'ils en avaient), on m'a vendu pour 5 pisos du Tincture Thermerosal. C'est aussi liquide que de l'eau, il n'y a pas de bec doseur, la couleur est légèrement orangée et de toute façon, ça n'a rien à voir avec du mercure au chrome, je leur en fait cadeau. Par contre, ils ont de l'Ethyl alcohol à 70% qui est sans doute plus efficace. C'est bizarre, leur alcool sent bon. Quoi qu'il en soit, un seul conseil, si vous allez aux Philippines un jour, apportez tous vos médicaments et surtout choisissez l'hôtel plutôt que de loger chez l'habitant. Je crois avoir compris ce qui est important pour un produit ici, c'est sont prix. Il doit être le plus bas possible, la qualité est très secondaire, c'est le cas pour la pharmacie comme pour le reste. Ça explique aussi pourquoi les couches pour bébés de la marque Pampers sont de qualités très inférieures à celles qu'on achète en France. Dans notre pays, ni Pampers, ni aucune autre marque de couches, ne vendrait un produit aussi mauvais, qui ne couvre même pas entièrement les fesses de bébé. Ici, pour des raisons de prix, les couches culottes ne couvrent que les parties les plus vitales et sont faites avec les matériaux les moins chers. Si vous avez de l'argent et que vous voulez de bons produits, une seule solution, les importer. Une chose qui m'a toujours étonné, c'est que presque tous les médicaments montrés par la publicité philippines, contiennent du paracétamol, comme si le fait de marquer en gros « paracétamol » assuré le succès du médicament.
Alors qu'en France, les délinquants arrêtés ont presque plus de droits que les victimes, ici les policiers philippins autorisent les victimes à frapper les délinquants quand ils sont menottés. Ainsi, j'ai vue le mari d'une victime, éclater le nez du violeur de sa femme. Une autre fois, toujours dans le poste de police, une femme donnait de violants coups de pieds à son agresseur allongé par terre. Tout ça est plutôt sympathique. Comme quoi, tout n'est pas mauvais aux Philippines. Une chose qui m'a étonné, c'est le fait que les présentateurs des chaînes de télé n'hésitent pas à montrer une marque publicitaire sur leurs tee-shirts. J'ai ainsi put voir des commentateurs avec les marques Addidas, Polo ou encore Lee en grosses lettres, couvrant la moitié du tee-shirt. J'espère pour eux qu'ils se font payer (je suis contre la publicité gratuite, j'invite d'ailleurs les marques que je viens de citer à m'envoyer gratuitement des cadeaux, vous n'aurez qu'à les envoyer à mon éditeur qui fera suivre). Dans la rubrique « j'ai testé pour vous » : les cacahuètes non grillées, idéal pour aller aux toilettes, j'ai testé plusieurs fois à à chaque fois ça marche, et en plus c'est moins dangereux qu'un laxatif. Ma femme me fait remarquer que mon tapis que mon tapis à mouches a engluer une nouvelle souris. Si je pouvais acheter d'autres tapis à mouches, je suis sûr que j'éliminerai toutes les souris de la maison (c'est un petit peu présomptueux de ma part de penser ça, d'autant plus que j'ai compris par la suite que le faux plafond doit grouiller de souris).
Depuis que je suis arrivé aux Philippines, j'ai dut perdre environ 10 kg, mais j'ai dû perdre aussi du muscle étant donné que je ne fais plus d'activité physique. Ma femme me demande si j'aime le canard. Comme il n'y a ni huile, ni four, je répond « ça dépend s'il est grillé ou bouilli ». Elle me propose en adóbo, c'est-à-dire découpé en petits morceaux et bouilli dans une grande marmite d'eau vinaigrée avec des herbes vertes (genre algues). Je dit que je le préfère grillé au barbecue. Je me demande d'où vient ce goût des philippins pour tout ce qui est bouilli, que je sache, les anglais n'ont jamais débarqué aux Philippines.
Une vieille tante vient nous voir avec une vilaine blessure au bras, c'est un coup de bolo (coupe-coupe). Ma femme me demande de la soigner mais je n'ai pas de mercure au chrome (c'est un produit qui donne une bonne cicatrisation à l'air libre et qui protège bien les plaies), alors je désinfecte à l'alcool et comme je n'ai pas de pansement assez grand, j'en utilise 2. Il faudrait surveiller sa blessure chaque jour mais j'ignore si je la reverrai demain. Note pour plus tard : il faudrait leur envoyer une trousse de 1er secours bien complète. Dommage qu'on n'en vende pas aux Philippines, j'ignorais quels étaient leurs besoins. Un français qui va dans un pays pauvre devrait, en plus d'une bonne trousse de secours, suivre des cours de médecine, ces gens nous prennent presque tous pour des docteurs, ce qui malheureusement n'est pas le cas.
Le petit commerce en face de chez nous (Nevado Store) reçoit pas mal de petits clients dans la journée, surtout des enfants de 2 à 14 ans qui achètent des bombons à l'unité. Je calcule que ce store fait un chiffre d'affaire de 100 à 150 pisos par jour. Si on tient compte qu'aujourd'hui 1$ = 51 pisos, qu'à Paris 1$ vaut à peu près 8 francs et que Nevado Store dégage 10% de marge bénéficiaire, le bénéfice net sur CA pour cette boutique doit être d'à peu près 3 francs français par jour. Sans commentaires.
Ce matin, ma femme a acheté 3 canards pour 250 pisos, soit un peu plus de 41 francs français les 3 canards. Je dis à ma femme que c'est cher pour des canards philippins, 3 canards philippins ne vaudront jamais 1 canard français (je plaisante). Pour me faire plaisir, ma belle mère a ramené une boite de Zesto, ce sont plusieurs petits sachets en aluminium, d'une boisson qui veut se faire passer pour du jus d'orange mais qui n'arrive pas à imiter le goût du Tang (Tang n'a pas été un succès en France, mais marche bien aux Philippines, cette boisson en poudre à laquelle on ajoute de l'eau, imite assez bien le goût du fruit). Je ne résiste pas à vous donner la composition de Zesto orange juice drink with vitamins A & C : water, rafined sugar, orange concentrate, citric acid, vitamin c, xanthar gum, beta carotene (pro-vitamin A), natural and nature identical flavors, sodium benzoate, potassium sorbate. J'ajouterai que sur 200 ml de boisson, il y a quand même 25 grammes de sucre. Le bêta carotène donne la couleur orange et la vitamine A, pour le reste, je ne suis pas expert.
Les canards n'étant pas cuit, on m'a donné deux petits morceaux de canard grillé. Il n'y en a que pour moi, je les mange, c'est bon. Ici, je crois être le seul à aimer la viande grillée. J'ai même eu droit à un dessert, une sorte de petit pain avec une pomme cuite à l'intérieur (le pain était assez bon), et pour finir, une mangue. Je crois qu'on veut me faire oublier l'envie d'aller au Mac Do. Ce que j'ai pris pour de la pomme cuite dans le petit pain et en fait du cochon, c'est ce que vient de me révéler ma belle-mère, c'est vrai qu'à l'intérieur, ça a l'air marron. Je préfère ne pas savoir quelle partie du cochon, ni comment ça a été cuit. Je n'aime pas trop la pomme cuite, mais savoir que c'était du cochon avec un goût de pomme cuite, ça me coupe l'appétit. Heureusement que j'ai fini de manger.
Sur GMA, en ce moment, il y a un jeu TV très idiot mais aussi très visuel, c'est-à-dire, avec des jeunes filles très sexy et très dévêtues. Elles donneraient envie de participer à n'importe quel homme normalement constitué. Je connais un produit philippin qui s'exporterait bien en France et à travers le monde : le bolo philippin sous ses deux formes : le double poignards façon commando, excellente arme de guerre, très vendeur avec le décapsuleur de bouteille de coca intégré à la base de la lame, et le bolo traditionnel philippin destiné à fendre en deux les noix de coco fraîches (búko) ou les crânes des otages (c'est au choix). Bref, le bolo philippin, sous ses deux formes actuelles, a un grand avenir devant lui dans les pays civilisés ou non (on a toujours besoin de fendre quelque chose). Je sais que je pourrai les avoir au marché entre 200 et 350 pisos selon les quantités et les modèles et les revendre facilement entre 200 et 350 francs en France ou aux Etats-Unis. C'est une idée à creuser. Dehors, le père d'Élisabeth prépare un canard pour le barbecue, il enroule le canard dans une grande feuille de bananier qu'il ficelle avec du fil de fer. J'espère qu'il a vidé le canard au préalable mais j'ai des doutes à ce sujet. J'ai filmé les enfants en train de jouer avec le canard qui cuit et le singe qui cherche à attraper les femmes. Ai je déjà précisé que seuls les mâles ont le droit de toucher le singe. En fait ce singe est une guenon et elle est très jalouse, elle ne supporte que les mâles (hommes ou garçons). Quand elle voit des femelles, la guenon leur saute dessus, surtout pour leur tirer les cheveux, ce qui fait que toutes les femmes et les filles passent le plus loin possible de la guenon. Moi, par contre, je peux la toucher, la caresser sans aucun problème. Je me demande si le comportement du singe serait opposé si c'était un mâle.
Je crois que ma belle-mère passe toutes ses journées à jouer aux cartes à la maison d'en face. C'est une occupation comme une autre et ici, il faut bien tuer le temps. Cela dit, le jeu de cartes entre philippins se joue avec de l'argent qu'on soit entre hommes ou entre femmes. Avec les combats de coqs et le billard américain, le jeu de cartes est un moyen pour gagner ou perdre facilement de l'argent.
Il est 3h00 pm (15h00) et c'est la minute de Jésus Christ sur ABS-CBN, « Jesus trust in you ». Ca dure environ 2 minutes et c'est chaque jour. Je trouve un peu déplacé pour une République d'afficher sa foi chrétienne à travers la télévision nationale, c'est oublier qu'il existe aussi des bouddhistes et des musulmans aux Philippines. Pour moi, la décence serait que la télévision ne prenne pas partie, ni pour une religion, ni pour une autre. Sinon, ce sont actuellement des feuilletons philippins ou américains du style « Les feux de l'amour » en plus pauvre, destinés exclusivement à une clientèle féminine qui veut rêver de ce qu'elle n'aura jamais. J'ai oublié de signaler un avantage important aux Philippines, c'est qu'ils ne paieront jamais de chauffage et non pas besoin d'acheter des pulls ou des vêtements chauds. De toute façon, personne ne serait assez idiot pour vendre des pulls ou des appareils de chauffage aux Philippines, ce serait comme vendre de la glace aux Esquimaux. Je mangerai bien 1 ou 2 tupics, mais il n'y en a pas, dommage. Helen, veut que je croque dans le petit pain surprise : un coup, c'est du porc, une autre fois, c'est une patate qu'on trouve à l'intérieur. Je mangerai bien le pain, mais je n'ai pas envie de goûter encore au porc qui a un goût de pomme cuite. Heureusement, il y a encore des bananes. Comme tous les jours, la TV diffuse des flashs concernant les Abu Sayyaf, souvent en direct de Basilan (dommage que ce soit en tagalog). Comme je leur ait dit que j'aimais les noix de coco quand elles sont bien sèches comme en France, ils m'ont trouvé de vieilles noix de coco et après avoir enlevé la gangue à coup de bolo, une vieille femme me l'a coupé en deux (toujours avec le bolo). Je lui ai demandé de goûter la noix de coco qu'elle venait de couper mais les autres philippins m'ont expliqué que c'était impossible, elle n'a plus de dent. Quelques philippins ont mangé des morceaux de noix de coco et ils ont apprécié mais je crois qu'ils préfèrent manger les noix de coco fraîches, quand elles sont encore vertes et que l'intérieur est mou (on mange l'intérieur d'un búko avec une cuillère).
18h30, TV Patrol sur ABS-CBN lance une enquête auprès de la population : « Pour vous, les militaires philippins sont-ils de mèche avec les Abu-Sayyaf ? ». C'est la question que pose ABS-CBN et c'est aussi la question que beaucoup de philippins se posent. Il est effectivement possible que les militaires philippins reçoivent de l'argent des preneurs d'otage en échange de leur protection, tout en faisant semblant de les pourchasser. Ça peut paraître étonnant, mais quand on connaît le salaire que touche les militaires et le montant des rançons versées au profit des Abu Sayyaf, on ne peut que se demander à quel point les militaires philippins sont corrompus par les Abu Sayyaf. Pour ma part, je ne suis pas convaincu que tous les militaires de Basilan soient corrompus, mais quand on voit l'armement militaire dont les Abu Sayyaf disposent et l'efficacité dont fait preuve les militaires philippins surentraînés, on doit bien reconnaître que la plupart des militaires philippins basés à Basilan, Zamboenga ou dans la province de Sulu sont en effet corrompus par les moros.
A table, il y a deux canards, l'un est brûlé mais assez bon, l'autre est bouilli et plutôt mauvais. Je ne les ait pas vu vivant, mais ils ne devaient pas être bien gros, je dirais 3 à 4 fois moins gros qu'un canard landais. Non seulement, ils ne les gavent pas, mais en plus, ils ne les nourrissent pas. J'ai vue le canard grillé, il était filiforme, en fait, il y avait très peu de chair sur les os. C'est marrant, il n'y a que quand je mange au fast-food que j'ai l'impression de manger suffisamment. De toute façon, je mange bien assez pour ce que je me dépense (je passe mon temps à faire la sieste). Par contre, on comprend comment certains philippins sont obèses à voir tout le riz qu'ils consomment. Par exemple, Élisabeth, sans être grosse, arrive à manger 4 à 5 kilos de riz par jour. Vue sa taille, ça me paraît beaucoup, alors que moi, 50 grammes de riz par jour me suffit amplement. Cela dit, si j'aimais le riz autant que j'aime le pain, j'en mangerai sûrement beaucoup plus. Je pense que ce soir encore, il n'y aura pas de Mac Do pour moi. J'en ai pris l'habitude, je pense que mon budget fast-food finira dans l'achat de bolos, ce qui reste un bon investissement, vue le prix des bolos. Comme toutes les nuits, on a droit au videoke du coin. Comme je l'avais dit au début, beaucoup de philippins ne dorment pas la nuit parce qu'ils peuvent dormir le jour, alors ils en profitent pour chanter la nuit. Ça tombe bien, puisque beaucoup d'auteurs comparent les philippins a des cigales et les chinois a des fourmis étant donné que le philippin moyen (pinoy) a tendance à faire la fête quand il a de l'argent et à dépenser tout ce qu'il a sans garder de réserves pour l'avenir. Seule exception : le philippin immigré qui travaille 6, voir 7 jours sur 7 et qui économise pour son retour aux Philippines. Bref, à cause de ces philippins cigales, je vais encore passer une mauvaise nuit. Il me restera encore 4 nuits comme ça, plus la nuit en avion et je pourrai enfin dormir dans un vrai lit sans aucun bruit pour troubler mon sommeil. Je suis descendu voir ce que faisait ma femme, elle regarde des dessins animés en tagalog. Quand je lui demande pourquoi elle ne regarde pas autre chose, elle me répond qu'il n'y a pas le choix et effectivement l'autre chaîne diffuse aussi un dessin animé en tagalog. L'explication est la suivante : nous sommes vendredi soir et demain il n'y a pas école, donc c'est la soirée des enfants sur toutes les TV philippines, merci pour les adultes. Je suppose que demain soir, ce sera pareil puisqu'il n'y a pas école dimanche. Mon beau père est allé boire avec les ouvriers dans la cabane en bambous et ma belle mère l'a rejoint pour ne pas rester seule. Ici, le sport national, c'est la consommation d'alcool, surtout le brandy ou le whisky, en second, ce sont les cigarettes américaines. Les pubs télé pour l'alcool et les cigarettes sont autorisées et les annonceurs ne s'en privent pas, mais le gouvernement passe souvent des spots télévisés mettant en garde contre les dangers de l'alcool, notamment le coma et la mort (ainsi le gouvernement récupère l'argent des annonceurs tout en informant le public). En tout cas ces mises en garde ne découragent pas mon beau-père. Souvent avant de se coucher, j'ai l'impression que le singe pleure, je pense qu'il n'est pas très heureux de son sort.
Samedi 25 Août 2001, 23ème jour, plus que 4 jours
« Mon
beau-père rentre en pleine nuit, bourré comme un cochon, pendant que moi, je
suis malade comme un chien»
La nuit a été particulièrement mouvementée, heureusement que mes nuits à Paris sont plus calmes. Hier soir, j'avais donc mangé du canard, l'un bien cuit, mais Helen avait insisté pour que je mange le foie du canard bouilli. C'était pas très bon. Puis, je me suis couché attendant que le sommeil vienne, ce qui n'était pas facile puisque le bar videoke du coin commençait à jouer de la musique pendant que des philippins s'essayaient à chanter en tagalog ou ilocano. Mon beau-père se saoulait tranquillement avec ses ouvriers dans la cabane en bambous, mais ensuite, les hommes ont eu l'idée d'aller au Banana's, le bar videoke du coin, pour voir les danseuses nues. J'ignorai qu'il y avait des danseuses nues dans ce petit bar minable. Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes quand à 1h00 du matin, j'ai été tiré de mon sommeil par un coup de téléphone. Avec la discussion qui s'en suivit entre ma belle mère et l'interlocuteur au téléphone, j'en ai déduis qu'il s'agissait de mon beau-père. Ils se sont engueulés au téléphone pendant 10 bonnes minutes. J'avais allumé la lumière de la chambre, je me sentais pas bien. J'ai vue un cafard courir le long du mur, j'ai attrapé la mallette de premiers secours et j'ai pas tapé assez fort, il est tombé et s'est enfuit. J'ai eu alors une envie irrésistible d'aller me soulager aux toilettes, alors je me suis précipité, suivie de ma femme qui voyait bien que j'avais du mal à tenir en équilibre. J'avais une bonne diarrhée et je n'ai eu aucun mal à faire le rapprochement avec le foie passez cuit que j'avais mangé la veille. De retour à la chambre, ma tête commença à tourner, je me suis allongé sur le lit et j'ai commencé à avoir de la fièvre. J'ai demandé à ma femme de me trouver l'aspirine et un verre d'eau, elle n'a trouvé que du paracétamol. J'en ai pris un, puis elle a trouvé l'aspirine, j'en ai pris aussi avec le reste d'eau. Mon corps était chaud, je suais de plus en plus et l'eau formée par la sueur commençait à courir le long de mon corps et à mouiller les draps. Et plus ça allait, plus mon corps refroidissait, j'étais glacé. Jamais, je n'avais été malade à ce point, le paracétamol et l'aspirine commençait à faire effet, je me sentais plus calme et je commençais à ressentir une chaleur et plein de petites vibrations dans mes bras et mes mains. Pendant 10 minutes, mes mains et mes bras vibraient, ma belle mère est venue me voir alors que je pouvais plus bouger et que mon corps était glacé. Je leur ait dit que ça irait sûrement mieux dans 2 heures, le temps que la fièvre tombe et la transpiration s'arrête. J'avais jamais transpiré autant, même ici. Je me suis mis en PLS (Position Latérale de Sécurité) au cas ou je vomirais. Mon cœur battait comme jamais avant, de gros battements sourds et rapides. Même à travers le drap, je n'avais aucun mal à entendre mon cœur. Il m'a fallu environ 2 heures pour que la transpiration cesse et que mon corps reprenne une température normale (ce phénomène physique permet sans doute de réguler la température avec l'intérieur du corps qui est anormalement chaud). Je me disais bien que c'était trop bête de mourir à 4 jours seulement de mon départ pour la France. Alors que je pouvais commencer à m'endormir, voilà-t'il pas que mon beau-père rentre à la maison. Cette fois l'engueulade a lieu à quelques mètres de notre chambre. Ma femme m'explique que son père a perdu beaucoup d'argent avec les filles du Banana's et que sa mère est furieuse. Je me suis dit : pourvu qu'ils ne sortent pas les bolos. Aux Philippines, beaucoup de scènes de ménage se terminent à coups de bolos. La scène de ménage s'éternise, il y a même des baffes. Il me semble que c'est ma belle-mère qui gifle mon beau-père. Helen descendra deux fois pour essayer de les calmer (sans succès). Je pense que si on supprimait l'alcool et les bolos aux Philippines, on diminuerait de moitié le nombre des morts. Au bout d'une heure trente de scène de ménage, l'un des deux s'en va (c'était ma belle-mère). Mais à 5h30, mon beau-père qui s'était endormi sur une chaise se réveille et se met à parler tout seul. J'ai jeté un coup d'œil furtif mais ni ma femme, ni moi, n'osons descendre tant qu'il est dans cet état. J'ignore s'il parle en ilocano ou en tagalog, je ne reconnais aucun mot. Parfois il parle fort, parfois doucement. Il fait comme les ivrognes qu'on voit dans le métro à Paris, il apostrophe des gens invisibles et crie des phrases comme « toutes des salopes » en tagalog. Je crois que ce n'est pas le moment de le déranger. Dommage, j'avais envie de faire pipi. Quand il est bourré comme ça, il vaut mieux ne pas se montrer. Ce manège dure 2 heures, jusqu'à ce qu'il décide d'apostropher les gens dans la rue en criant « ahoo, ahoo ». Il y a pas mal de petites ruelles, ça lui fait du boulot et moi, ça me permet de descendre pour aller aux WC. Avec ma femme, on décide de rester le plus longtemps possible au lit pour essayer de récupérer un peu de sommeil, mais je sais qu'aujourd'hui, je vais me permettre de longues et fréquentes siestes.
Ce matin à la TV « Ang Iglesia ni Cristo = l'Eglise du Christ » sur ABS-CBN, sujet : discours sur la bible en tagalog, super ! En fin de mâtiné, on est parti à pied au centre de Carmen pour prendre un jeepney pour Urdaneta où je compte acheter 3 nouveaux bolos, mais cette fois ci des bolos classiques et non des poignards militaires. Ainsi, j'aurais 3 bolos de chaque. En plus de ça, j'ai acheté un couteau philippin. Il s'agit d'un petit poignard qui se referme des deux côtés quand on ne l'utilise pas. En France, ce genre d'arme blanche vaudrait 20 fois plus. Pour le trajet Carmen – Rosales, on paye 6 pisos par personne (1 F), ce qui est plus économique qu'un tricycle. Ça permet aussi d'aller plus vite et de parcourir de plus longues distances qu'un tricycle, mais il ne faut pas avoir peur d'être entassé. Le principe est le suivant : le trajet n'est valable pour le chauffeur que s'il a réussi à caser le maximum de personnes. C'est seulement quand il n'espère plus pouvoir faire monter de passagers que le chauffeur démarre. Sur le chemin, le chauffeur peut s'arrêter pour faire monter ou descendre quelqu'un. De plus, en même temps que la conduite de son jeepney, il arrive à fumer, à prendre et à rendre la monnaie et vue le trafic, c'est quand même une prouesse. Heureusement, qu'il ne peut pas dépasser les 30 km/h. A Urdaneta, c'est Elisabeth qui nous guide à travers les échoppes. Dommage qu'elle a le sens d'orientation d'une huître (et le charme d'une moule), mais je l'aime bien. J'ai acheté mes 3 bolos et mon couteau philippin en négociant moi-même le prix (950 pisos pour le tout). Ma femme a acheté des jeans sexy. Même les vêtements de grandes marques comme les pantalons Calvin Klein sont plus jolis aux Philippines et je ne parle pas des sleepers Louis Vuitton que vous pouvez acheter dans les centres commerciaux d'Urdaneta et qui sont tout simplement introuvables à Paris. Il faut dire que les Philippines comme la Chine possède de très bonnes industries de textile et fabriques de chaussures car la main d'œuvre y est très bon marché et le savoir des philippins dans ce domaine assez conséquent (quand ils ne boivent pas, les philippins sont de véritables artistes, que ce soit dans la construction de maquettes, dans la sculpture sur bois ou bien d'autres domaines). Au supermarché, j'ai acheté des allumettes Commando, dont la publicité télé dit que même mouillées, elles s'enflamment (j'ai essayé, c'est vrai, à ma connaissance aucune allumette française ne permet de faire la même chose ; note : on n'est pas obligé de les mouiller avant de les utiliser). On les appelle les military safety matches, elles sont water-resistant. C'est très pratique dans des pays où il pleut souvent mais elles pourraient intéresser aussi les militaires, les campeurs, les randonneurs, les pécheurs, les chasseurs, etc. leur prix est très légèrement supérieur aux autres allumettes. Si vous voulez en importer en France, n'hésitez pas à contacter mon éditeur (démonstration gratuite). Par contre, je n'ai pas trouvé de tapis mouches, ni de bombe Crocodile insect killer. Je n'ai pas trouvé non plus mon CD de hits en tagalog. Ce matin, sur ABS-CBN Radio, j'avais écouté un super slow en tagalog « Pagdating ng panahon » de Aiza et j'aurais bien aimé acheter le CD avec d'autres titres de cette qualité (j'aurais mes CD avant de quitter les Philippines). On a voulu manger au Chow-King mais les plats qui nous plaisaient n'étaient servi que l'après-midi, on s'est donc rabattu sur un Jollibee mais il y avait trop d'attente et comme juste à côté, il y avait un Greenwich, on a commandé des pizzas. En fait le Greenwich pizza pasta se trouve à l'intérieur du Jollibee et les deux enseignes se partagent les mêmes tables. Bref, cette sortie était assez réussie, mais j'espère qu'avant de rentrer en France, je pourrai dépenser mes derniers pisos pour l'achat d'un ou de deux CD de chansons en tagalog.
Cet après-midi, on a décidé de préparer nos bagages en y plaçant tout ce qu'on veut emporter, c'est-à-dire tout ce qui a été acheté aux Philippines et en abandonnant tout (ou presque) ce qui vient de France. De toute façon, on a déjà demandé à ma femme si je pouvais donner mon pantalon kaki qui fait short (acheté à Auchan) à un cousin, mes lunettes de piscine à son père, etc. J'ai décidé qu'il fallait aller dans ce sens, ça leur fait plaisir d'avoir des affaires françaises et de toute façon, on ne peut pas tout emporter, on est déjà assez chargé et ma femme veut en plus ramener de la nourriture philippine (bien qu'il existe un Philippines Store près de La Muette à Paris). Le reste de l'après-midi, on l'a passé à regarder la télé sur ABS-CBN avec les élections de Miss Gay (des hommes déguisés en femme), puis des reportages sur un philippin qui s'est fait couper son organe sexuel par sa femme, une star philippine : Mystic, la princesse Diana et depuis 30 minutes la tragédie de l'incendie à l'hôtel MANOR, les photos des victimes, des vidéos de leurs proches, tout est montré. Le reportage dure déjà depuis plus d'une heure trente. Au moins, ils ont décidé d'aller au fond de la tragédie. Ce soir, je mange un peu de riz et la viande de porc qu'ils ont fait spécialement griller pour moi (il n'y a que moi qui en mange). C'est bien grillé, je sais que je n'aurai pas de problème alimentaire avec ça. Je pense que je vais passer une bonne nuit si les bestioles et le videoke du coin me laissent tranquille. A 3h00 du matin, je suis réveillé par un philippin qui chante plus faut et plus fort que les autres et comme je suis réveillé, la musique m'empêche de me rendormir, même avec les bouchons anti-bruit d'Air France dans les oreilles. Je suis sûr que le Banana's arrose le poste de police avec suffisamment de pisos pour qu'ils puissent monter la sono aussi fort. Il faut signaler que ce bar est largement ouvert vers l'extérieur, il n'y a donc pas d'insonorisation possible et le voisinage peut profiter pleinement de la musique. Et puisqu'il faut parler des sujets qui fâchent, j'ai encore vu hier à Urdaneta, des enfants de 2 à 6 ans abandonnés par leurs parents (je ne sais pour quelle raison) et vivant à moitié nu dans la rue. Je sais que les Etats-Unis et l'Europe apportent des aides financières au gouvernement philippin, sachez que cela ne change rien ici et que tous les philippins vous diront que quel que soit le Président au pouvoir, la corruption existe toujours et rien n'est fait pour le peuple philippin. Effectivement, les chiffres annoncés par le gouvernement philippin concernant le chômage et la misère sont archifaux. Il n'y a pas plus de revenu minimum qu'il n'y a 60% de gens qui travaillent dans ce pays. Le gouvernement philippin n'a jamais rien fait pour le peuple et je ne crois pas que les choses s'amélioreront demain. Pour ces enfants démunis, il faudrait des infrastructures non gouvernementales et essayer d'installer des procédures d'adoption ou de parrainage vers les pays riches. En ce qui concerne la police (PNP) beaucoup moins corrompue que le gouvernement, vous pouvez leur donnez de l'argent pour tel ou tel service. Notre chauffeur procède toujours ainsi pour faire garder le véhicule par un policier ou pour que celui-ci arrête la circulation afin de nous laisser passer. Suivant le service, comptez entre 50 à 100 pisos, simplement ayez du tact et soyez poli, les policiers philippins sont très mal payés et ils font un métier très dangereux (tout comme les agents de sécurité). On ne peut pas en dire autant des gouverneurs provinciaux et du gouvernement de Manila (ils sont très bien payés, leur métier n'est pas dangereux et ils demandent beaucoup plus de pisos).
Il est 4h30 du matin, ma femme et moi même n'arrivons pas à nous rendormir et comme mes beaux-parents ne dorment pas non plus, ils nous ont proposé d'aller à Dagupan City quand le soleil sera levé. 5H20 du matin, cette fois-ci tout le monde est réveillé : les bébés Jasmine et Siam, les beaux-parents, une tante qui est venue nous rendre visite ce matin et la dernière à se réveiller, Élisabeth. Mes beaux-parents et Jasmine ont déjà mangé un pain de sel (ça n'a pas vraiment le goût de pain) et des œufs blancs. Moi, j'ai bu mon faux jus d'orange. Au fait, on est Dimanche 26 Août.
Dimanche 26 Août 2001, 24ème jour, plus que 3 jours
«Pour 500 pisos,
on peut avoir des relations sexuelles avec une fille du Banana's»
Une seule chaîne qui fonctionne et c'est une émission chrétienne, heureusement qu'il y a ABS-CBN Radio, my only radio for life. On est allé voir une cousine. Elle et son mari repartent travailler et vivre au Canada aujourd'hui. 18 à 20 heures de vol puisqu'ils font escale à Hong Kong. C'est l'employeur canadien qui leur a payé les billets d'avion. Ici, on peut rendre visite à la famille ou à des amis à partir de 5h00 du matin (ne faites pas ça en France). Encore une fois, je me suis rasé à l'eau froide et sans miroir, mais dans quelques jours, je pourrais me laver à l'eau chaude dans une vrai salle de bain avec un savon et m'essuyer avec une serviette, le luxe quoi. Plus que 3 nuits et 4 jours. Toujours pas d'émissions sur ABS-CBN, alors que GMA montre un prêcheur catholique américain et RPN qui est à peine déchiffrable montre un prêcheur catholique philippin qui arrangue ses fidèles. Un moment, j'ai crut qu'il voulait nous vendre quelque chose. Heureusement qu'en France il y a eu séparation de l'Église et de l'État. Quand on est allé à Metro Manila, j'ai vue de superbes bâtiments dont certains ressemblaient à des sièges sociaux de grosses entreprises, c'était des églises catholiques ou les bureaux de l'Église catholique avec bien sûr de nombreux agents de sécurité armés pour garder les bâtiments. Une chose est sûre, l'Église catholique gagne beaucoup d'argent aux Philippines. Dommage que les pauvres philippins n'en profitent pas. Je dit ça, mais d'autres religions ou d'autres sectes ne font pas mieux et j'ai connu par le passé des pères et des moines catholiques complètement désintéressés, honnêtes et généreux. Il ne faut pas mettre tous les crabes dans le même panier. De toute façon, seuls ceux qui sont en haut du panier profitent de ceux qui sont en dessous. C'est aussi valable pour le capitalisme ou la politique. Rien de nouveau dans ce monde.
Tiens, le pécheur américain de GMA a un site internet www.intouch.org, il faudra que je le visite. Les sites internet philippins finissent généralement par .com ou .com.ph. Je suis un petit peu malade ce matin, je ne sais pas pourquoi. J'ai fait attention à ce que je mangeai et je buvais, peut être un peu de fatigue, je ne dors pas plus de 3 heures par nuit. Si les philippins sont habitués à dormir la lumière et la télé allumée, ce n'est pas mon cas, j'ai besoin de silence et d'obscurité. Je devrais donc attendre d'être à Paris, pour avoir des nuits complètes. Ma femme veut nous emmener tous à Dagupan, plus précisément à la plage de Dagupan. J'avoue que les plages philippines me laissent froid maintenant et que je me passerai bien d'une nouvelle excursion. D'un autre côté, je n'ai pas le choix, puisque tout le monde doit y aller et d'autre part, je pourrais peut être faire un peu de vidéo et des photos et puis ça me fera quelque chose à raconter. Donc, nous partons tous en jeepney, y compris mon beau-frère, sa femme et leurs deux filles, des ouvriers, etc. C'est ce qu'on appelle la famille au sens large. On passe Carmen où je constate que presque toutes les boutiques sont ouvertes, puis on passe Villasis qui apparemment a reçu un renfort de policiers puisque de 1 on est passé à 10. Je pense que ce sont des jeunes policiers qui sont là pour apprendre le métier, en plus j'ai aperçu leur car. Passé Urdaneta, la route devient franchement mauvaise et il commence à pleuvoir, ce qui fait que je vais devoir arrêter de filmer. Ici, le problème n°1, ce sont les ponts, aucun n'est entier, ce qui fait qu'il n'y a qu'une file de voiture qui peut passer sur le pont et quelquefois, ont attend longtemps avant que ce soit notre file qui avance. Ma femme me propose de faire la circulation sur le pont pour qu'on avance plus vite, mais je doute que les philippins suivent les directives d'un americano. Parfois, avant le pont, un panneau signale que celui-ci est très endommagé. Effectivement dans ces cas là, il y a de gros trous dans le pont à travers desquels on voit l'eau en dessous ainsi que les tiges d'acier qui étaient censées maintenir le béton. Quand un panneau signale « véhicules légers seulement et un seul véhicule à la fois », il faut passer sur des plaques de métal qui cachent les trous. En traversant une petite ville, notre chauffeur décide de s'y arrêter. J'essaie de savoir pourquoi, mais ma femme me répond « tu verras ». Je pense qu'ils veulent faire quelques courses au marché mais certaines échoppes contiennent beaucoup de souvenirs religieux. J'en profite d'ailleurs pour acheter deux tee-shirts à l'effigie de Notre Dame de Maraoag et Helen m'annonce qu'on va dans la plus grande église de la région, une merveille. J'avais pas tellement envie d'aller dans une église (même si c'est une merveille), mais je suis obligé de suivre le mouvement. En fin de compte, je dois assister à la messe et c'est assez épuisant. Cette grande église fait salle comble et faute de places assises suffisantes, nous sommes nombreux à rester debout et les ventilateurs pourtant nombreux ne suffisent pas à rafraîchir l'église, alors même qu'il pleut dehors. Le titre du speech est « Go out of the world to tell the good news ». En fait, ça fait déjà 2000 ans que Jésus Christ est venu sur terre et j'appelle pas ça une nouvelle fraîche. Moi non plus, je ne me sens pas très frais et j'ai peur de tomber dans les pommes, sans doute, la fatigue conjuguée à la chaleur et tout ce monde autour de nous. Avec tout le monde qu'il y a, la quête doit rapporter pas mal d'argent, sûrement plus que ce que gagnent Mc Donald's et Jollibee réunis. C'est sans doute pour cette raison, qu'il y a une vingtaine d'agents de sécurité armés comme au Mac Do, c'est-à-dire avec de gros calibres (sauf qu'il n'y en a jamais que 2 au Mac Do) et dans cette église, les agents de sécurité n'ont pas de trousse de secours). Vous connaissez la différence entre les policiers et les agents de sécurité philippins ? Les policiers ont des chemises bleu – gris et des pistolets classiques alors que les agents de sécurité ont des chemises blanches et des gros calibres genre Automag ou fusil à pompe. A l'église, cette sécurité est très impressionnante, pourtant on est loin des moros et autres Abu Sayyaf. Je pense donc qu'il s'agit bien de protéger l'argent de la quête. Pendant ces réflexions, je m'aperçois que mes oreilles sont bouchées, ce qui est assez désagréable, j'ai aussi du mal à parler, sans doute le manque d'air. Après la messe, je suis le mouvement quand on va brûler des cierges. Je m'aperçois qu'il y a bien 500 personnes qui font la queue pour entrer dans l'église (sans doute pour la messe suivante). Décidément, cette église rapporte autant que Lourdes. D'autant plus que tout autour de l'église, des camelots redoublent d'effort pour que vous leur achetez des livres de prières, des images saintes, des statues, des chapelets, bref, toute une bimbeloterie digne de Lourdes. D'ailleurs, une vendeuse de livres de prières va nous harceler pendant 800 mètres, jusqu'à notre jeepney ou il me faudra donner 20 pisos pour acheter son livre de prières et en être enfin débarrassé. Malheureusement, pendant le reste du trajet, soit environ 1 heure, je ne peux toujours pas parler et mes oreilles sont toujours bouchées. Sans doute Dieu qui me punit de toute ma médisance. Heureusement, descendu du Jeepney, je retrouve toutes mes facultés. Par contre, la plage ne mérite pas son nom, ce n'est pas du sable, mais de la terre, l'eau si elle est chaude, est de couleur marron à cause de la vase qui reste en suspension et pour couronner le tout, il pleut et cette pluie est froide. Comme j'ai pas le choix, je mange un peu (nouilles chinoises) et je me baigne. Évidemment mes lunettes de piscine ne me permette pas de voir le fond et en plus la vase contenue dans l'eau reste sur le corps quand on sort de l'eau, ce qui donne une jolie teinte grise. Je promet à ma femme de lui faire découvrir ce que j'appelle une vrai plage en lui montrant dés que possible, nos plages françaises. En voyant Neeke et Stephanie, les filles de mon beau frère, je me rend compte que je ne suis pas le seul à avoir des plaies qui ne guérissent pas (les miennes sont dues à des baignades contre les rochers et à des morsures de bestioles). Les plaies qu'ont les deux filles aux jambes sont assez moches, ça me rappelle que j'avais essayé d'en soigner une, apparemment sans résultat. Je ne suis pas un bon docteur. Bref, l'après-midi se passe sous la pluie et la plupart du temps dans l'eau à regarder les philippins qui me regardent. Quelque fois, je répond « Hi pilipino ! » quand ils me crient « Hi Jo ! » (surtout les garçons), mais ça n'a rien de méchant. On fait même griller des brochettes de porc et des sardines non vidées (que je ne goûte pas). Les brochettes de porc sont bonnes. Finalement cette journée n'aura pas été si mauvaise et en plus je rapporte deux tee-shirts en souvenirs. Le retour se passe de la même façon et si aucun des compteurs de la jeepney ne fonctionne, je suis quand même affirmatif pour dire que notre chauffeur ne dépasse pas le 20 km/h avec des pointes à 2 km/h quand il faut passer sur des ralentisseurs tous les 300 mètres. Il faut vraiment rouler au pas pour pouvoir passer par dessus (rien à voir avec nos dos d'âne français). Petite info importante, ici les filles se baignent en short et en tee-shirt et les garçons en short de bain et certains gardent leur tee-shirt. Le port du maillot de bain aux Philippines est interdit (sauf dans les endroits sauvages et les piscines privées). Sans doute un héritage de la pudeur américaine. Juste avant le repas du soir, un couple de philippins vient nous rendre visite. Comme ils souhaiteraient venir s'expatrier en France, on me demande quelles sont les conditions pour pouvoir entrer dans ce pays (et y travailler). Étant donné qu'ils ont peu de chance d'obtenir un visa de tourisme, je leur explique qu'il leur faut un contrat de travail d'un employeur français (c'est la même procédure pour les USA, le Canada ou Hong Kong) et à cette condition, ils peuvent obtenir un visa pour travailler, ou avoir beaucoup d'argent et pouvoir le justifier (ni la France, ni aucun pays ne refusent un visa aux personnes très riches). Pour les USA, il existe d'autres possibilités comme être un artiste, un scientifique, avoir une spécialité très recherchée dans le pays, etc. Ma belle mère évoque la possibilité de passer par une agence, le tarif actuel est de 400.000 pisos pour entrer en fraude en France (je me demande si la DGSE est au courant). Le piso doit être au alentour de 6,40 FF, mais ça peut fluctuer à cause de dollar. Si les services de renseignements français veulent plus d'informations qu'ils contactent leurs homologues philippins du NBI (National Bureau of Investigation) ou la PNP (Philippine National Police). Personnellement, je comprend ce désir d'immigration vers les pays riches mais l'exploitation faite par ces agences m'écœure un peu. Sur ces belles paroles et après avoir mangé des nouilles chinoises, je vais essayer de dormir. Ma femme m'a expliqué que pour 500 pisos (moins de 100 francs), on pouvait avoir des relations sexuelles avec une fille du Banana's. En bon journaliste, j'ai alors proposé de vérifier l'information, mais elle n'a pas compris ma démarche journalistique. Je pourrais demander à mon beau-père de me confirmer les tarifs mais comme il ne parle pas anglais.. Je n'ai plus qu'à essayer de dormir, j'ai pris la moitié d'un Donormyl et mes bouchons antibruits made in Air France.
Lundi 27 Août 2001, 25ème jour, plus que 2 jours
«Vive les Mc
Donald's philippins !»
Cette nuit, j'ai été réveillé à 4h30 par un coup de téléphone de mes parents. C'est la deuxième fois qu'ils me téléphonent en pleine nuit. La première fois, c'était dans mon premier sommeil, vers 22h00 du soir, tout le monde dormait. Cette fois ci, il nous restait au moins une heure de sommeil. Je leur ait encore expliqué qu'ils devaient ajouter six heures pour avoir notre heure locale mais mon père est persuadé qu'il faut enlever 8 heures. Bref, si de France, vous téléphoner aux Philippines, n'appeler surtout pas entre 14h00 et minuit. Ce matin, le franc français vaut 7.175 pisos philippins (source GMA), le cours du $US est toujours à 51 pisos. Cela dit, c'est le prix d'achat et non son prix de vente. Il y a toujours une commission sur les opérations de change, ensuite personne ne vous prendra des francs pour les échanger en pisos philippins, vous devez d'abord les changer en US $, donc vous payer deux commissions, ce qui ramène facilement le franc français à 6 pisos. Je viens de passer une bonne partie de la matinée à faire la sieste. Ma femme n'a pas très envie d'aller dehors, c'est vrai qu'il fait très chaud mais si on attend qu'il fasse nuit pour sortir, je n'aurai aucune chance d'acheter un CD de musique en tagalog, ni de filmer quoi que ce soit. Enfin, plus que deux jours à attendre, je pense que je vais devoir passer la journée à faire la sieste. Cela me fait penser que tout au long du trajet d'hier, j'ai vue de nombreux philippins dormir dans toutes sortes de positions même très inconfortables. Ainsi à une table de jardin, un philippin dormait assis sur une chaise, alors que celui qui lui faisait face, dormait les pieds sur la chaise, la tête sur la table et les fesses en l'air. Comme quoi, rien ne dérange un philippin quand il dort, ce qui est le passe-temps favori des philippins, juste avant l'alcool. A propos d'alcool, la bière de San Miguel vendu aussi sous la dénomination « Red Horse Beer » est en passe de détrôner le coca chez les philippins mâles. Ce sont des caisses entières de cette bière qu'ils amènent partout comme hier sur la plage. Cela dit, les sodas sont consommés par tout le monde, alors que la bière n'est consommée que par les hommes adultes. Pour l'instant San Miguel est seul sur le marché, mais j'encourage les négociants en bières alsaciennes et allemandes à venir sur le marché philippin, il y a un gros business en perspective. J'encourage également les supermarchés français à venir s'installer aux Philippines. A l'heure actuelle, il n'existe rien qui ressemble à un véritable supermarché, seulement des supérettes dans des centres commerciaux.
Alors qu'on va manger, au menu : poisson embroché et riz, je demande où sont les verres que ma femme a acheté. Elle me répond qu'ils sont partis. Comme je pense qu'ils ne sont pas partis tout seul, ça confirme ce que je savais déjà : les philippins ont tendance à se servir tout seul, mais on n'appelle pas ça voler, ce qui est à vous, est un peu à nous, c'est le principe ici. Helen a insisté pour que je mange beaucoup de poisson, j'ai dû céder mais j'avais pas très faim. Depuis que j'ai été malade, je me méfie de la nourriture et de l'eau, mais de toute façon la chaleur me coupe l'appétit. En ce qui concerne l'eau, j'ai appris que seule Metro Manial possède l'eau courante. Le reste des Philippines doit pomper l'eau des nappes phréatiques – bonjour les bactéries. Sur ABS-CBN Radio, my only radio 4 life, il y a environ 4 chansons françaises noyées parmi toutes les chansons anglo-saxones et quelques unes en tagalog. Ils viennent juste de passer « Di la li la li Di la li la la », je connais pas le titre exact, mais c'est une chanson dansante et cocorico, c'est français. Je suis content qu'on ait des chansons françaises classées dans leur hit parade. Ma belle-mère est malade, elle tousse comme moi quand je toussais. De toute façon, aux Philippines, si la malaria ou les accidents de la route ne vous tuent pas, c'est la pneumonie qui le fera. Ceci dit, il existe d'autres maladie dans ce pays comme par exemple la leucémie. D'ailleurs toutes les publicités pour les savons ou les produits nettoyant signalent qu'ils détruisent tous les germes et en plus vous protègent contre les germes à venir. C'est un argumentaire publicitaire qui n'a jamais été utilisé en France. Cet après-midi, on est allé à Urdaneta. Mais avant, il a fallu passer par un bureau de change, une de nos tantes est venue de Hong Kong avec un billet de 5000 yens (monnaie japonaise). Je ne sais pas comment elle a eu tout cet argent. J'ai voulu savoir combien elle avait obtenu de pisos en échange de ce gros billet. La réponse a été difficile à obtenir, on m'a dit 2000 pisos, mais j'ai de sérieux doutes. J'ignore le cours du yen japonais, mais il est sûrement bien plus élevé que le piso philippin. Il y a peut être des tabous concernant l'argent. Ensuite, on est allé à la fabrique de sel de mon beau-père, j'ignore pourquoi. J'y ai vu un garçon tout nu, la peau très bronzée, il était accompagné de sa mère. J'ai demandé à ma femme pourquoi il était tout nu. Elle m'a répondu « parce qu'il n'a pas de vêtement ». Logique philippine. Et pour justifier le tout, elle ajoute « il n'a pas de maison ». Je lui ait dit que je lui donnerait bien les tee-shirt blancs que je comptais laisser ici, ils sont de taille small. Elle me répond qu'ils sont trop grand pour lui. Je pense pour ma part qu'il vaut mieux avoir des vêtements trop grands que pas de vêtement du tout. Dommage que toute la smala soit là, je lui aurai bien donné mon tee-shirt avec quelques pisos. Le problème est que en dehors de la famille élargie, la misère des autres ne les touche pas. C'est malheureux à dire, mais des gosses pourraient crever dans la rue que ça ne les gênerait pas. Pourtant, je considère beaucoup de philippins comme des personnes très sympathiques, voire des amis. On a pris l'habitude de se saluer et d'échanger des mots. J'aimerai bien d'ailleurs pouvoir les aider à avoir une meilleure vie, mais je ne vois pas comment. Souvent, je demande à ma femme : je shoote ou pas ? (je prend l'image ?) que ce soit avec la caméra ou un appareil photo. Parfois, je m'abstiens comme avec les enfants nus dans les rues ou avec ce jeune garçon tout nu et tout maigre. Parfois, je me dis que j'aurai dû faire la photo car la misère atteint ici un stade inconnu en France et qu'il est bon de réveiller les consciences. Ma femme me répond toujours imperturbable « tu veux shooter, tu shootes », elle n'a pas d'état d'âme tout comme les autres philippins. Si des français veulent agir contre la misère aux Philippines, je ne conseille pas trop le don de nourriture, il n'y a déjà pas beaucoup d'économie locale, si en plus l'aide généreuse ne faisait qu'aggraver les choses, ce serait bien dommage. Ce dont ils ont le plus besoin ici, ce sont des emplois. Les philippins sont habiles, la main d'œuvre est bon marché, idéale pour l'industrie du textile, de la chaussure, des pneumatiques ou même du forage pétrolier (également comme marins). Avis aux investisseurs. Pour finir, on est allé à Urdaneta faire du shopping. J'ai acheté un sweat-shirt de l'armée philippine et deux CD de musique tagalog. Problème, ces CD sont peut être des copies en provenance de Hong Kong. Déjà, on trouve plus facilement des VCD que des CD et j'ai dû expliqué plusieurs fois ce que je cherchais (à chaque fois, le vendeur me proposait des VCD). Quand j'expliquais que je n'avais pas de lecteur de VCD, le marchand voulait m'en vendre un pas cher. C'est vrai que tout le monde (ou presque) a un lecteur de VCD et le vendeur ne comprenait pas que je n'en veuille pas. Les VCD de films vendus aux Philippines (et ceux des vidéos-clubs) sont en majorité des copies provenant de Hong Kong. Il y a un tel trafic qu'un nouveau film américain distribué dans les salles de cinéma de Hong Kong se retrouve une semaine après en VCD dans toutes les Philippines. Ça a été le cas pour Rush2 avec Jackie Chan et La Planète des Singes qu'on trouve déjà depuis plusieurs semaines en VCD chez n'importe quel commerçant de n'importe quel patelin pour environ 90 pisos. Bien souvent, c'est le projectionniste du film qui effectue la copie du film. Quelque fois, c'est quelqu'un dans la salle de cinéma qui filme en vidéo le film lors de sa projection, ce qui fait qu'au visionnage du VCD, vous n'avez qu'une partie de l'image et le bruit que font les spectateurs pendant la projection. Je ne vous parle pas de la qualité de l'image et du son. Bref, n'achetez pas de VCD aux Philippines, 9 fois sur 10, ce sont de mauvaises copies, de toutes façon, ça ne vaut pas les DVD. Donc, j'ignore actuellement si j'ai fait une bonne affaire en achetant mes 2 CD de musique tagalog pour 15 pisos le tout (j'ai négocié le prix moi-même). Une précision, à l'achat, rien ne permet de distinguer une copie d'un original, tout est reproduit à la perfection : jaquette, gravure du CD et ce n'est pas le vendeur qui vous dira s'il s'agit d'une copie. A Urdaneta, j'ai vu aussi pour le première fois un agent de sécurité équipé d'assaut, je commençais à me demander si ceux ci n'étaient utilisés qu'exclusivement dans le sud des Philippines, me voilà rassuré. Je viens encore une fois d'avoir la diarrhée alors que je n'ai rien mangé depuis midi et que je n'ai bu que du coca (le coca et le riz permettent normalement de combattre la diarrhée). Mais dans le verre de coca, il y avait des glaçons, sans doutes ceci provenaient d'une eau non potable. C'est toujours pareil, on ne prend jamais assez de protection. J'ai également mangé une glace pour 5 pisos, ça peut expliquer aussi mon problème actuel.
Ma femme a remplit une petite valise de poissons séchés, ça fait partie de la nourriture philippine qu'elle veut ramener en France. Je ne vois pas l'intérêt de tout ce poisson, j'ai déjà goûté, c'est horriblement salé et pas très bon, même à la limite du mangeable, surtout qu'à Paris, on peut avoir du poisson frais. Maintenant, un message personnel à l'intention de Mc Donald's International et à tous les touristes qui passent par Carmen Rosales dans la province de Pangasinan, région 1. Je viens de manger avec ma femme dans le Mac Do de Carmen, ce n'est pas la première fois, mais cette fois, j'ai décidé d'en parler - question nourriture, choix important : pâtes, frittes, riz, poulets, bœuf, poisson, etc. rien à dire, la qualité est là, vous pouvez manger sans craintes, c'est bon et c'est sain. Pour autant, je n'étais pas un partisan de Mc Donald's auparavant, mais le plus important, c'est le service : 20/20 de l'accueil à la sortie, c'est encore mieux qu'au restaurant. On vous porte le plateau si vous le souhaitez, bien sûr les clients ne desservent pas les plateaux et les toilettes sont propres mais question politesse et gentillesse : bravo. Je souhaitais remercier tout le personnel de ce Mac Do pour la rapidité du service, j'ai eu droit aussi à une avalanche de formules de politesse dans un américain parfait avec des conseils de plats et au moment de sortir, une hôtesse se précipite pour ouvrir la porte et vous souhaitez une bonne soirée en espérant vous revoir bientôt. Tout cela avec le sourire. On est bien loin des Mc Donald's français.
Mardi 28 août 2001, 26ème jour (plus qu'un jour)
«Pour l'huile, ils utilisent un jerrican tout rouillé d'environ 50 litres »
Dernier jour complet à passer ici, les valises sont bouclées, elles n'attendent que nous. Cette nuit, suite aux pleurs de Jasmine, je me suis levé et j'ai tué un cafard. Le dicton du jour sera donc « Cafard du jour, Bonjour ! ». Comme c'est ma dernière journée complète ici, je tiens à remercier la police nationale Philippine (PNP, prononcez pi n pi), tous les agents de sécurité sans exception, qui font un excellent travail et permettent de sécuriser la pays, et je remercie plus particulièrement ceux qui ont accepté que je les filme ou photographie. Je souhaiterai que, comme leurs homologues philippins, nos convoyeurs de fond français qui risquent leurs vies chaque jour, puissent disposer d'armes de poing, de fusils à pompe, voire de fusils d'assaut. Merci pour eux. Je ne suis pas non plus contre les agents de sécurité armés dans les lieux privés : centres commerciaux, métro, banques, etc. Je remercie la majorité des philippins qui m'ont réservé un bon accueil alors que je ne suis qu'un étranger capitaliste. Les conditions de vie étant ce qu'elles sont aux Philippines, je ne pense pas que je regretterai le pays. J'ai oublié de parler d'un passe-temps qui vient juste après le videoke (ce mot vient de video oke), il s'agit bien sûr du billard américain que l'on trouve dans les bars de tous les districts (barangays), petits ou grands. Un bar ici, se présente un peu comme un store, c'est plutôt réservé aux philippins, pas conseillé aux étrangers. Pour les blancs, je recommande les fast-foods, vous n'y aurez aucun problème et tout le confort souhaité. Un autre aspect dont j'ai peu parlé, il s'agit de la pollution, elle est présente partout, dans les moindres petites bourgades. C'est une pollution à l'essence (petrol) dû en particulier aux tricycles à moteur. Il n'y a bien sûr aucun réglage anti-pollution, et tous les cyclomoteurs dégagent énormément d'oxyde de carbone, et comme il n'y a pas de limitation de tricycle (comme par exemple pour les taxis de Paris), il y a surnombre de tricycles, ceux-ci tournent sans arrêt, prêt à se jeter sur le moindre client, vous harcèlent jusqu'à ce que vous acceptez de monter dans leur tricycle. En tout cas, vous n'aurez aucun problème pour trouver un moyen de déplacement, que ce soit en arrivant à l'aéroport ou dans n'importe quel endroit des Philippines. En tant qu'étranger, vous serez encore plus sollicité qu'un philippin moyen (pinoy). Ne soyez pas offusqué si vous trouvez des déchets ou des décharges partout, bien qu'il y ait des poubelles dans les villes, les philippins ont l'habitude de jeter leurs détritus n'importe où, que ce soit par la fenêtre de leurs véhicules, ou en marchant, ou près de leurs maisons. Tout comme il n'y a pas de SPA aux Philippines, la notion d'écologie n'existe pas encore ici. Dernière chose, depuis que j'ai quitté l'aéroport, je me suis toujours baladé sans aucun papiers d'identité sans jamais être inquiété. Les seuls contrôles que vous aurez seront les fouilles au corps ou des passages au détecteur de métaux pour voir si vous êtes armé. Durant notre séjour et hormis les armes blanches, ni moi, ni ceux qui m'accompagnent n'ont eu d'armes à feu. Seules les régions détenus par les moros (musulmans) nécessitent de posséder une arme à feu. Mais je ne vous conseille pas d'y aller. 7H00 du matin, ma femme mange une assiette pleine de riz ainsi que du poisson. Moi, je mange des tupics et un semblant de jus d'orange. Ces tupics ont été acheté et non offert car ils sont tout petits. Cette matinée, je la passe allongé sur le lit ou allongé sur le canapé à attendre que l'heure de manger arrive. Je compte faire cuire la dernière paella et ce soir, j'espère bien retourner au Mac Do pour essayer un autre menu. J'ai encore 300 pisos, de quoi faire encore 3 copieux repas au fast-food et rapporter encore un souvenir. Le problème, c'est que les valises et les sacs sont pleins. Quelqu'un est passé ce matin (sûrement un cousin) pour apporter plein de Give Aways (petits colis de dragées que l'on donne pour les baptêmes ou les mariages). Ma femme en a rempli un sac. Après les poissons, les dragées. Je sais qu'on a aussi emporté des boites de sauce philippine mais j'ignore ce que sais.
Comme il n'est que 10h00 du matin, je vais devoir patienter encore une heure avant de faire cuire la paella. Ce qui m'aura le plus marqué lors de mon séjour aux Philippines, c'est l'ennui, n'avoir rien à faire, passer de longues, très longues journées à attendre que le soir arrive, pour passer une longue nuit et se dire, c'est toujours une journée en moins. Si j'avais été libre de mes mouvements et si j'avais choisi l'endroit des Philippines où je souhaitais séjourner, tout aurait été bien différent, j'en suis sûr. Metro Manila ou Cebu regorgent d'endroits à visiter, de choses à découvrir alors qu'ici à Carmen Rosales, c'est « le trou du cul du monde », on est sans cesse abordé et en dehors du Mac Do du coin, il n'y a pas grand chose à voir. Bref, c'était vraiment pas un endroit pour touristes. La prochaine fois, je ferai un guide touristique, c'est bien plus amusant.
J'ai préparé la paella, ce qui n'est pas facile quand on ne dispose pas de cuisine ni des ustensiles adéquats. Pour l'huile, ils utilisent un jerrican tout rouillé d'environ 50 litres. Ni la contenance, ni le type d'huile n'est indiquée. Seules informations : « Oil » et « Baguío », il y a quand même un dessin représentant des voitures circulant sur une route. Tout laisse à croire que c'est de l'huile pour voiture, mais ici les philippins m'affirment qu'on peut l'utiliser pour la cuisine, bien que personne ne peut me dire quel type d'huile c'est, ni même me donner la contenance exacte du baril. Je ne sais pas si c'est l'huile, mais la paella n'est pas très bonne. Quant aux autres, ils mangent des algues vertes, des coques trempées dans de la sauce et de la viande de bœuf bien grasse coupées en morceaux et flottant dans de l'eau pas claire. De toute façon, il faut être philippin pour aimer la cuisine philippine. Pour résumer, un seul conseil : à éviter. Seuls les fast-food vous garantissent aux Philippines une nourriture bonne et saine. Et heureusement, vous en trouverez partout. Pour 75 millions d'habitants d'une moyenne d'âge de 20 ans, vous avez environ 1 fast-food pour 1000 habitants, c'est au moins 100 fois plus de fast-food qu'en France. C'est bien simple, les Philippines, c'est le pays du fast-food. Avec la cuisine française, chinoise ou italienne, le fast-food n'a aucune chance de s'imposer comme aux Philippines.
Chose curieuse, ma femme avait acheté 12 verres de table, hier il n'y en avait plus que 6 mais aujourd'hui on n'en trouve que 3. C'est bizarre comme les choses disparaissent ici. Au fait, on n'a jamais retrouvé les bijoux de ma femme, je crois qu'il y en avait pour 4.000 FF. Pour ma part, je n'ai rien perdu et c'est volontiers que je leur laisserait quelques affaires made in France. Dernière info, je pense que l'huile n'est pas tout à fait comestible mais j'ai l'habitude d'avoir la diarrhée maintenant. Quand je dis qu'ils prennent tout et n'importe quoi, quelqu'un a pris toutes les pailles à utiliser avec les boissons Zesto, je n'ai plus qu'à réutiliser la paille qui me reste quand je voudrais boire ce semblant de jus d'orange.
Cet après-midi, je me suis fait une indigestion de TV : jeux télévisés idiots, séries nunuches, tout ça jusqu'à « TV Patrol » à 15h40. Là avec cette émission qui commence par les plus grandes villes de la région, on a des informations intéressantes : exemple 297 cas de malaria (dengue en tagalog) et 5 décès pour le mois d'Août pour la ville de Baguio City (je ne devrais pas utiliser le terme ville puisqu'une « city » est beaucoup plus importante qu'une « town »). De toute façon, très peu de philippins se protègent contre les moustiques (ang lamók en tagalog). Un autre reportage parle de la pêche à la dynamite qui est tout à fait illégale. J'ai appris que notre amie Elisabeth était aussi sage-femme, elle nous a pris la tension à chacun. Pour trouver mes battements de cœur (afin de prendre ma tension) elles se sont mises à deux et on cherché partout, c'était amusant. Ma femme s'est fait faire les ongles des pieds et des mains par une jeune femme qu'on voit souvent laver du linge à notre pompe d'eau. J'attend l'heure d'aller au Mac Do, seul moment intéressant de la journée. Au fait, ils ont tué un mouton qu'ils vont sûrement cuire dans de l'eau vinaigré comme ils font pour toutes les viandes. A midi, ma belle mère m'a demandé si j'aimais le mouton, je lui ai répondu que j'aimais toutes les viandes. Comment lui dire que c'est leur façon de la cuisiner que j'aime pas. Ma femme le sait et de temps en temps, elle me fait griller de la viande. Mais les philippins, eux, préfèrent la viande bouillie dans l'eau vinaigrée. Chacun ses goûts. Nous sommes allé au Mac Do avant qu'il ne fasse nuit, mais sous la pluie. De toute façon, j'étais assez content de sortir et de marcher, même sous la pluie. Comme c'est la dernière fois que je mangerai dans ce fast-food, j'en ai pris pour 112 pisos, soit environ 17 francs. Il fait bon se faire plaisir de temps en temps, surtout qu'on part demain matin et je ne sais pas si je pourrais manger avant de prendre l'avion. Neeke et Stephanie sont venues manger à la maison. J'ai remarqué que leurs pieds portent beaucoup de traces d'anciennes piqûres de moustiques. Pour ma part, j'ai été piqué au moins une dizaine de fois sur chaque pied. J'avoue que je ne m'explique pas l'attirance qu'ont les moustiques pour nos pieds. C'est notre dernière nuit ici, et bien que nous devons n'être qu'à 22h20 à l'aéroport de Metro Manila, ils ont décidé (je ne sais pas pour quelle raison) qu'on devait partir à 4h00 du matin. Même s'il fallait 5 heures pour faire 300 km, ça n'explique pas pourquoi il faut se lever si tôt. Comme j'ai mangé, autant en profiter pour dormir tant que le Banana's ne joue pas de musique.
Mercredi 29 août 2001, jour J : « Le sens de l'organisation des Philippins »
Lever : un peu après 4h00 du matin, on m'a tout juste expliqué qu'avant l'aéroport, on devait voir la sœur de Léa (une amie philippine) à Metro Manila. Je termine les préparatifs et je laisse pratiquement tous mes vêtements français, ainsi que mon dernier opinel, mes lampes de poche et autres babioles. Comme d'habitude presque toute la smala embarque avec nous, y compris des tantes que je ne connais pas. Pour le coup, nous avons loué un van, le même que celui qui nous a amené à Carmen – Rosales le jour de mon arrivée. Bien sûr, c'est ma femme qui paye tout ça et n'ayant plus d'argent, elle a dû emprunté à sa mère qu'elle devra rembourser une fois arrivée à Paris. Ils ont loué le van pour toute la journée. Le trajet se passe bien, on ne met que 4h00 pour arriver à la capitale des Philippines et seulement une 1h30 pour nous rendre à l'adresse de la sœur de Léa. Celle-ci est dentiste mais son cabinet dentaire ressemble à une échoppe, on peut y acheter du dentifrice, des brosses à dents, il y a quand même un fauteuil dentaire, même s'il n'est plus tout seul. Heureusement qu'il y a 3 beaux diplômes accrochés au mur qui témoignent de sa compétence. Les diplômes philippins sont plus beaux que les diplômes français, mais ils sont payant. Pendant qu'ils discutent, moi j'attend comme d'habitude, puis elle nous apporte des pantalons achetés à Manila (en français Manille), c'est ma femme qui paye (comme d'habitude). Aux Philippines, plus on paye, plus on a un statut social élevé (moi j'appelle ça un pigeon, chacun ses opinions). Enfin, on se décide à bouger un peu, cette fois ci pour aller dans une sorte de pâtisserie (gardée comme d'habitude par un vigile armé) et on achète des boites de gâteaux philippins, puis on monte à l'étage qui abrite un fast-food chinois. La nourriture chinoise est presque aussi bonne qu'en France, mais la matière première comme la viande est de moins bonne qualité et ça se ressent. Une fois repris la route je demande où on va, et on me répond qu'il est trop tôt pour aller à l'aéroport. C'est sûr, les calculs sont vites fait, il nous reste encore 12 heures avant d'embarquer, bref on visite Metro Manila dans un van surchauffé en respirant un air pollué. Je commence à me sentir mal, et bien sûr je commence à râler. Après nous avoir promener comme ça pendant 3 heures, on se gare dans ce qu'ils appellent un parc et qui se révèle être un parking payant avec des arbres pour nous faire de l'ombre. Par contre il n'y a ni banc, ni chaise. Une fois descendu du van , je respire un peu, l'air est moins pollué ici et la température est plus supportable. Je crois que la climatisation du van ne devait pas être très efficace. Maintenant je demande ce qu'on fait. Réponse, on attend et on mange. Ils ont apporté de la nourriture philippine avec eux, mais comme j'ai déjà eu un repas quelques heures avant, je n'ai pas besoin de goûter à leurs cochonneries. Donc, je m'assoie sur le trottoir et je fais la gueule. Les philippins en profitent pour faire le tour du parking ou manger ou dormir. Moi, je ne bouge pas et je ne parle même plus à ma femme. Je sens que cette journée va être longue, il n'est même pas midi et on embarque ce soir à 22h20. C'était bien la peine de nous faire lever à 4h00 du matin. Ma femme me dit que c'est pas elle qui a décidé et que sa mère reconnaît que c'était une erreur, mais qu'ils ont préféré partir en avance par prudence. Ça, pour être prudent, ils sont prudent. C'est typiquement le sens de l'organisation des Philippins, ces gens là ignorent les points cardinaux (le Sud, le Nord, l'Est et l'Ouest), ils confondent la gauche de la droite et bien sûr ils ne possèdent pas de cartes routières (et ça ne les gène pas). Alors, partir à n'importe quelle heure et attendre des heures pour rien, ça ne devrait plus me surprendre. Et pourtant, cette fois-ci ça me met en colère. D'ailleurs, j'ai mis mes lunettes de soleil pour ne plus les voir et quand ma femme insiste pour que je lui parle, je commence à la fuir, puis je la traite de tous les noms d'oiseaux que je connais en tagalog (j'ai bien fait de les apprendre ceux-là). Étant donné qu'on était pas seul, ça jette un froid chez tous les philippins présents. Ils ont dû être étonné que je connaisse autant de mots en tagalog. Sur le coup, je suis même fier de moi. Ma belle mère tire une de ses tronches, elle doit être choquée. Finalement, j'explique à ma femme tout ce que j'ai sur le cœur depuis le premier jour de mon arrivée aux Philippines. Je lui explique que je ne comprend pas son comportement ici si différent de celui qu'elle a en France. Là bas, nous décidons tous ensemble, ici aux Philippines, on ne m'a jamais écouté, on ne m'a jamais laissé le choix, ils ont toujours tout décidé pour moi, et cette fois-ci j'en ai ras le bol. Ma femme m'explique qu'elle aussi elle ne décide rien, ici ce sont les anciens qui décident de tout et qu'elle ne fait que suivre les directives de ses parents. J'ai du mal à imaginer comment réagirait des adultes en France, s'ils devaient faire tout ce que leur parents leurs demandent sans avoir de libre arbitre. Pourtant ma femme si libérale, si occidentale, n'a pas l'air choqué par le fait que ce sont ses parents qui décident pour nous, de ce qu'on doit faire, où on doit aller, avec qui, etc. Cette fois je comprend que seul un philippin peut accepter cette mentalité, cette façon d'agir, moi, c'est au dessus de mes forces et je décide d'aller me coucher dans le van pour attendre le moment où on quittera ce parking. On bout d'un certain temps, j'accepte de boire et de marcher avec ma femme. Ça me fait du bien, et au bout de plusieurs heures, j'arrive à les décider de se rendre à l'aéroport même si on de nombreuses heures d'avance. Une fois à l'aéroport, on se dirige vers un parking, je demande pourquoi, eux-même ne le savent pas. Au bout de 5 minutes, on quitte le parking de l'aéroport, mais malgré les tentatives de notre chauffeur, on doit quand même payer une heure entière. Cette fois-ci, ils savent où on doit se rendre, il s'agit du quai d'embarquement ou une foule de philippins se pressent devant le grand bâtiment. Là, on doit se dire au revoir, car chose curieuse, ne rentre dans le bâtiment que ceux qui ont un passeport avec visa et billets d'embarquement. J'ai l'impression que ça leur fait quelque chose de devoir nous laisser (surtout ma femme et notre fille). A l'intérieur de l'aéroport, pas beaucoup de monde, les policiers font bien leur travail. Il faut savoir qu'en France, n'importe qui peut entrer dans un aéroport, même si vous n'avez pas de passeport ou de carte d'identité. Ici, les autorités tiennent absolument à éviter la fuite des philippins vers les pays riches. Je les comprend. Nous devons passer un premier passage sécurisé avec fouille au corps, moi par un homme, ma femme par une femme, passage aux rayons X pour nous et vous bagages, et ouverture de nos 2 grosses valises mais ça ne va pas plus loin. Ensuite on est libre de se balader dans le hall de l'aéroport et d'attendre que le guichet d'Air France ouvre. Heureusement je rencontre un retraité français qui tout heureux de rencontrer un autre français, décide de ma raconter sa vie et son expérience des philippins. J'aurais beaucoup de choses à raconter sur ce personnage sympathique qui une fois par an laisse sa femme pour partir seul aux Philippines, histoire de s'évader de son quotidien, mais ce serait trop long et puis, c'est sa vie privée. Quoiqu'il en soit je le remercie pour sa gentillesse et pour m'avoir aidé à passer le temps dans cet aéroport, grâce à lui, j'ai passé des heures très enrichissantes et je l'encourage fortement à écrire son autobiographie, sa vie et assez passionnante, surtout sur tous ses voyages qu'il a fait aux Philippines. A côté de lui, je suis un enfant de cœur, un jeune qui débute dans l'aventure. Il aurait beaucoup à nous apprendre à tous. On assiste au déballage du matériel du guichet d'Air France, l'organisation est assez intéressante, mais il faut pas s'étonner ce ne sont pas des français, mais des philippins. Avant d'aller plus loin, passage obligatoire des bagages de soute sur de vieilles balances et enfin on peut monter nos tickets (plane tickets) au guichet et j'apprend à ce moment là que nous avons 3 questionnaires à remplir, les mêmes qu'à mon arrivé. L'autre français avait été prévenu, lui. On a un premier passage de contrôle de la police philippine, puis un deuxième passage plus sévère où on nous demande de payer 550 pisos (prononcez pesso) par personne ou l'équivalent en dollars. Ma femme commence à avoir peur, elle fouille dans son portefeuille, je fouille dans le mien, mais comme elle a donné tous les gros billets à sa mère et que je n'ai que quelques pisos, nous sommes comme qui dirait dans une impasse. On demande à l'agent ce qu'on peut faire, mais lui, sans argent on ne passe pas, et ça nous fait deuil de refaire le chemin inverse pour trouver une banque. Et puis notre famille philippine a dû déjà partir. Une idée me vient à l'esprit, j'ai des billets français dans un autre porte-monnaie et je demande au policier s'il accepterait de l'argent français. Tout de suite, son visage s'éclaire, « oui, bien sûr, je peux acheter l'argent français, ça vous fera 200 francs ». Je suis trop content pour calculer si je perd au change, j'ai failli être bloqué aux Philippines et voilà que je viens de passer une nouvelle étape qui me rapproche de la salle d'embarquement. Le prochain contrôle s'avère tout aussi désespérant mais pour d'autres raisons, on me demande de mieux remplir mes 3 formulaires, ma femme elle-même ne les comprend pas (pourtant c'est de l'anglais). Finalement je m'explique avec la jeune femme qui nous contrôle et je termine ces documents qui me permettent de parvenir à un autre contrôle où je laisse ma femme se débrouiller toute seule, je commence à en avoir marre de tous ses contrôles. En France, on nous contrôle qu'une fois. Un peu plus loin, un jeune américain accompagné de sa femme et de sa jeune fille fait un esclandre, les policiers philippins s'approchent de lui. A sa place, je préférai me taire, je me méfie de leurs réactions, les prisons philippines ne sont pas très accueillantes et on peut y rester longtemps. Ma femme revient me voir en me demandant si je lui ai bien donné tous les papiers, il manque 2 coupons, je lui assure que j'ai tout donné, et que c'est elle qui a tous les papiers, je lui demande qu'elle explique qu'on a passé tous les contrôles et que ce sont tous les papiers qui nous restent. Je n'ai pas l'intention de rester coincé aux Philippines. Elle revient me voir, elle me dit qu'elle ne sait plus quoi faire, qu'on a dû perdre les coupons ou que les précédents contrôles les ont gardé. Je décide d'aller m'expliquer avec cet agent afin qu'elle aille s'expliquer avec les autres contrôleurs. C'est encore une femme, elle m'écoute, regarde tous nos documents qu'elle a entre ses mains et me dit que c'est bon, qu'on peut y aller. Je refuse de chercher à comprendre, ma femme pense que c'est un miracle. Peut être avait-elle m'a vue, quoi qu'il en soit, on peut laisser nos bagages de soutes à Air France qui les passe quand même aux rayons X, nous aussi. Apparemment mes armes blanches ne posent aucun problème, on n'a plus qu'à se rendre à la salle d'embarquement, où on peut enfin se détendre. Il y a des journaux et quand ma fille m'en laisse le temps, je prend connaissance des derniers potins du « The Philippine Star ». Le passage qui m'intéresse le plus, c'est quand Mujib Susukan (le u se prononce ou), leader des Abu Sayyaf, se plaint qu'il a été infecté par le virus du Sida (the HIV virus which causes acquired immune defiency syndrome : AIDS) par l'un des 21 otages étrangers que son gang a kidnappé à Sipadan island off Sabah le 23 avril de l'année dernière. Il y avait 3 allemands, 2 français, 2 sud-africains, 2 philippins, une femme libanaise, 9 malaysiens et 2 finlandais. Mais le journal n'indique pas lequel de ces otages a transmis le virus, ni comment. En attendant, j'espère que cette information du Philippine Star du mercredi 29 août 2001 fera chaud au cœur de mes compatriotes français (il faut qu'il y ait une justice dans ce monde, même si elle doit être divine). Finalement, je retrouve mon français qui était allé dîner au restaurant et qui nous avait cherché pour nous inviter alors que nous franchissions péniblement tous ces contrôles. J'en profite pour discuter à nouveau avec lui, au grand dam de ma femme qui doit s'occuper seule de notre fille.
Air France, nous apprends que le vol est retardé, l'avion n'étant pas préparé. Je me dis, j'ai l'habitude, du moment qu'on part cette nuit, ça me va. L'embarquement se passe sans problème, le décollage est très court, la poussée des réacteurs est énorme, mais j'aurai préféré monter dans le gros avion d'à côté qui appartient à Japan Air Line. J'ai jamais vu un avion aussi gros. Une fois en vol, l'équipage procède à la désinfection de l'appareil : par mesure sanitaire, les hôtesses et les stewards passent avec une bombe insecticide genre bombe fumigène afin de ne pas ramener nos moustiques en France. Ceci terminé, je m'aperçois que ma télévision individuelle ne fonctionne pas, on me dit qu'on va la reseter. Deux fois on me dira ça, la troisième fois on m'expliquera qu'on leur a livré des groupes électriques défectueux et qu'on ne peut rien y faire. Ainsi je n'aurai ni télévision, ni lumière individuelle pendant tout le vol. Ma femme est dans le même cas bien sûr. Je demande à une hôtesse si on ne peut pas changer de place, mais elle m'affirme que même en classe affaire, les passagers n'ont pas d'électricité. Ça me rassure, ils n'ont pas plus de confort que nous, il était donc inutile de payer plus cher. Cela dit, tous les passagers ne sont pas dans notre cas et beaucoup disposent de l'électricité et de la télévision. Comme, il est près de 23h00, l'équipage décide d'éteindre la lumière de l'appareil jusqu'à demain matin, je ne pourrais ni lire, ni regarder la télé et nous sommes plongé dans le noir, cool. Il ne me reste plus qu'à dormir ou du moins à essayer. 8 heures, après, on est toujours dans le noir, le steward m'affirme qu'il rallumera la lumière générale dans 3 heures au moment du petit déjeuner, mais qu'il fera jour par les hublots dans une heure. Malheureusement, je ne suis pas un imbécile, je sais qu'on vole en direction de la nuit. On est parti de Metro Manila en pleine nuit et on arrivera à Paris avant le lever du soleil. On n'aura pas plus de jour au dessus de la Russie, qu'au dessus de l'Allemagne ou de la Belgique. En effet, 2 heures après aucune lumière ne provient des hublots, seules les lumières des villes plongées dans la nuit. Ou ce steward est bête ou il me prend pour un abruti. Dommage qu'Air France n'ai pas les moyens de changer les groupes électriques défectueux. Enfin, l'important, c'est d'arriver en vie à Paris et cette compagnie est une des plus sûre qu'il existe. Finalement, arrive l'heure du petit déjeuner avec la lumière générale. Hier soir, on avait put choisir notre menu (contrairement à l'aller), ma femme avait pris le repas philippin, moi le repas français et c'était très bon. Ce matin, il s'agit d'un petit déjeuner accompagné d'un vrai dîner, bref, il y a énormément à manger, et c'est bon. C'est une bonne chose qu'Air France ait les moyens de nous offrir de bons repas, je pense que les groupes électriques doivent coûter trop cher pour que la compagnie les change. Si la direction d'Air France veut vérifier, mon vol retour était le AF193 classe H du 29 août à 22h20 départ de Manila N Aquino en direction de Paris Roissy Charles de Gaulle. A part ça, rien d'autre à dire sur Air France, sinon que les hôtesses sont serviables et que l'atterrissage a été très court, à croire que les pilotes s'entraînent à utiliser le moins de piste possible.
Jeudi 30 août 2001, 1èr jour en France : « Il va falloir s'habituer à la France »
Arrivé à l'Aéroport de Roissy Charles de Gaulle à 6h20 du matin heure de Paris. Seule formalité : montrer nos passeports et retirer nos valises de soute. Le plus long sera d'attendre nos 2 valises, sinon pas de fouille, ni de taxe à payer, ni de formalités à remplir. Bref, on passe comme une lettre à la Poste. On avais un peu peur pour les bolos et les poignards. Si ça se trouve j'aurais pu ramener aussi des armes à feu, mais comme je n'en aurais pas eu l'usage (déjà que je suis contre les fusils de chasse). Les taxis attendent leurs clients devant l'aéroport, ça tombe bien. Le taxi que nous prenons est une splendide Wolswagen toute neuve, rien à voir avec les veilles voitures des Philippines, la route non plus n'a rien à voir, ici c'est du billard, la voiture glisse que c'en est un régal. Le paysage aussi est superbe, l'herbe est verte, de grands espaces dégagés, pas de bidonvilles non plus, l'air est pur, rien à voir avec les Philippines. Notre chauffeur est asiatique, sans doute chinois et j'ai l'impression qu'il nous prend pour des touristes car il rallonge en nous faisant passer par les quais. Comme il est indiqué que le taxi n'accepte pas les chèques, j'espère simplement qu'il ne rallongera pas trop sa course (je n'ai pas beaucoup de monnaie sur moi). Dans la voiture, on parle peu, on n'a pas grand chose à dire sinon contempler la France. Les bâtiments son beaux et grands, ici c'est le luxe, un peu comme l'Amérique, on voit bien qu'on est dans un pays riche. Le chauffeur nous dépose en bas de La Défense 2, près de l'ascenseur du tour. Je n'ai jamais emprunté cet ascenseur mais je crois reconnaître les lieux, ça devrait aller, on a quand même 2 gros bagages et 5 bagages à mains plus la poussette avec notre fille. Une fois la haut, on arrive quand même à pousser le tout jusqu'à notre tour, on a enfin gagné le droit de se laver et de se reposer, le déballage des affaires sera pour plus tard. Pourtant, on ne peut résister à l'envie de récupérer quelques trucs. Après avoir rassuré mes parents, je me rase et je prend une douche, une douche chaude, ça me fait un effet bizarre, voir mon visage quand je me rase, c'est assez pratique, et en plus avec de l'eau chaude. Bref on redécouvre petit à petit tous les plaisirs de la vie moderne. J'apprécie notamment beaucoup les toilettes. Je soigne aussi mes plaies avec du mercure au chrome. En fait, j'ai une dizaine de plaies sur les jambes qui n'ont jamais cicatrisé (je soigne aussi celle de Siam sur le visage). Sinon, personne n'a faim (à l'exception de notre fille). Ma femme se repose, moi je décide d'aller porter quelques unes des pellicules en demandant des supports CD en doubles. Je compte négocier les photos que j'ai prises aux Philippines. Je raconte un peu mon histoire, mais depuis l'arrivé en avion, je n'ai pratiquement plus de voix. J'achète à la pharmacie en bas de ma tour des vitamines C1000 et des pastilles pour la gorge, ça devrait m'aider à me rétablir. J'achète aussi les programmes de télé de cette semaine et de la semaine prochaine ainsi qu'une baguette de pain et un peu de nourriture, au cas où on aurait faim. Je me connecte sur Internet pour récupérer mes mails dans mes 5 boites à lettres (une est privée, toutes les autres ont des rapports avec des sites que je gère). Une des boites à lettres se rapporte à un portail thématique, j'ai plus de 300 messages, il était temps que je les transfère sur mon ordinateur. J'élimine en vitesse tous les indésirables, je conserve les autres pour plus tard. Un des messages se rapporte à mon portail thématique et il est signé de mon ancien directeur informatique, je répond à son e-mail et surprise, il m'appelle aussitôt pour me parler d'un e-mail que sa société aurait reçu et qui comporte mon ancien e-mail accolé à un site d'Apple. C'est très bizarre, mais ça vient pas de moi, même si mon nom et mon prénom figure (sans doute un plaisantin, je reçoit chaque jour des mails avec un virus en pièce jointe, Norton antivirus n'a aucun mal à les détecter et les éliminer). Par contre j'apprend qu'on ne peut plus accéder à mon portail thématique et ça c'est plus embêtant. En lançant le nom de mon portail, je m'aperçoit que la page d'index a été hacké (piraté), et un gribouillis s'affiche à la place. Je transfère à nouveau le bon fichier pour remplacer cette saloperie, et mon site est à nouveau disponible mais j'ignore depuis combien de temps, il était arrêté. Je ne pensais pas que ça m'arriverait à moi. Mon portail n'a aucun rapport avec des mastodontes comme Yahoo et par conséquent, n'aurait pas dû intéresser les pirates. Sur ce, je décide de passer à la saisie d'un de mes cahiers, mais le travail s'avère assez fastidieux, d'autant que je commence à avoir mal à la tête et finalement je dois m'arrêter assez vite. Tant pis j'en ferai plus demain. Avec ma femme qui est très fatigué, on décide de rester au lit à regarder les aventuriers de Koh-Lanta sur TF1 (j'avais programmé mon magnétoscope avant de partir, avec un K7 de 240 minutes pour en louper le moins possible). J'aime bien ce jeu de survie même s'il ne s'agit pas réellement de survie, ils sont aidés et suivis, c'est plutôt un jeu avec des épreuves. Cela n'empêche pas qu'ils ont beaucoup de mérites à se prêter à tous ces exercices, mais j'aurai préféré que ce soit le plus fort (le plus doué pour la survie) qui gagne, c'est à dire l'ancien officier de l'armée française, je le trouvai plutôt sympathique et très doué pour la survie, j'aimerai bien le revoir à la télé. Cependant, ce jeu n'a pas beaucoup de rapport avec mon aventure, eux ne s'ennuient pas et ne sont pas obligés de suivre des étrangers partout où ils vont. Ce que je préfère, c'est le vrai Robinson, celui qui n'a pas de défi à relever, si ce n'est d'améliorer son confort avec les moyens du bord, c'est-à-dire utiliser la nature pour vivre le mieux possible. Ça, ça m'aurai plus, placer des volontaires dans des îles différentes (seuls ou par groupe de 2 ou 3) et regarder jour après jour comment ils se débrouillent pour survivre et améliorer leur existence. Je suis que certains s'en sortiraient mieux que d'autres et c'est ça que j'aurai aimé voir et pourquoi pas, y participer.
Vendredi 31 août 2001, 2ème jour en France : « Adieu ou peut-être, Au revoir... »
Hier soir, je me suis endormi avant 21h00 pour me réveiller vers 2h30 du matin, heureusement j'ai pu me rendormir 1 heure après. Mais on s'est réveillé tous les deux vers 5h00 du matin. Je crois qu'il nous faudra plusieurs jours pour nous habituer à la France. Ici on dort la nuit et on ne fait pas de sieste le jour (sauf pour les personnes âgés et les bébés). Je suis allé cherché les photos que j'avais amené hier chez Photos Services. Résultat : bonnes à 70% mais souvent sous exposés alors que j'avais du 200 ASA. Le problème est que l'on croit qu'il y a plus de luminosité aux Philippines qu'en France. Et bien, c'est tout le contraire. En France, vous devez prendre du 200 ASA pour être sûr de faire de bonnes photos par tous les temps. Aux Philippines, il aurait fallu du 400 ASA. Malheureusement, je ne le sais que maintenant. C'est étonnant parce qu'on bronze beaucoup aux Philippines, alors que le ciel est souvent gris et mois lumineux qu'en France. Comme quoi, on peut avoir des idées toutes faites et qui se révèlent fausses. Comme dit ma mère, mon estomac a dû se fermer, car je n'ai toujours pas faim et je pourrai facilement me contenter d'un œuf par jour ou d'un yaourt, mais nous avons quand même décidé ce matin de faire un petit déjeuner français avec croissants, pains au chocolat et café au lait pour moi (thé pour ma femme). J'ai raconté un peu de mon histoire à une employée de ma banque ainsi qu'à une employée de Photos Services. Par contre ma voix ne revient que lentement malgré les pastilles pour la gorge que je prend et les vitamines C. Ma femme tousse un peu (moi aussi), les Philippines lui manque. Il paraît qu'Élisabeth et mon beau père ont pleuré (je ne pense pas que ce soit pour moi). Je ne regrette pas cette expérience, j'ai beaucoup appris et j'aime encore plus mon pays qu'avant. En plus, j'ai pris l'habitude de manger peu et j'aime beaucoup mon nouveau corps (mince, musclé et bronzé). Je dois saisir sur ordinateur tout ce que j'ai écris dans mes cahiers, et je crois que ce sera la partie la plus difficile, j'ai commencé hier, mais je me sentais pas assez bien et j'ai dû arrêté au bout d'une heure. Je pense que j'étais mal préparé pour ce voyage et trop habitué au confort français mais de toute façon je n'aurai pas pu empêcher le fait que les Philippines reste un pays pollué et pauvre. J'espère que mon expérience pourra servir à quelques uns, j'ai conscience que j'ai fait des erreurs d'appréciation et que mon comportement souvent boudeur n'a pas été très apprécié mais quand on me prive de liberté je deviens non-sociable. J'espère que je n'ai pas donné une trop mauvaise image des français, ou plutôt des américains, puisque pratiquement personne ne connais la France et qu'un blanc est forcément un « americano ». J'espère non plus ne pas leur avoir donné l'espoir que les américains étaient de retour, ces derniers ont d'autres soucis en tête et de toute façon les Philippins les ont chassé pour devenir indépendants (et misérables). J'espère aussi ne pas trop vous avoir ennuyé avec mon histoire. Et peut être qu'un jour je vous en raconterai une autre encore plus intéressante. A bientôt, peut être...
Epilogue
J'ai rencontré ma femme dans une discothèque de Paris. Helen est une philippine (pilipina en tagalog) et ça n'avait aucune importance pour moi. Dans ma vie, je me suis marié à une française, j'ai divorcé, puis j'ai eu une vie amoureuse assez mouvementée, pour finir j'ai vécu pendant 5 ans avec une fille originaire de Corée du Sud. Nous nous sommes quittés 2 semaines avant ma rencontre avec Helen. Ma jolie coréenne voulait reprendre son indépendance alors que moi je souhaitais construire mon avenir avec elle.
Quand Helen m'a ammené chez elle, une petite chambre dans un sous-sol qu'elle partageait avec une autre pilipina (elles ont même vécu à 3 à certains moments), j'ai eu un mouvement de recul, je me suis dit qu'on n'était pas du même monde et j'ai pensé qu'il valait peut être mieux arrêter là . J'ai appris bien plus tard, qu'elle avait eu une aventure avec un jeune policier français et que celui-ci en voyant où elle logeait l'a quitté sans explications.
J'ai surmonté mon dégoût et ma pitié, et j'ai eu raison. En fait, j'ai appris par la suite qu'Helen avait de bons revenus (alors que moi j'étais au chômage à l'époque) et qu'elle avait beaucoup d'argent de côté (alors que je n'avais aucune économie). Quant on sait que les pilipinas sont très intéressées par l'argent, on peut se demander pourquoi Helen est restée avec moi.
Mon ex-petite amie (la Coréenne) était persuadée qu'Helen se prostituait pour avoir autant d'argent sur son compte bancaire. La solution est toute autre, Helen comme les autres pilipinas à Paris, sont très économes.
Tout cela pour dire que les apparences sont trompeuses, que l'aspect de la misère ne fait pas peur aux philippins, ce qui n'est pas mon cas.
Quand je suis venu aux Philippines avec ma femme et notre fille (et contre l'avis de mes parents), j'ai eu un choc. La nuit qui tombe à 6h00 du soir, les routes défoncées, les enfants nus le long des rues, les maisons faites de détritus, et en arrivant chez mes beaux-parents : les rats, les cafards (énormes) et une heure après avoir bu un verre d'eau, j'étais malade comme un chien.
Pour un premier jour aux Philippines, j'étais vernis. Il y a de quoi faire marche arrière. Par la suite, et pendant tout mon séjour, ma belle-famille m'a interdit de me promener seul. Pas le droit de quitter la maison ou le campement sans un philippin avec moi.
A Paris, Helen se comportait comme une occidentale. Aux Philippines, c'était complètement différent et chaque jour passé aux Philippines j'ai été obligé de me plier aux volontés de ma belle-famille, très sympathique mais très autoritaire.
J'ignorais que ce sont les beaux-parents qui décident de tout et qu'Helen et moi n'avions pas notre mot à dire.
Il m'arrive souvent d'utiliser le terme divorce avec Helen, ce qui la contrarie beaucoup. On ne divorce pas aux Philippines, et ma femme est très catholique (ce qui n'est pas du tout mon cas).
Mais voilà, il m'arrive parfois de douter. Déjà Helen n'avait pas prévu d'épouser un français, elle ne souhaitait qu'une chose : travailler une dizaine d'années en France pour acheter un appartement à Manila et y trouver un petit emploi pour le reste de ses jours ou bien vivre du business de ses parents à Carmen Rosales dans la province de Pangasinan.
Pour ma part, épouser une pilipina n'était pas non plus dans mes projets. C'est le hasard qui nous a fait nous rencontrer et nous plaire.
J'ai donc contrarié ses plans et concernant l'éducation de notre fille Siam Lea Buffy, nous avons aussi des désaccords. Helen voulait qu'elle reste aux Philippines pour être élevé par sa mère. Ceci étant, Helen a beaucoup de qualités et j'essaie d'être à la hauteur.
Il est probable que je finirai ma vie aux Philippines pour lui faire plaisir (à manger du riz collant arrosé de coca et quelques tupics), c'est ce qu'elle souhaite par dessus tout.
On peut se demander ce qui m'a pris d'écrire un journal de voyage et de raconter toutes ces choses, parfois très personnelles, surtout que je ne suis ni écrivain, ni journaliste, ni un spécialiste des Philippines. Et bien, partant du principe que toute vérité est bonne à dire, j'ai décidé de raconter tout ce que je voyais et tout ce que je ressentais afin que d'autres personnes puissent partager mes aventures et peut être ne pas commettre les mêmes erreurs.
Je ne dis pas qu'il ne faut pas épouser une fille des Philippines, beaucoup d'entres elles n'attendent que ça pour sortir de leur pays, mais ne soyez pas trop enthousiaste.
Une jeune et jolie pilipina peut accepter d'épouser un americano (étranger, blanc de peau) pour quitter la misère de son pays, même si l'étranger est vieux, gros, chauve et buveur de bière mais ce n'est pas pour autant qu'elle l'aimera et ne le trompera pas ou ne le fera pas assassiner.
Si le divorce n'existe pas dans la mentalité des philippins, il existe la séparation (mes beaux-parents se sont séparés à une époque pour une question de maîtresse) et surtout la séparation définitive (mort violente d'un des deux conjoints).
Helen me dit de temps en temps qu'elle n'acceptera jamais qu'on se sépare, elle préférera la mort. Beaucoup de cicatrices que j'ai vu sur des philippins sont dues à des scènes de ménage un peu trop violentes.
Aux Philippines aussi, les jeunes filles rêvent du prince charmant. Elles l'imaginent : américain, jeune, beau et riche, tendre et amoureux. Hélas, elles devront se contenter de ce qu'elles trouveront et épouser le premier étranger qui voudra bien d'elles.
Les philippins sont réputés volages, violents et alcoliques (lire mon passage sur "J'ai découvert le secret des Philippins") mais il ne faut pas généraliser et les étrangers peuvent avoir aussi ces défauts.
D'ailleurs, pour les pilipinas, les étrangers ont la réputation d'être "malibug" (vicieux, pervers sexuels).
Si j'utilise les mots en tagalog dans mon livre (on dit aussi pilipino mais ça peut prêter à confusion avec pilipino, le mot qui désigne un philippin), c'est d'abord par respect envers les Philippines mais surtout parce que je trouve idiot d'inventer des mots là où il en existe déjà.
La capitale des Philippines, c'est Manila ou Metro Manila, mais il faut être un français pour traduire ça par Manille. En informatique aussi le gouvernement socialiste français (avec la Délégation Générale à la Langue Française) a voulu nous imposer des mots comme bogue au lieu de bug (pour une erreur de programmation), mèl pour un e-mail, appliquette pour applet java, etc. Il va sans dire que ce genre de connerie ne passera pas par moi.
Imaginez que chaque pays réinvente les mots qui viennent d'autres pays, ainsi Paris pourrait s'appeler Pery en américain et je vous laisse imaginer le reste, une vrai cacophonie. Nous sommes citoyens du monde et aujourd'hui plus que jamais, alors autant respecter le langage et les mots provenant des autres pays. Certains de nos mots français sont utilisés tels quels par d'autres pays, faisons en autant.
Donc, j'utilise des dictionnaires tagalog-français et tagalog-anglais ainsi que des documents achetés aux Philippines et en cas de doute, je me renseigne directement aux administrations en Philippines par e-mail afin d'être le plus vrai possible.
Ainsi pour désigner une fille aux Philippines, utilisez le terme pilipina ou encore pinay, mais si vous utilisez un autre terme comme le mot français philippines, aucun habitant des Philippines ne vous comprendra.
Donc inutile de créer des mots français que personne ne comprendra aux Philippines, pour ma part j'utilise les mots les plus couramment utilisés aux Philippines.
Petite précision, ma femme mélange le tagalog et l'ilocano , ce qui fait qu'il m'arrive parfois moi aussi de mélanger ces 2 langues (l'ilocano est transmis oralement et je n'ai pour l'instant jamais trouvé de livre écrit en ilocano).
Dans tous ce que j'écris, j'essai seulement de dire la vérité, ce que je vois, ce que j'entand (et tant pis si je choque). Certains français venus aux Philippines comme touristes ou restés sagement dans leur resorts, ignorent cette réalité et continuent de croire que les Philippines sont un paradis sur terre. J'aurai bien aimé que ce fût le cas !
J'ai décidé de terminer sur une note d'espoir. Ma femme, Helen, est née à Bautista aux Philippines. A l'époque, ses parents n'avaient pas de maison et juste assez de quoi s'acheter leur ration de riz. Quand la mère d'Helen s'apperçue qu'elle était enceinte, elle chercha par tous les moyens et pendant des mois à se débarasser du bébé. Un jour la grand-mère d'Helen dit à ma belle-mère que si elle n'arrêtait pas, elle risquait d'accoucher d'un bébé malformé. Le bébé vient au monde, il n'était pas bien gros, ni bien joli. Et pourtant quelques années plus tard, je rencontrai cet ancien bébé dans une boite de nuit parisienne et je l'épousai.
Je pense qu'Helen ne doit pas avoir honte de ne pas avoir été un enfant désiré comme son frère ou ses soeurs. Le destin a fait qu'elle ait vu le jour, et qu'elle ait échappé à la misère (ses parents aussi). N'est ce pas une merveilleuse histoire, pleine d'espoir ?